Huirbttr, Jliitoire de Sainie^Mtnehoaldf p
2. Sur le versant oriental de TArgoune, au sud de Clermont, La Grauge-le-Comte possède uue importante terme d'élevage avec une fromagerie.
ARGONNE
cS3
mes, sont expédiés à la gare des Islettcs ou transportés sur de gigantesques chariots et vont approvisionner les régiments de cavalei'ie de 8ainte-:\leneliould, Vouzieis et Verdun. C’est la forêt qui contribue à faire vivre le plus grand nombre de scs riverains ; les paysans de l’Argonne sont bûcherons, scieurs de long, charbonniers, tourneurs, marchands de bois ; les brioleurs vont charger sur des mulets, au fond des ravins et jusqu’au sommet des crêtes, les bois d’œuvre, bois de mines, traverses de voies ferrées, charriés ensuite à la gare dos Islettcs; on tabrique aux Islettes des montants et bâtons de chaises, au Keufour des attelles de colliers et des arçons, à Futeau et à Varennes des innnchcs de pinceau et de fouet; à ]\ralaucourt, près de la forêt de liesse, on tourne artistiquement le bois; Florent est le centre des tonneliers qui travaillent jrour le vignoble champenois. Les vieilles industries argonniennes qui firent jadis la fortune et la réputation du pays, la verrerie, la faïencerie, la métallurgie et même l’industrie des phosphates ont complètement disparu ou sont en décadence. A partir du xv" siècle, la plupart des villages et hameaux du val de liiesme possédaient des verreries alimentées par les sables siliceux provenant de la désagrégation de la gaize. Ces petites usines familiales, qui trouvaient sur place un combustible inépuisable, fabriquaient des gobelets et des bouteilles. Au xyC siècle, tous les maîtres verriers de l’Argonne avaient été anoblis par nos rois ('). Aujourd’hui, la plupart des fours sont éteints et n’ont laissé de vestiges que dans la nomenclature locale (le four de Paris) ; plusieurs usines ont émigré dans la banlieue de Keims, à proximité du marché de consommation de leurs produits ; deux verreries seulement, aux Islettes et aux Senades, fabriquent encore des bouteilles et des cloches de jardin ; les descendants des gentilshommes verriers, des « hâzis » ou « desséchés », sont devenus de simples bûcherons ou charbonniers. Les faïenceries de l’Argonne (Waly, Salvanges, Les Islettcs, etc.) qui, à 1 époque de la Kévolution, fabriquaient ces assiettes aux couleurs criardes, ornées de coqs et de vilains bonshommes couleur chocolat criant : « \ ivc la nation », ont eu la même fortune que les verreries, et l’industrie céramique n’est plus représentée dans l’Argonne que par des tuileries et des briqueteries qui exploitent un peu jiartout les argiles du gault. Au milieu du siècle dernier, on extrayait activement le minerai de fer en grains contenu dans les argiles aptiennes
1. Bciblttb, Iiutoire de Sainte-Mtnehould, t. I, p. 2Ü7-26S. t. II, p. 601 ; l’rosper de Bioault, Les Verriers de TArgoime {lier, de Chahpogjie et de Lrte, t. XII, 1882).
aux environs de Grandpré, à Chevrières, Marcq, Apremont, ou dans les sables verts à Coi’nay, Cliâtel-Chéhéiy, Saint-Juvin, Fléville sur le versant oriental de l’Argonne, et sur la rive droite de l’Aire à Exerinont, Soinnierance, Cliaiupigneulle, etc. Les vieilles usines de la vallée d’Aire fabriquaient du matériel de guerre et des projectiles; il y a une cinquantaine d’années, le groupe métallurgique de l’Argonne ne comptait pas moins de douze hauts fourneaux et forges, occupant plus de trois cents ouviûers ('). Aujourd’hui les forges d’Apremout, les seules qui subsistent, fabriquent des pièces pour le matériel des chemins de fer à l’aide de la fonte provenant de Meurthcet-^loselle. Il en a été de même pour l’extraction et le traitement des phosphates de chaux qui ont été pour la région argonnienne, pendant une trentaine d’années, une source de richesse aussi ])récieuse qu’éphémère. C’est en 1856, aux environs de Grandpré, que commença l’exploitation des nodules de phosphate de chaux ou coprolithes, vulgairement désignés sous le nom de coquins ou crottes du diable, extraits des sables verts, parfois des argiles du gault et de la gaize. Cette industrie se développa rapidement dans le bassin des Islettes, dans toute la vallée d’Aire, et jusque dans la forêt de Hesse : on ne voyait partout que puits à i^hosphate, ateliers de lavage le long des ruisseaux, moulins hydrauliques pour la pulvérisation des nodules. De nos jours, cette industrie se trouve bien réduite (*);' si les gisements ne sont pas complètement épuisés, l’absence d’une voie navigable a rendu la concurrence particulièrement difficile pour les phosphatiers de l’Argonne, moins bien pourvus sous tous les rapports que leurs rivaux de la Picardie et de l’Artois.
Les vicissitudes et la décadence progressive de ces petites industries locales ont contribué au dépeuplement de la contrée (’’). De 1856 à 1901, les quatre cantons de Grandpré, Montfaucon, Varennes et Clermont ont perdu 8 354 habitants. L’Argonue étant un pays pauvre, les antiques traditions d’émigration temporaire de la population persistent plus que jamais. Dans la j)lupart des villages forestiers, chaque année des essaims de travailleurs, hommes, femmes et enfants, s’en vont périodiquement faire la fenaison et la moisson dans le Barrois, dans le Vallage d’Aisne, dans la Champagne Pouilleut,e : puis, ce sont les vendanges aux environs d’Épernay et de Reims ; durant la
1. Statiat, géolog. des Ardennes, p. 318, 3/8; Statut, géolog. de la }feitas, p. G51-637.
2. Le service des mines évalue la prodiictiuu des phosphates dans la Meuse à 21930 tonnes, ropre* sentant une valeur de 658500 fr. (1901).
3. Des entreprises de brodurie.H, montées réccininont à Clcrmout et à Futean, trouvent une maind’œuvre féminine abondamment disponible.
ARGONNE
belle saison, les villages sont presque déserts ; en hiver, les scieurs et les bûcherons de la vallée (Futeau, Lachalade) vont travailler dans les coupes de la forêt de Trois-Fontaines, jusque dans le l)er et dans les forêts de la Brie ; les gens de Beaulieu et de Bellefontaine exercent de père en fils le métier de fondeurs et d’étameurs ambulants jusque dans la banlieue de Paris. Il n’existe plus dans l’Argonne dépeuplée que quelques petites villes déchues, dont l’insignifiance actuelle contraste avec leur rôle historique. Sur la lisière orientale de la forêt, Clermont (‘), bâti en amphithéâtre sur les flancs d’un promontoire escarpé qui commande tout le pays environnant, jadis siège d’une importante châtellenie et capitale d’un comté, bien que situé sur la voie ferrée de Verdun à Châlons et relié à Bar-le-Duc par un chemin de fer à voie étroite (55 kilom.), n’est plus qu’une bourgade sans vie de 1 145 habitants. Varennes, situé sur les deux idves de l’Aire, à l’endroit où la vallée, taillée dans la roche calcaire, dessine un cirque gracieux en fer à cheval, possédait au xv* siècle des labriqixes de drap florissantes, un hôtel des monnaies, et était encore, à la veille de la Révolution, le siège d’un bailliage ; ce n’est plus qu’un petit chef-lieu de canton (1 205 habitants), à l’écart de toute voie ferrée, qui a conservé quelques constructions massives, derniers vestiges de son opulence passée. Grandpré, dans la trouée de l’Aire, dont le château fort campé sur une butte (') surveillait l’un des principaux passages de l’Argonne, a encore moins d’importance (087 habitants). Vienne-le-Château, à l’issue des gorges de la Biesme, non loin du confluent avec l’Aisne, dont le château fort fut la propriété tour à tour disputée des évêques de Verdun, des comtes de Grandpré et de Bar, compte 1 344 habitants, dont quelques centaines d’ouvriers et ouvrières occupées dans deux usines de bonneterie (feutres pour chaussures, chéchias militaires, velours d’ameublement, chaussons) ; l’activité de ce petit centre industriel, complètement isolé de ses congénères, est entravée par l’éloignement à 4 kilomètres de la plus proche station de voie ferrée : Vienne-la-Ville sur la ligne de Revigny à Hirson. Au cœur de l’Argonne, dans le val de Biesme, Futeau (844 habitants) et les Islettes avec leurs 1 488 habitants, bûcherons, tourneurs, phosphatiers, verriers, tuiliers, négociants en bois et en fourrages, résument assez bien la population ouvrière de tout le pays.
Dans les villages argonniens, les habitations ramassées dans le voi-
1. Cf. Bokmabisi.lb. Xotice êur Clermont^en•Argonne, in-8®, Bar-le»Duc, 1878.
2. Cf. A. DE Hartiiélemt^ Notice historique sur la maison et les comtes de Grandpré^ Parif,
LA. CH.AMPAGXE