LES ARDENNES
dessus de leur soubassement calcaire et sont fréquemment masquées par des plaques d’un limon jaunâtre argilo-sableux ; les crêtes et les dômes caractéristiques de l’Argonne s’affaissent ; plus de sillon longitudinal comme le val de Biesme, mais des vallons transversaux étroits et abrupts, comme ceux de la Fournelle et des ruisseaux de Montgoii et de Saint-Lambert qui sont taillés dans le portlandien, dans le calcaire à astartes ou même dans le corallien, et viennent déboucher dans la vallée d’Aisne. A l’est et au nord-est, les villages de Châtillon et Brieulles-sur-Bar, Le Chesne, Marquigny, Jonval, Saint-Loup-Tcrrier, Wignicourt jalonnent la limite extrême des affleurements infracrétacés ; de ce côté, les plaines de la Bar et le long synclinal que remplissent l’étang de Bairon et son affluent le ruisseau des Prés délimitent assez nettement la partie champenoise des Ardennes : au nord-ouest, à partir du vallon que suit le ruisseau de 3Iigny, la formation infracrétacée perd son individualité; le terrain de craie commence à apparaître dans les fonds et ses affleurements se multijdient; on entre dans une zone mixte, tour à tour sèche et humide, où la Champagne, au nord de la vallée d’Aisne, confine aux pays ardennais, à la Thiérache et à la Picardie.
Les plateaux qui font suite au massif d’Argonne sont disposés en amj)hithéâtre autour de la vallée d’Aisne, qui dessine un coude brusque à la hauteur de Billy-8emuy ; leur inclinaison est forte et le relèvement des couches vers le nord-est très prononcé ; l’altitude de la vallée d’Aisne entre le confluent de l’Aire et Attigny est en moyenne de 100 mètres, tandis que la bordure orientale des plateaux infracrétacés, éloignée de 8 à 10 kilomètres, dépasse 200 mètres (248 mètres près de Briquenay, 228 mètres près de l\Iarcquigny). Toutefois, en raison de leur faible épaisseur, les affleurements de l’infracrétacé ne forment pas au-dessus des plaines de la Bar un talus aussi accentué que la corniche du massif d’Argonne au-dessus de la vallée de l’Aire : ainsi à Brieulles, la vallée de la Bar est à la cote 158 mètres et n’est séparée du ravin de la Fournelle que par un seuil ne dépassant pas 174 mètres (trouée de Noirval). Les plateaux ardennais sont profondément ravinés et sillonnés de gorges, comme celles de LongAvé et de Toges qui rappellent celles de l’Argonne ; ce sont, sur les pentes, les mêmes petits chemins creux taillés dans la gaize, dans lesquels évoluaient si difficilement nos soldats les 12 et 13 septembre 1792(‘); mais ici les crêtes sont moins saillantes et finissent par disparaître, à
1. Parisbt et Vai.i.ék. Carnet d'étapes da dragon Zfarquant, iii-12, Nancy, 1898, p. 108.
mesure que les dépôts de la gaize s’amincissent et font place à des affleurements d’une autre nature. Jusqu’au ravin de la Fournclle, qui marque peut-être l’emplacement d’un ancien lit de la Bar (9, la foret est encore très épaisse (bois de Bourgogne, de la Belle-Epine, de Briquenay, forêt de Boult), tandis que, au nord de ce sillon transversal, les massifs boisés (bois de Vandy, Vaumaillard, de Voncq et du Chesne) sont entrecoupés par de vastes clairières cultivées. Cemme dans l’Argonne, les défrichements et la colonisation primitive ont été l’œuvre des moines. Toute la contrée était comprise dans le demaine des puissants évêques de Beims qui étendaient leur juridiction jusqu’au delà de la Meuse ; dès le x® siècle, les abbés de 8aint- Bemi de Beims avaient la seigneurie d’un grand nombre de villages, et d’antiques traditions rattachaient le pays au comté de Champagne et au royaume de France (■)• Les comtes de Bethel, fondateurs du monastère de Louvergny - des-lMares près de Lametz, transféré à Longwé près de ]\[ontgon, contribuèrent avec les abbés de Saint-Bcmi de Beims, les moines de Landèves près de Ballay, les Templiers de Boult-aux-Bois et de Clairefontaine, au déboisement et au peuplement de la contrée (9- La déforestation a été poussée plus loin que dans l’Argonne et s’est poursuivie presque jusqu’à nos jours (''). Les champs cultivés s’étalent à la surface des plateaux qui surplombent la vallée d’Aisne, tandis que les vergers garnissent les pentes ; au fond des vallons, les oseraies ont été multipliées. Au nord, dans le canton de Tourteron et jusqu’à la forêt de iMazarin, le pays est encore ]ilus découvert ; l’aspect varié de la végétation et des cultures révèle la diversité des sols : vergers d’arbres à cidre sur les terres légères constituées par les sables verts aux environs de Tourteron et d’Ecordal, vignobles sur les déclivités de la gaize et du calcaire à astartes (Neuville-et-Day, Suzanne, Guincourt, etc.), friches et pacages où s’épanouit la flore spontanée des sols calcaires à la surface des plateaux où la roche corallienne est à peine recouverte par une mince couche de terre végétale. Tous ces plateaux, traversés par la seule grande voie romaine de Beims à Trêves par Voncq et Le Chesne, formaient, avant les déboisements, une solide frontière naturelle au nord-est des plaines champenoises, sous la surveillance des comtes de Grandpré et de Bethel. Bien que les ravins transversaux à direction conséquente soient