‹ La chambre verteChapitre 28 sur 42 · LE DUC DE CHAVIGNY, LAURENCE · texte numérisé non relu

LE DUC DE CHAVIGNY, LAURENCE

LAURENCE, affectant la plus grande surprise en voyant Chavigmj. \\\\ quelqu'un! la personne que nous attendions, sans doute ! Monsieur le duc de Chavigny.

CHAVIGNY, ému. Précisément!... c'est moi... moi, qui étais bien loin d'espérer que je rencontrerais dans ce château... [À part.) Oli! c'est un rêve... plus jolie! plus séduisante que jamais.

LAURENCE, gaiement. Vous êtes arrivé depuis longtemps , monsieur le duc , et mon amie n'est pas encore prévenue peut-être.

CHAVIGNY, l'arrêtant. Votre amie!... ah!

vous êtes chez madame la... [À part.) C'est que je ne sais toujours ni son nom ni son titre.

LAURENCE. Non , non ; c'est elle qui est chez moi.

CHAVIGNY. Ah ! chez vous ?

LAURENCE. Oui, elle a bien voulu me tenir compagnie dans cette solitude.

CHAVIGNY, à part. Elle est chez elle !

LAURENCE. Mais je vais lui dire que vous êtes arrivé, monsieur. {De nouveau elle fait un pas. ) Et je vous l'amène.

CHAVIGNY, même jeu. Oh! demeurez, je vous en supplie, demeurez ! Etes-rous donc si pressée de me fuir? vous dont l'image était toujours là , présente à ma pensée. . . . vous que j'ai tant de joie, tant de bonheur à revoir !...

LAURENCE. Monsicur! (i part.) Tout à l'heure il lui en disait autant à elle.

CHAVIGNY. Vous détournez les yeux, et cependant je ne me suis pas abusé... ces yeux ! oh ! oui , il y a eu dans ma vie une circonstance que je n'oublierai jamais , où ces yeux ont rencontré les miens. Alors, n'est-il pas vrai, mademoiselle, mon émotion était partagée. Ce regard , ce n'était pas de la colère , et quand tout le monde autour de moi criait au scandale, à la profanation, vous me pardonniez au fond de l'âme de n'avoir pu me contenir, d'avoir troublé malgré moi cette pieuse cérémonie ; car au milieu de la foule, je Dévoyais que vous, vous seule. Je sentais qu'un instant avait décidé de toute ma vie, que nous étions créés l'un pour l'autre, que le ciel lui-même venait d'unir à jamais nos destinées.. . Oh ! j'étais heureux, j'étais fou ; dites-moi que vous me pardonniez, que vous me pardonnez encore.

LAURENCE, à part. Allons, du courage!

rappelons - nous bien ce qui est convenu. [Haut.] Je vous répondrai avec franchise , monsieur ; cette circonstance dont vous venez de me parler , elle n'était pas sortie de ma mémoire.

CHAVIGNY. Ah! il est donc vrai! je ne me trompais pas...

LAURENCE. Mais ce n'est plus là qu'un souvenir, une impression d'enfance dont

j'ai triomphé, et dont il ne doit plus être question entre nous deux, monsieur le duc.

CHAVIGNY. Que dites-vous ? Toute ma vie au contraire.

LAURENCE. Jamais ! c'est impossible !

CHAVIGNY. Pourquoi?

LAURENCE, Vous me le demandez, mousieur le duc, et vous ètts marié !

CHAVIGNY, vivement. Marié!... Ah! ne me rappelez pas un mariage qui m'a été imposé. .. que je maudis comme le plus affreux malheur de ma vie. . .

LAURENCE, Que dites^vous?... Et pourquoi?...

♦CHAVIGNY. Pourquoi?,., parce que sa majesté a bien pu me contraindre à donner mon nom à mademoiselle d'Estanges, mais que rien au monde ne peut me forcer à lui donner ma tendresse... Pourquoi?,,, paixe que je vous ai revue,.. Pourquoi?.., parce que je vous aime, mademoiselle !

LAURENCE, à part. Il m'aime !

Haut.

Air : Du Démon de la nuit. (Dochc.)

Eh quoi!.., malgré votre alliance, Vous oseriez,..

CHAVIGNY

Ah! calmez-vous.

Ne prenez pas pour une offense L'aveu d'un sentiments! doux.

LAURENCE

Mais votre femme vous appelle!

CHAVIGNY

Non... non.,, vous seule avez ma foi.

LAURENCE, /oj/eu5e, à pari.

Si mon mari m'est infidèle.

Du moins c'est par amour pour moi.

Si mon mari m'est infidèle, C'est encor par amour pour moil

CHAVIGNY. Oh ! mais cet odieux mariage... maintenant que je vous ai retrouvée,,, vous, mes premières, mes seules amours,,, ce mariage,., je veux le rompre... et j'y parviendrai, je vous le jure!,,, oui, le divorce!... LAURENCE, A 2)arï. Le divorce!

Haut.

Même air.

Vous séparer de votre femme ?

CDAVIGNT.

Je la déteste!... Je la hais!...

LAURENCE

Ce sera vous couvrir de blâme..,

CHAVIGNY

Eh! qu'importe! si je vous plais? Je veux briser cet esclavage.

Qu'on m'imposa de parle roi...

MAGASIN THEATRAL

LAURENCE, à ])art.

S'il veut rompre mon mariage, C'est cncor par amour pour moi.

S'il veut rompre ce mariage, C'est toujours par amour pour moi.

CHAVIGNY. Eh bien, mademoiselle?....

LAURENCE. Eh bien, monsieur le duc...

si vous êtes sincère!... apprenez donc. {Ici, elle aperçoit la Comtesse qui rient de reparaître sur le seuil de la porte à gauche, et lui fait un signe d'intelligence.) Ciel!

CHAVIGNY. Quoi donc?... qu'avez-vous?...

LAURENCE. Rien !... [La Comtesse a disparu, Laurence dit à part : ) Il n'est pas temps encore... ah! c'est pourtant do;nmagc!...

CHAVIGNY. Enfin, vous me disiez... apprenez donc...

LAURENCE. Apprenez que moi aussi je suis mariée.

CHAVIGNY, atterré. Mariée!.., ô ciel!...

cela n'est pas.. . cela ne peut pas être !..,

LAURENCE, souriant. Rien de plus réel , monsieur le duc...

CHAVIGNY, Mais votre mari où donc

est-il?

LAURENCE, sowiant. Pas loin de vous.

CHAVIGNY. Dans ce château ?

LAURENCE, de même. Oui... dans ce château.

On entend au dehors la voix du comte deLuxeuii.

LE COMTE, en dehors. J'entrerai! j'entrerai, vous dis-je!... il faut que je la voie!... que je lui parle !...

LAURENCE. Qu'eutends-je?

CHAVIGNY, surpris. Je crois reconnaître...

^ LAURENCE, à part. Il est ici M. de

Luxeuil ! ô mon Dieu ! allons tout dire à la comtesse.

Elle sort vivement par la gauche, pendant que Chavigny a remonté la scène à la voix du Comte.

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