‹ La ChampagneChapitre 50 sur 166 · nov · texte numérisé non relu

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lonnées par les étroits vallons de la Cousance et du ru de Wadelaincourt, dans la forêt de liesse, les bois de Cheppy et de Malancourt ; la butte isolée qui porte le village de Vauquois en face de Boureuilles, et la colline de Montfaucon à une dizaine de kilomètres en avant du massif d’Argoune, sur le faîte de partage entre la Meuse et l’Aire, sont des rochers de gaize, derniers vestiges de l’extension primitive de cette formation dans la direction de l’est; à 15 kilomètres au nordest de l’Argonne, la côte de Villers-devant-Dun porte encore des lambeaux de l’infracrétacé : cette particularité explique pourquoi la dénomination d’Argonne a été conservée à des villages, à des bois et à des hauteurs assez éloignées du massif que délimite si nettement la vallée d’Aire, mais qui présentent avec l’Argonne certaines analogies résultant de la nature du sol, de la configuration, ou sim2)lement de l’extension du domaine forestier(‘). Les coteaux riverains de la Meuse en amont et en aval de Verdun sont encore désignés communément sous le nom d’Argonne occidentale et d’Argonne orientale (côtes de lieuse). Dans sa plus grande extension historique, l’Argonne n’était donc pas la petite région naturelle limitée aux affleurements de la roche de gaize, mais plutôt un pays au sens vague du mot, s’étendant depuis les plaines du Perthois jusqu’à la vallée de la lieuse (Mouzonnais, principauté de Sedan) av^ec Sainte- ^lenehould ])our capitale ('■’) ; ses limites d’ailleurs flottantes et purement conventionnelles n’avaient qu’une valeur géographique très relative.

Le massif gaizeux de l’Argonne a la forme d'un long plateau, dessinant au-dessus des terrasses qui dominent la rive gauche de l’Aire un talus aux pentes escarpées échancré en une multitude de promontoires boisés, sur une longueur de plus de 40 kilomètres depuis la trouée de Triaucourt près de Waly jusqu’au défilé de l’Aire. L’ensemble du massif s’abaisse à la fois dans les directions de l’ouest et du nord : dans la partie méridionale, l’altitude maxima dépasse 300 mètres, soit plus de 150 mètres en moyenne au-dessus de la vallée d’Aii'e (305 mètres dans le bois de Waly à l’angle sud-est du massif, 308 mètres à la côte Sainte-Anne au-dessus de Clermont). La

1. Brabaut-cu-Arponno dans le vallon de la Consaucc; Dombasle-en-Argonne dana celui du ru de Wadelaiiicourt, sur la route de Verdun; Montl’aucon-en-Artfoune sur une butte à l’est de Vareunea ; Bcaumout'eD'Argonue sur lo veraant de la Meusc^ au sud-ouest de Mouzou ; Fleury-cn*Argouuc au nord-est do Verdun, rive droite de la Meuse.

2. Lbmaikb, /fiatoire de JîeauUeu-en-Argonnet in-8'', Bar-le-Duc, 1873, p. 1-2 ; Büirette, Histoire dé Sai itt-.}fe}iehouldf in-8**, Saiute-Meuehould, 1837, p. 13; Biksard, Dietionn. topogr. de la MeiisCf introduction, p. r\'i. Sur les cartes anciennes, le nom d’Argonne désigne tout le pays d’entre la 3tcii.se et l’Aisne (cf. la Carte de Champagne, de F. B. Nolis, Paris, 1632).

ARGONNK

gnize étant une roche très poreuse, fissurée et assez compacte, s’est laissée raviner profondément par les eaux, et c’est à l’érosion que l’Argonnc doit les formes les plus caractéristiques de son relief. Tout d’abord le massif est sillonné longitudinalement dans sa partie centrale par un synclinal étroit et profond d’une vingtaine de kilomètres de longueur : c’est le va/ de Biesme, dont la section se prolonge par le ravin de Charlevaux, et qui vient déboucher dans la vallée de l'Aisne; sa direction, très oblique par rapport au plongement général

C'/. OfUfrmi Üefvrge.

Le val (le lliesine et le village du Claou (vue prise de la route du Claon à Florent)» rive gaucho do la Uiesme; eu arrière du village : les crêtes boisées de rArgoniic.

des couches vers l’ouest, indique peut-être une ligne de fracture atfouillée par l’érosion. De chaque côté de ce fossé central, et sur chacun des versants, les plateaux sont entaillés par des ravins latéraux, portant les noms significatifs de gorges, gorgeons, gorgettes, goulettes, qui s’entrecroisent dans tous les sens, au point que le massif j)rimitif ne présente plus qu’une juxtaposition de crêtes aiguës, séparées par de véritables gouffres (‘). Ces ravins taillés à pic, qui

1. Cf. les dônomiDBtions caractéristiques de la Pulce, Signiroont, la Bcllo-Êclilne, le Cul-de-Sac qui figurent à remplacement de rArgoiinc sur la carte ancienne du Veidunois, par Jailliot, géographe ordluairo du roi (1704).

affectent à leur naissance la forme de conques ou de fonds de bateaux, ont parfois une profondeur dépassant une centaine de mètres : telles sont, sur la rive droite de la Biesme, dans le voisinage des sources, la Gorge-le-I)iable en amont du village de Bellefontaine, et les Goulettes, aux sources du llutebas. Du haut de la côte de Biesme qui domine à l’ouest le bassin des Islettes, au confluent du llutebas et de la Biesme, les crêtes boisées de l’Argonne apparaissent alignées comme de gigantesques décors de théâtre, étagcant les unes derrière les autres leurs cimes arrondies comme des dômes : il y a là un panorama qui rappelle, toutes ])roportions gardées, les ])lus beaux sites du Jura ou des Vosges. Mais c’est à la pointe sud-est du massif, où les phénomènes d’érosion paraissent avoir atteint leur maximum d’intensité, aux environs de Beaulieu, qu’on peut admirer les formes si originales du relief argonnien : le village de Beaulieu est juché sur un promontoire étroit entouré de ravins sur trois côtés ; en avant se dressent des cônes de verdure (signal de Waly, côtes du l’ain-de-.Sucre, de Saint-Max, de l’Epinay) ouvrant dans leurs intervalles des échappées lointaines sur les terrasses du Barrois, le bassin de Triaucourt et la forêt de Givry ('). Parfois les fissures des assises de gaize, ravinées par les eaux d’infiltration, ont formé à la surface des j)lateaux des gouffres (grotte de Condé-lès-Autry) et des puits naturels qui s’ouvrent jusqu’au sommet des crêtes et que des légendes ont fait désigner sous le nom de « ti'oii des Sarrasins », « trou des Fées », etc. C’est à ses hautes cimes boisées culminant au-dessus de toute la contrée environnante que le massif d’Argonne doit la fréquence et l’abondance des précipitations atmosphériques qui l’abreuvent ; sur son versant oriental, au-dessus duquel se dressent les plus hauts sommets, la hauteur des pluies dépasse parfois 900 millimètres ('*) ; après les averses diluviennes de la saison chaude, on voit dans l’Argonne, comme dans les pays de montagnes, de grands nuages de vapeurs flotter au-dessus des ravins sur le flanc des crêtes.

Malgi’é son développement en largeur (4 lieues en moyenne), l’enchevêti’ement de ses ravins et de ses crêtes, l’épaisseur de ses

1. D’après un géologue (Dr Meumrr, dans le Bullet. de la Soc. philom. de Ve>dun,t. XV, 1901, p. 27 et xo, xci), l'érosion particulièrement Intense qui s’est exercée sur les flancs et à la surface du massif d’Argonuc, dans s.a partie méridionale, serait due à l'action de glaciers vosgiens dont le front venait buter contre les collines de gaize, depuis Waly jusqu’à Clermont. C'est aux eaux provenant de CCS glaciers qu'il faudrait attribuer la dénudation de la gaize et la forniatioii du bassin de Triaucoiirt; ainsi s'expliquerait la présence de débris glaciaires, de blocs erratiques de grès, non seulement à la surface dos plateaux, sur la rive droite de l'Alrc, mais jusque dans les ravins de l'.\rgonne, notamment aux environs do llellc-Fontaiuc et à la base du massif, prés de Passavant.

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