LA JEUNE FILLE DU BRABANT DU NORD
restait si bonne et si affectueuse envers tous que, tous pensaient être sur un bon pied avec elle. C’était sot de recevoir les mêmes confidences de six ou sept hommes, reposant sur les mêmes niaiseries...
— Elle jouait la coquette, dit Charles, juste comme le village ou la petite ville, qui, quand on croit y être, se cache chaque fois derrière les arbres; elle jouait la coquette, mon brave, et avait ses doigts pleins de bagues et sa malle pleine de présents de toutes sortes...
— Pas un seul : je t’assure qu’elle n’acceptait rien. Ohl si tu savais comme elle pensait sur ces choses-là. J’étais toujours son confident. Et elle parlait beaucoup avec moi.
— Et tu tombais dans les termes de ces heureux dont tu parlais tout à l’heure, qui croyaient qu’ils avaient à eux seuls ce qu’ils partageaient avec six ou sept?
— Tu ne seras pas convaincu avant que tu ne l’aies vue et entendue parler, misérable 1 dit l'autre, mais tu aurais dû la voir jolie, comme moi; ses beaux yeux pleins de larmes après une proposition inconvenante de van der Krop, qui avait trop bu; comme elle avait les nerfs douloureusement agacés 1
— Et ce van der Krop était-il un beau garçon? demanda l’impitoyable compagnon de voyage.
— Bien loin de là. Pour moi, je le nommais un monstre, et Ketjen aussi. Il y en avait beaucoup qui avaient fait plus d’impression sur son cher petit cœur...
— Toi, par exemple, n’est-ce pas ?
— Oui, mais dans un autre sens; j’étais son ami; mais notre ami Evrard était trop haut prisé par elle. Je ne serais
pas étonné qu’elle eût pleuré au départ de celui-là.
TYPES HOLLANDAIS
— Allons! cela devient trop émouvant! dit Charles; plus un mot sur Ketjen jusqu’à ce que nous la voyions.
Les deux amis arrivèrent à Oorterhout et virent Ketjen. Ils entrèrent dans l’auberge et la trouvèrent à la fenêtre, occupée d’un ouvrage de couture. Les grandes barbes plissées du bonnet brabançon , où deux bandeaux plats de cheveux noirs apparaissaient, tombaient sur un mouchoir fond rouge foncé avec des carreaux verts, qui couvrait ses épaules et son sein jusqu’au cou, et contrastait merveilleusement avec son petit menton de neige. Elle leva la tête pour regarder, et son grand œil bleu fit une telle impression sur le plus jeune des voyageurs, qu’il augmenta à l’instant le nombre de ses adorateurs.
— Resterez- vous éternellement jolie, Ketjen? dit le plus âge en lui tendant la main; il y a neuf ans déjà que nous étions bons amis et vous êtes toujours la même.
— Je suis cependant de huit ans plus vieille, dit Ketjen en riant amicalement et en montrant une rangée de dents les plus régulières qui aient jamais brillé entre deux lèvres roses.
— Monsieur! reprit l’autre, ne me connaissez-vous plus? Songez aux chasseurs de Leyde.
Ketjen fronça son joli front pour réfléchir.
— Je crois, dit-elle en hésitant, je crois que c’est monsieur van.,.der Krop.
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LE VOITURIER LIMBOURGKOIS.
— Bonjour, messieurs, dit Christophe Hermans en attelant son gros cheval à la charrette couverte d’une banne, qui devait nous conduire quelques lieues plus loin, bonjour, messieurs!
Ce dernier mot fut pour nous une déception. Quelque misérable que fût notre extérieur, quelque sales que fussent devenues nos blouses brabançonnes à la suite d’un voyagé de quelques semaines; quelque lâches que tombassent les bords de nos chapeaux; quelque humblement que, la veille au soir, après avoir jeté nos sacs, nous ayons posé les pieds sur. la plaque du foyer commun, et avec quelle simplicité et
quelle adresse de gens du commun nous avions aidé la / m vieille grand’mère à couper des haricots pour lu provision
d’hiver, nous n’avions pas réussi à passer pour des marchands ambulants ou des aventuriers; nous étions des messieurs! et devions, nonobstant le triste état de nos finances, être préparés à payer, outre notre soupe au lait de la veille au soir, notre logis de la nuit, notre déjeuner du matin, le titre de messieurs !
Christophe Hermans était occupé, ai-je dit, à atteler son
TYPES HOLLANDAIS
gros cheval à la charrette, et se livrait à cotte besogne dans une petite cour intérieure où ses poules et scs dindons lui couraient dans les jambes, en s’entretenant continuellement avec le cheval.
— Attention, aujourd’hui, sais-tu ! tu auras ton filet à mouches neuf sur le dos, et les sonnettes neuves aux oreilles. Recule un peu, camarade; ne vois-tu pas que tu vas marcher sur la patte du chat? Vois-tu, nous mettons un bon las de foin dans le sac. Aussi faudra-t-il bien marcher, etc.
Pendant cette allocution encourageante, la colossale bête était brillamment parée d’un grand filet à mouches, mêlé de nœuds du rouge coquelicot le plus ardent, dont la partie antérieure était tirée dans la courroie de la têtière, et l’arrière nouée à la queue; tout autour il était garni d’une frange légère de même couleur, et deux gros nœuds rouges à l’extrémité du timon.
Il est merveilleux combien d’accessoires se rattachent au harnachement d'un cheval limbourgeois, auxquels on peut imaginer une utilité possible, et qui tous, de l’aveu même du voiturier, ne sont là qu’à titre d’ornements. A cette catégorie appartiennent un grand nombre de courroies et de cordes qui vont de la têtière au collier, tandis que la bêle n’est dirigée que par la voix (par hot et par her) et par le fouet; ajoutez à cela une couple d'instruments de cuivre en forme de larges et grands peignes à cheveux, desquels le collier ne pourrait manquer, bien qu’ils y soient tout à fait sans but. Ajoutez encore une lourde chaîne de fer le long du limon du chariot et une guirlande de sonnettes autour de la nuque du cheval, dont la première est une raillerie évidente de la grande douceur de l’animal, et dont les au-