‹ La ChampagneChapitre 53 sur 166 · SC · texte numérisé non relu

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sinage des niveaux d’eau et des sources s’entassent les unes contre les autres, dé])Ourvues de dépendances, car la culture et l'élevage sont presque nuis ; dans les constructions, toujours en façade sur la rue, le classique grenier où s’entassent le foin et le bois s’ouvre au premier étage ; partout le bois, les lattes et les planches. Çà et là des petites maisons basses, peintes en couleurs claires, entourées de jardinets, ont l’aspect pimpant de minuscules villas : ce sont les résidences temporaires des bûcherons, des étameurs-fondeurs, de tous

et. L. Xlarcilly.

l'uc habitation dans rAr^oiinc (val de Biesme, en aval des Islettes); construction en bois et torchis^ soubassement eu bii»iues et blocs de gaize ; au premier étage : les greniers à foin.

ces demi-nomades qui vont gagner leur vie loin du pays natal, et conquièrent souvent une modeste aisance. Quant aux petites villes argonniennes, leurs maisons trapues, construites avec les blocs de couleur jaune verdâtre de la roche de gaize, abritent une population de petits commerçants et de petits propriétaires qui n’est numériquement plus en rapport avec le développement de l’espace occupé.

Tel est le pays d’Argonne, pauvre, peu peuplé, surtout séduisant j)ar l’originalité et le ]>ittoresque de sa configuration. En dépit de son individualité si nette et si forte, le massif d’Argonne n’a jamais eu

ARGONNE

une existence liistorique tà part, et n’a constitué, à aucune époque, une unité administrative quelconque. Au début du .Moyen Afçe, l’Ar- "onne était partagée inégalement entre les diocèses de Clnllons, Keims (doyenné de Grandpré) et Verdun (doyenné de Clermont). Nulle part l’Argonne n’est mentionnée comme un pagus au sens administratif du mot(‘). Au xiii' siècle, la rivière de lîiesme, ou du moins une partie de son ccurs, formait la frontière entre le royaume de France et l’empire d’Allemagne, limitant les deux seigneuries rivales des comtes de Champagne et des ducs de Bar ; une coutume différente était en vigueur sur chacune de scs rives (•). De bonne heure nos rois s’efforcèrent de reculer au delà de la Biesme la frontière de la France, de façon a englober dans leur domaine la totalité de cette Argonne dont l’importance militaire ne leur échappait j>as. Dès la fin du xili' siècle, nous constatons leurs empiétements continuels sur le territoire do l’Empire, à .Montfaucon et a Beaulieu (") ; mais ce n’est qu’en 1032 que le Clermontois, qui comprenait toute la partie sud-est de l’Ai'gonne, fut cédé par le duc de I.iorraine au roi Louis XIII. Le pays d’Argonne devenu la propriété du roi de France ne fut pas érigé en circonscription administrative indépendante : toute la i)artic nord et ouest fut rattachée au gouvernement et a la généralité de Champagne, tandis que la partie orientale, comprenant l’ancien Clermontois, fut incorporée a la généralité de Metz ou des Trois-Evêchés. Aujourd’hui, l’Argonne reste partagée entre les trois départements des Ardennes, de la Marne et de la Meuse ; et, telle est la persistance des traditions historiques, la rivière de Biesme, sur la plus grande partie de son cours, forme la limite entre les départements de la Meuse et de la Marne.

La trouée qui livre passage à la rivière d’Aire a la hauteur de (îrandpré paraît être de formation relativement récente : une étude

1. A IV'poquc capülîn,iru..c, l'Arjçonne était partajréc entre trois pagi : pngu^ StadiiuensiM (Astoiiois), pagiin Pulcjuieusin (Dormois), pagus T’’êr</t<w#;n«w(VonUiuois).

2. J. Hivkt, La Frontière (FBinpirc dans FArjçonne {fUhlwth. de VKcofe det chartes, t. XLH, 1881, p. 383, 101-102). Au nord, entre les vallées d’Aisne et d’Aire, la frontière de l’Empire cüup.ait tr nsvoi salement la forêt dWr^orne par les Quatrc-(’hénes (bois de Hinarville), prés des sources du misse: u de C'hirlcvaux ; clic coupait l’Aire au confluent du ruisseau de Vervaux entre Moulblaii; ville et Aprcinont, à la lisièro des départements des Ardennes et do la Meuse (liuHet. de giogr. histor. et d scr'pt.t année liOl, fas?. 2, p. 00). André Lesobt ; Les Chartes du Clermontois, in-8", Pari.s, UKM, p.ll.

3. L.a rc union an domaine royal du comté de Chanipaprne fit du roi de France un voisin immédiat des évêques de Verdun et des comtes de Hnr et lui fournit Toccasioii d’exercer ses revendications. Eu 1272, IMiiliiipc lit conclut avec les clmuoines de Montfaucon une association de seigneurie et de justice, et un prévôt royal vint siéger dans cette importante position stratégique située eu plein territoire (l’Empire. En 1287, IMiil'ppc le Bel prenait sous sa protection les moines de Beaulieu molcst(*s par les comtes do Bar, et un arrêt du parlement revcrdiipiail Beaulieu comme faisant partie du royaume de France; enfin, en 13U1, le comte de Bnr, Henri III, abandonnait au roi de France la mouvance de tent ce qu’il possfdait Mtr la rive gauche de la Meuse.

topographique détaillée des lieux a permis ’(') de constater en cet endroit les vestiges d’une capture, au profit de l’Aisne, de la rivière primitivement tributaire de la Meuse. L’Aire adû se diriger autrefois vers le nord, en longeant le talus formé sur sa rive gauche par les affleurements de l’infracrétacé. Son ancien lit est marqué par le ravin de son petit affluent l’Agron, qui se prolonge naturellement par le cours sinueux de la Bar, dans une large vallée à pente indécise. Par sa largeur, le val de Bar, qui vient déboucher dans la vallée de la Meuse en aval de Donchery, n’est plus en rapport avec l’exiguïté du cours d’eau actuel (■) : c’est dans les prairies humides situées à l’ouest de Buzancy, non loin des villages de Bar et llarricourt, que se fait le partage des eaux entre la rivière de Bar et l’Agron (la fontaine qui bruit) Les indications de la géologie confirment cette hypothèse d’une ancienne jonction de l’Aire et de la Bar : la présence dans la vallée de la Bar de dép»')ts de sables verts argileux recouverts par les alluvions récentes, à une distance assez considérable des sources «alimentées en terrain calcaire, est incompréhensible dans les conditions présentes de la vallée, et il faut admettre que ces dépôts argilo-sableux, arrachés par la rivière d’Aire au soubassement du m.assif d’Argonne, ont été apportés par elle à l’endroit où on les trouve (*). Au nord de Grandpré, la dénomination d’Argonne appliquée «abusivement à tout le p.ays qui s’étend jusqu’à la vallée de la Vence (’) disp«araît de la toponymie locale. «Sur quelques anciennes cartes (®), elle est remphacée par celle de Vallage, réservée aujourd’hui aux vallons situés au nord de l’Aisne (cantons de Tourteron et Novion-Porcien) *, en réalité on est dans les Ardennes, c’est-à-dire dans cette zone aux limites indécises, toujours montueuse et boisée, «appartenant aux divers étages des formations jurassique et crétacée, adossée au m.assif schisteux franco-belge. Au nord du défilé de Grandpré, les dépôts infracrétacés s’amincissent et se rétrécissent, les formes du relief se modifient peu à peu, la forêt est moins profonde, la physionomie générale du pavs et les conditions de l’imbitat se transforment graduellement. Au delà du vallon de la Fournelle, les argiles du gault et la gaize elle-même n’affleurent plus qu’en lambeaux discontinus au-

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