IMMIGRATION
surtout vers les centres industriels, a contribué à exagérer l’inégale répartition de la population en même temps qu’à enrayer le dépeuplement. En 1 896, la proportion pour 100 des individus nés dans la ^larne (71,8) et dans l’Aube (77,2) était inférieure à celle de la plupart des départements voisins (Côte-d’Or, 79,2 ; Haute-Marne, 82,2 ; Ardennes, 82,4; Yonne, 83,4; Aisne, 83,5, etc.) et à la moyenne générale de la France (80,2) ; l’écart entre la population totale et le nombre des individus originaires du déi)artement (Aube, 18 947; Marne, 56 494) permet d’évaluer la proportion des immigi-ants de toute provenance. Dans l’Aube, les immigrants sont surtout originaires de la Bourgogne (Côte-d’Or, 3 492); dans la .Marne, l’immigration est en grande partie de provenance ardennaise (Ardennes, 21 921) et picarde (Aisne, 17 732) ; elle se compose en majorité d’ouvriers attirés par les usines à Reims et dans son rayon industriel (’).
Quant à l’immigration des étrangers proprement dits (Alsaciens- Lorrains, Luxembourgeois et Belges en majorité), elle est assez foible dans la région champenoise, et spécialement localisée dans les centres industriels : Reims et Troyes ont largement bénéficié de l’immigration des Alsaciens-Lorrains depuis 1872 (-) ; la décroissance de cette immigration étrangère depuis une quinzaine d’années doit être attribuée au malaise général ressenti par les grandes industries champenoises.
Domicilié» à Troyet et à Keim» né» dan» un département autre que l’jLube et la Marne.
AXXKES
Troves
Reims
1. .A. Ueims, en 1901, parmi les individus nés hors du département de la Marne (39136), les pins nombreux étaient originaires des Ardennes (11 417), de l’Aisne (7 860), dn Nord (3190), de la Seine (2569) et de la Meuse (2 191).
2. Les 7 285 étrangers recensés à Iteims en 1901 (1 408 naturalisés non compris) se répartissaieut ainsi d’après leur nationalité : Alsaciens-Lorrains, 2915; Belges, 2217 ; Luxembourgeois, 1510 ; Allemands, 138 ; Espagnols, 207 ; .Suisses, 159 ; Italiens, 138, etc.
Nombre de» étranger» domicilié» à Troye» et à Reim» {y compri» le» Al»acien»~Lorraiu»
et le» naturalieé»).
ANxér.s
Troyes .151 1 876 1 736 1 98 1 »
Keims 1116 3 629 6180 7101 7 825
Nombre de» étranger» (en millier») fixé» dan» le» deux département» de l’Aube et de ta Marne.
ATSSÉES
TsT^ 18i6. 1881. 1886. 1891. 1896. 1901.
Pour compléter cette étude des divers mouvements de la population en Champagne, nous devons mentionner les migrations temporaires, les échanges de travailleurs qui se produisent chaque année à l’intérieur de la région, d’un pays à l’autre, ainsi qu’entre la Champagne et les pays voisins. Ces déplacements intimement associés à titre de supplément et d’appoint aux occupations ordinaires et aux ressources des populations rurales, et combinés avec la manière de vivre dans un certain nombre de localités, ont persisté depuis de longs siècles, en s’adaptant aux nouveaux modes de transport. C’est ainsi que les bûcherons et les scieui’s du val de Biesme (Argonne) vont travailler dans les coupes des forêts de Trois-Fontaines, du Der et jusque dans celles de la Brie, où ils campent le plus souvent avec leur famille ; les ouvriers agricoles de la Champagne Humide et de l’Argonne vont faire la moisson et la fenaison dans le Perthois, dans le Vallage d’Aisne et dans la Champagne Pouilleuse, les vendanges dans le Vignoble et la montagne de Reims. Dans la Champagne méridionale, les ruraux des deux sexes vont vendanger en Bourgogne. Pendant la belle saison, les étameurs et les fondeurs nomades de l’Argonne poussent leurs tournées jusque dans la banlieue de Paris ; dans les forêts de l’Yonne (Champagne Humide, forêt d’Othe) on rencontre les bûcherons du ^lorvan ; en septembre et octobre, des ouvriers originaires de l’arrondissement de Cambrai, les « Camberlots», viennent arracher les betteraves dans la région de Reims où la maind’œuvre est insuffisante.
Le problème de l’origine et des caractères ethniques de la population en Champagne est autrement complexe que ceux dont les divers phénomènes démographiques nous ont imposé l’examen. Pour le résoudre, la science anthropologique nous fournit un certain nombre de données, d’une précision relative, concernant l’indice céphalique, la taille, la couleur des yeux et des cheveux ; ces éléments d’information, complétés par ceux qu’on peut emprunter à l’archéologie préhistorique, à la toponymie locale ainsi qu’à l’étude physique du pays, nous permettent de déterminer approximativement la composition ethnique des populations champenoises.
On remarque tout d’abord que la population des départements champenois appartient à un type dont la brachycéphalie est moyenne, intermédiaire entre la brachycéphalie accentuée des habitants des pays de l’est et la dolichocéphalie variable qui caractérise les départements s’étendant du nord-est au sud-ouest à travers la partie centrale du bassin parisien ; dans les départements champenois, la Haute-
I,A. RACE CHAMPENOISE
]\[arne exceptée, l’indice céphalique est inférieur à l’indice moyen général de la population française (83,0) [']. Les Champenois sont donc des sous-brachycéphales ou des mésocéphales. La variété des types résultant du métissage est grande, et, faute de documents, il nous est impossible d’indiquer précisément la répartition de ces types entre chacun des pays de la Champagne. Toutefois, les tableaux et les cartes dressés par le docteur Labit pour les cantons du département des Ardennes (•), indiquent assez nettement le groupement des éléments ethniques dans la Champagne septentrionale. La brachycéphalie apparaît ])articulièrement accentuée dans deux cantons de la Champagne Pouilleuse, ceux de l\Iachault (84,8) et de IMonthois (84,9) et dans les cantons montueux et boisés situés sur la lisière de la zone infracrétacée, ceux de Grandpré (83,2), Vouziers (83,3), Signyl’Abbaye (84,3), Tourteron (85,0), Buzancy (80,2). Peut-être pourrons-nous supposer que ces cantons, peu fertiles ou peu accessibles et situés à l’écart des voies d’invasion, ont été délaissés et contournés par des envahisseurs du type dolichocéphale, et sont restés l’asile des populations primitives nettement brachycéphales ; au conti’aire, les cantons de Flize (82,4), Omont (82,4), Le Chesne (82,8), situés sur le passage des envahisseurs venus du nord par les vallées de la Vence, de la Par et la trouée du Chesne, ont une population dont l'indice céphalique est inférieur et qui aj>paraît comme franchement métissée. Il en est de même des cantons moins boisés et plus fertiles qui compi ennent la vallée moyenne de l’Aisne ou l’avoisinent, ceux de Pethel (82,4), Attigny (82,5;, Novion-Porcien (82,5), Château-Porcien (82,6), (.'haumont-Porcien (82,6); ces cantons auraient attiré et fixé les envahisseurs venus du nord. D’après les observations que nous avons pu faire, la prédominance des têtes lai’ges sur les têtes longues n’est pas moins remanjuable dans la contrée montueuse et boisée de l’Ai-gonne, où la race primitive a pu se conserver plus pure que dans les vallées et les plaines voisines.
D’après les travaux déjà anciens de Villermé, de Lélut, de Boudin, de Lagneau et de Bertillon, basés surtout sur les statistiques du recrutement, nous savons que dans les départements champenois, comme dans tous ceux de la France du nord-est, les hautes tailles
]. Art. de CoLMGNON {BnHei. de la Soe. d’anthropoL, S** série, t. X, 1887, p. 308); L*Anthropologiet U I, 1800, p. ‘204-213 ; Desikkk, L’Indice céphalique eu France {BulUt. de la Soe, d^anthropol., année 1807, fasc. 11, p. 191-102).
Les habitants de la Lorraine sont plutôt brachycéphales (Collioxox, La Kace lorraine [liullet. de la Soe. det sc. de «Vancy, 13« année, 1880, p. 54, 50, 68]).