LE CHASSEUR ET LE POLSDRAGER
quelque merveilleuses histoires que ces derniers puissent servir : six lièvres tués d’un coup, deux bécassines aussi d’un coup, mais dans l’obscurité ; des lièvres qui ont couru sur une patte à perte de vue, d’autres qui se sont jetés contre le chien, les yeux enlevés par le coup de feu; des perdreaux qui tournoyaient, s’abattaient, s’envolaient de nouveau, tournoyaient encore et tombaient enfin une dernière fois; des aigles qui s’étaient abattus sur le chien , des butors qui s’étaient envolés avec la baguette du fusil; le polsdrager ne révoque en doute aucun de ces grands événements; le chasseur est en général son oracle, son idole; il ne lui vient pas dans l’idée qu’il puisse y avoir quelque enjolivement, quelque exagération dans les récits de l'homme; et en particulier, il tient le chasseur avec lequel il chasse pour le plus grand des Nemrods. Et même, si quelque chose doit être amplifié, il est le premier à en épargner la peine au chasseur. Quand il lui raconte toutes les histoires dont il se souvient, encore une fois et qu’il se les fait communiquer. Si le coup du chasseur porte, le polsdrager, bien qu’il n’alt vu qu’un peu de feu et de fumée , a vu le lièvre faire trois fois la culbute sur la tête; si l’animal n’est pas atteint, le polsdrager affirme qu’il a vu des flocons de poils emportés par le vent. Cela arrive-t-il une seule fois?- cela n’arrive jamais, affirment chasseurs et polsdragers, mais cependant cela pourrait être ; après une chasse malheureuse, quand il y a de la neige dans l’air; vers la fin... quand on doit emporter un lièvre... qui git sur la limite d’une chasse privée — qui doit être tiré au gite bien qu’on ait pris exprès une perche et un polsdrager pour le faire lever... Pouf! les cochléaries ne sont pas levés sur l’herbe... le lièvre se débat blessé.
TTPES HOLLANDAIS.
— Juste quand il se levait, dit le chasseur :
— Vous avez été vite tout près, dit le polsdrager.
— Un autre l’eût tiré au gite ! dit le chasseur.
— Le feuillage y est aussi pour quelque chose, dit \e polsdrager; il ne se serait pas renversé ainsi au-dessus de la digue, s’il eût été touché.
Le polsdrager parle ainsi, non par politesse ou par lâcheté, mais avec une pleine conviction.
— Un beau lièvre, dit le chasseur en achevant le pauvre diable par un coup sur la nuque, un beau bouquin.
— Un beau bouquin, répondit comme un écho 1 e polsdrager.
— J’ai toujours dit qu’il devait s’en lever un sur celte pièce, rappelle le chasseur.
— Cela est vrai 1 aussi, répond le polsdrager; bien que le chasseur n’ait rien laissé tomber de pareil de ses lèvres. Vous l’avez vu au chien.
— Non, dit le chasseur qui n’approuve jamais les conjectures de chasse du polsdrager, ce n'est pas cela.
— Aviez-vous donc vu ses traces dans la boue de la digue?
— Ce n’est pas cela non plus, dit le chasseur avec une grande sagesse , mais tout à l’heure il s’est levé une hase...
— Etait-ce une hase, Henri, que vous avez manquée?
— Manquée? reprit le chasseur avec indignation... Elle avait reçu assez de plomb. Tu la trouveras demain...
Et le lendemain le polsdrager retourne dans la pièce à la recherche du lièvre décédé de ses blessures, et s’il ne le trouve pas... ce sont des braconniers qui seront venus le prendre avant lui; une bête fauve J’a dévoré; ou quelqucs-