‹ La ChampagneChapitre 136 sur 166 · Aseoeiation fran^aite de SairU-Ètiennef 1897, p. 610 sqq · texte numérisé non relu

Aseoeiation fran^aite de SairU-Ètiennef 1897, p. 610 sqq

l’emportent sur les petites ; les départements de l’Yonne, de l’Aube, de la ]\Iarne, de la Haute-Marne, des Ardennes figurent sur les statistiques du l’ecrutement avec le moindre nombre d’exemptions pour défaut de taille (*). En Champagne, comme en Bourgogne et dans la région ardennaise, la taille est relativement plus élevée qu’en Lorraine ou dans la partie centrale du bassin parisien ; la race est assez

Moins de 20 De 20 â 30 De 30 à AO P/us 'de 40

Proportion p.1000 des Exemptés

pour défaut de taille dans les Cantons de la Marne d'après le Dl’Antony.

(Penode 1616-1679)

robuste, et les exemptions du service militaire pour faiblesse de constitution sont sensiblement moins nombreuses dans la région champenoise que dans la Lorraine, la Picardie et le nord de la France où, par suite du développement des industries extractives : carrières de pierre, mines de fer, de l’importance exceptionnelle des usines métallurgiques, des filatures et tissages de toute sorte, les conditions du travail sont plus rudes C"). La répartition des hautes tailles et la vigueur

1. Cf. nocuix, Études cthnoluftlQttPS taille (ifee. d- mém. de midee. milit., 3» série, t. IX,

p. 180-1S3;; naoNKAL', Quelques rciiianiues ethuolojflques sur certaines inarmité.s (.Vém. de l’Aead. de viêd., année 1871, p. -l) j Levassei-k, La Taille et la race (A^tnalee dit coneerv. dee art» et miliert, 2c série, t. I, p. 38-.39, et Lo population françaiee, t. I, p. 387).

D’après le !>■ Labit (7oe. eit., p. 0.54-655), dans les Ardennes, la proportion des conscrits ayant une taille égale ou inférieure à 1“,0Ü n’est que de 16,20 p. 100. Les vallées de l’.\isne et de la 51arne, jusqu’au cœur même du département de l’.Usne, sont babitées par des individns de taille plutôt élevée (I)c (lonKM.K, Topographie médicale de l’.arrondissement de Soissons [HuVet. de la Soc. de géogr. de l’Aiene, n'> 22, 1895, p. 503]). Le département de la Haute-Marne paraît être le plus favorisé sons lu rapport de la stature (cf. Joi.iuoia, La Ilaute-ilarne ancienne et moderne, p. 25, col. 1). Voyez à l’appendice les statistiques réunies dans le tableau H.

2. Cf. DU Cazae, Itépartitiou en France des inbrmltés susceptibles d’entraîner l'exemption du service militaire (üul/ef. de la Soc. d'anthropol., année 1896, fasc. 2, p. 76).

LA RACE CHAMPENOISE

de la race sont assez inégales en Champagne ; on a remarqué que, dans le département de la ^[arne, le chiffre des exemptions j)our défaut de taille croissait régulièrement de l’esta l’ouest; dans les Ardennes, l’arrondissement de Vouziers est le seul qui soit nettement caractérisé par des tailles relativement basses; partout ailleurs, la taille apparaît distribuée sans régularité, au hasard des croisements (*). C’est dans ces variations de la taille que nous saisissons la part des influences topographiques, professionnelles et sociales, lesquelles sont indépendantes de celles de la race, sur le développement corporel et les aptitudes physiques des individus. Ainsi les habitants des massifs boisés argonniens et ardennais, qui vivent la plupart des pénibles travaux forestiers et de l’exploitation des carrières, dont l’aisance et l’alimentation sont médiocres ; ceux de la vallée d’Aisne aux environs de Vouziers, qui exercent la profession sédentaire de vanniers, ont une stature généralement moins élevée que les cultivateurs de la Champagne Pouilleuse et une constitution moins robuste, particularité à laquelle les conditions générales de l’existence ne sont pas étrangères. De même, dans le Vignoble (montagne de Reims) et dans les cantons urbains de Reims, où le travail est plus rude que dans la plaine crayeuse, la proportion des exemptés pour défaut de taille est relativement plus considérable. Au sud-ouest du paysd’Othe, dans le Vignoble des environs de Joigny, on a constaté également une prédominance marquée des petites tailles. C’est ainsi que semble se vérifier, en Champagne, l’influence du milieu géographique et social sur le développement de la taillo.(').

L’insalubrité de certains cantons de la Champagne Humide, où les fièvres intermittentes dues à la présence des étangs et des marécages sont assez fréquentes, a eu sa répercussion sur le tempérament et le caractère des habitants : le tempérament souffreteux et le caractère apathique des populations du Bocage, au nord du Der, s’expliqueraient surtout par les conditions spéciales du milieu physique (®).

Si nous considérons un autre caractère anthropologique, la c'uleur des cheveux et des yeux, qui a moins de fixité que l’indice cépha-

1. Sur leg vanations de la taille dans la Marne et les Arlenne.s, cf. Plonqukt, Euai êur la topogr,

médic. du canton d*Ay, 2'* partie» p. 55, br. in-8®, Paris, 1855 ; Dr Antoky, loc. cit., p. 2(î, 30 ; Dr Lauit, loe, ci/., p. G55; Dr Guelliot. loc. ci/., p. 80-31, 58-59, 74-75, 77-79, 106, tableau n®9. Cf. la proportion des exemptés pour défaut de taille dans les cantons du département de l'Y^onne, pour la période ISIO- 1859, dans les de méd*-c. milit.f série, t. IX, 18G3, p. 182.

2. UouJOîT, Uaecs locales observées dans la France {Ballet, delà Soc. d^antht'opol., 2« série, t. IX, 1874, p. 251‘2ô2. Cf. la proportion des exemptés pour défaut de taille dans les cantons du département de l’Yonne (période 1810-1859), dans Mèn. de médee. milit.* 3« série, t. IX, p. 182.

3. Dr Vautuix, l^tude sur la topographie et l’hygiène du canton de Saiiit-Kemy-en-lJouzemont (Marne) [Assoc. franç.f Keim.s, 1880, p. 92 >].

lique et la taille, nous voyons que l’Aube, la Marne, la IlauteAIarne et les Ardennes figurent parmi les vingt-deux départements où les types clairs sont plus nombreux que les types bruns (‘). La prédominance du type clair sur le type foncé est même caractéristique dans le département des Ardennes où les cheveux blonds et roux figurent ])Our 28,65 p. 100, les châtain clair pour 47,6 p. 100, les yeux bleus ou gris pour 66 p. 100 (‘).

De toutes ces observations, il résulte que, malgré la prédominance générale de certains caractères anthropologiques tels que la brachycéphalie moyenne, la haute taille et la couleur plutôt claire, la population champenoise est loin d’appartenir à une race spéciale homogène ; elle paraît plutôt issue de deux éléments ethniques inégalement mêlés, dont les caractères spécifiques se sont modifiés et parfois transposés, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Si l’on s’en rapporte à l’opinion commune des anthropologistes, la population française se rattacherait essentiellement à deux races : les Celtes ou Celto-Li^u-

res, les plus anciens habitants du pays, brachycéphales de taille peu élevée, aux yeux gris, aux cheveux châtains, et les Kymris ou Germains venus du nord, qui se sont enfoncés comme un coin dans la masse de la population primitive, dolichocéphales qui répondent au signalement fourni par les écrivains de l’antiquité : taille élevée, yeux bleus ou glauques, cheveux blonds ou roux. Or, parmi la population champenoise, il n’existe qu’une corrélation très relative entre la brachycéphalie, la taille moyenne ou petite, et le type brun d’une part; la dolichocéphalie, la stature élevée et le type blond de l’autre (’).

Dans le nord de la Champagne, étudié spécialement au point de vue anthropologique, la population, fortement métissée, semble issue du mélange de deux races ; c’est par endroits seulement qu’elle a conservé plus ou moins nettement les caractères prédominants de l’une ou l’autre des composantes. En général, on constate plutôt une modification, parfois même une transposition des caractères primitifs, tantôt dans le sens de la taille, tantôt dans celui de l’indice cépha-

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