ÉMIGRATION ET IMMIGRATION
population active rurale dans les centres manufacturiers. Le nombre des ouvriers employés dans les filatures et ateliers de bonneterie, à Troyes et dans son rayon industriel (forêt d’Othe, Romilly, etc.), s’est élevé de 10402 vers 1845 à 15 424 en 1865 et 24022 en 1896 ('). Entre les mêmes années, dans la ^larne, le nombre des usines lainières (peignerie, filature, tissage, teinturerie) s’est abaissé successivement de 255 à 169 et 141 : ces grandes usines sont réparties entre Reims et les petits centres de la vallée de la Suippe. Si les deux arrondissements ardennais de Retbel et Vouziers apparaissent comme particulièrement éprouvés par la dépopulation rurale, c’est que l’industrie lainière y a décliné dans toutes les petites localités ouvrières : le nombre de leurs usines est tombé de 73(7 426 ouvriers) à 41 (2 704) et 12 (1 445 ouvriers). Enfin, dans l’arrondissement de Vassy, siège de l’industrie métallurgique, le nombre des ateliers traitant le fer a passé de 48 vers 1845 à 26 en 1896, tandis que le chiffre correspondant de la population ouvrière spécialement consacrée à cette industrie s’est élevé de 2093 à 7 465('). Telle est la part qui revient au développement de la grande industrie dans le phénomène du dépeuplement des campagnes champenoises.
La déchéance des petites agglomérations urbaines a été encore activée par la multiplication des voies ferrées qui, en facilitant les rapports des populations villageoises avec les grandes villes pourvoyeuses de tous les objets de consommation, ont contribué à la décadence rapide du commerce local. Depuis la création des ligues stratégiques, le réseau ferré est tellement serré en Champagne, qu’il n’existe plus guère de petit centre urbain isolé, tendant à se suffire, et où toutes les formes de l’activité économique se trouvent représentées pour subvenir aux divers besoins des populations circonvoisines. C’est pourquoi l’accroissement total de la population urbaine en Champagne ayant été de 162 350 habitants entre les années 1851 et 1901, la part d’accroissement qui revient aux neuf principaux centres urbains s’élève à 134 262 habitants.
Ce sont donc les petites bourgades et les agglomérations urbaines
1. Kn 1806) le nombre des usines et divers ateliers nlTectés à l’industrie de la bouueteric daus les départements de l’Aube et de la ^Inruo s’élevait à 1386 dout 26 employaient plus de 100 ouvriers, l plus de 500.
2. Toutes ces données statistiques ont été réalisées à l’aide des évaluations numériques contenues
dans la Siatiêtiqne d« la France (industrie), iu*fol., Paris, 1817, p. 97-93, 112, 209, 212, 2M; les Résultata de Fenqt0te de i66I-I6G6 (industrie), gr. Nancy, 18'3, p. 51-52, 56, 64-65; StatiatiqHe du
rerenaement dea induatriea et pro/eaaiona en 18^6^ t. 1, p. 066*667, 824*825, et t. IV (Résultats généraux'.
de faible importance qui ont le plus souffert du dépeuplenient (') : ainsi se manifeste l’influence prépondérante exercée par la concentration de l’industrie sur les mouvements et le groupement de la population.
La déperdition de la population en Cliampagne ne dérive pas seulement de l’insuffisance de la natalité, elle est due, partiellement, à l’émigration des Champenois hors de leur pays d’origine. 8i l’émigration vers l’étranger et les pays d’outre-mer peut être considérée comme une quantité négligeable (■), il n’en est pas de même de celle dont bénéficient les départements limitrophes de la Champagne. Au recensement de 1896, le nombre des individus originaires de l’Aube et de la Marne domiciliés dans d’autres départements s’élevait à 93 608. C’est surtout vers Paris et sa banlieue que se porte l’émigration champenoise (®) ; les populations rurales du nord de la Champagne sont plutôt attirées vers les centres industriels de la Picardie, des Ardennes ; enfin un contingent assez fort de Champenois est fixé en Meurthe-et Moselle.
Les vides laissés par les excédents de la mortalité et par l’émigration sont comblés dans une certaine mesure par les immigrants venus des départements voisins et de l’étranger. Cette immigration, croissante (*) dans la seconde moitié du xix* siècle, et qui s’est portée