LE DUC DE CHAVIGNY, LE COMTE
LE COMTE, entrant. Eh! pardieu!... je vous dis que je veux lui parler !...
CHAVIGNY, à part. Lui!... lui!... et elle s'enfuit à son approche... Ah ! son mari sans doute.
LE COMTE. Le duc de Chavigny! ( À
part.) Je le retrouve chez sa femme... qui diable s'y serait attendu?.. . [Haut, allant à Chavifjny.) Ronjour, mou cher duc!
CHAVIGNY, de mauvaise humeur. Serviteur, monsieur le comte.
11 lui tourne le dos.
LE COMTE , à lui-même. Sa femme que je n'ai pu revoir depuis un an... sa femme dont je parviens enfin à découvrir la retraite... et il la partage avec elle. . ." c'est jouer de malheur !
CHAVIGNY, dpart. Comme il me regarde!
peut-être soupçonnc-t-il qu'à l'instant même auprès d'elle, j'osais lui dire... que m'importe?.. . ah ! s'il pouvait me chercher <[uerelle !. . . je suis si malheureux. . . sa femme 1. . . LE COMTE , à part. Décidément, il est furieux contre moi il se doute de quelque
chose; faisons bonne contenance!. .. {Haut.) Eh bien ! est-ce donc ainsi qu'on se revoit après un an d'absence , cher ami?...
CHAVIGN Y, co/ère. Laissez-moi, monsieur. . . je ne suis pas votre ami... je ne veux pas l'être... et jamais je ne vous pardonnerai... LE COMTE, gaiement. Quoi donc?
CHAVIGNY. Vous avcz manqué de franchise avec moi.
LE COMTE. De franchise?...
CHAVIGNY. Moi, qui vous avais ouvert toute mon âme, qui vous avais confié mon amour pour la jeune pensionnaire des Ursulines... et vous, monsieur, il fallait me traiter de même, entendez-vous!... il fallait me dire la vérité. . . toute la vérité. . .
LE COMTE. Hein? {À^yart.) Il est fou!... est-ce qu'on dit jamais ces vérités-là?...
CHAVIGNY. Enfin, vous deviez me prévenir de votre mariage.
LE COMTE, surpris. Mon mariage!
comment ! qu'est-ce que vous dites ?. . . je ne suis pas marié... monsieur, c'est une calomnie?...
CHAVIGNY. Pardon!... ce n'est tout au plus qu'une médisance... je sais tout.
LE COMTE. \ous savez!... {A part.) Ah ça, mais ce n'est donc pas de son ménage qu'il s'agit ?. . . c'est du mien. . .
CHAVIGNY'. Allons, convenez donc enfin.. .. LE Co:\iTE, avec niystèi'e. Eh bien ! oui... je suis marié... je le confesse... et vous n'abuserez pas de ma confiance, mon jeune ami... je suis marié!... un ange!... un modèle de vertus... qui i)rie le ciel pour moi dans ce moment-ci! Mais qui diable a pu vous apprendre?...
CHAVIGNY. Qui?... votre femme ellemômo.
LE COMTE, vivement. Ma femme?... vous la connaissez?... vous l'avez vue?...
(.HAVIGNY. Sans doute !.. . à l'instant, ici , je lui présentais mon hommage.
LL coMXji.Yotrchouuuage... à ma femme?
CHAVIGNY. Oui... votre femme!... puisqu'il faut que je lui donne ce nom, à elle... vous le savez bien... je vous l'ai dit il y a un an... elle, à qui j'avais juré de consacrer ma vie.
LE cOiMTE. Vous dites, monsieur?
CHAVIGNY. Elle, enfin. . . ma pensionnaire.
LE COMTE. Votre pensionnaire?
CHAVIGNY. Du couvent des Ursulines.
LE COMTE. Du tout. . . ma femme a été élevée aux Carmélites.
CHAVIGNY, insistant. Aux Ursulines 1
LE COMTE, de même. Aux Carmélites!...
et je vois de pius en plus que vous perdez l'esprit, monsieur le duc... vous n'avez jamais vu ma femme , vous ne la connaissez pas.
CHAVIGNY. Je ne la connais pas I. . . {Laurence a reparu sur le seuil de la porte , à gauche. ) Tenez , regardez , la voilà !
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