CHAPITRE VI
Falaise de Champagne-Brie : Montois, Vignoble, montagne de Reims.
A l’ouest de la Champagne Pouilleuse, des formes de terrain nouvelles attirent le regard : l’horizon apparaît barré par une ligne sinueuse de coteaux couronnés de bois, dont les uns projettent au-dessus des plaines crayeuses des promontoires séparés par d’étroites anfrac- Uiosités ou de larges concavités signalant les points vulnérables où les eaux ont fait brèche, les autres se dressent en collines isolées comme des piliers en vedette détachés d’une masse. 11 y a là un talus très caractérisé, surmonté d’une corniche, et dont le ressaut esTî^us ou moins amorti par les ébouRs. Mais il est aisé de reconnaître que le chajdteau n’apj>artient pas à la même formation que la base : il marque la bordure de la nappe tertiaire parisienne dont l’extension primitive a été considérablement réduite par la dénudation. La masse des dépôts tertiaires superficiels a été maintenue à sa place actuelle, grâce à la résistance qu’offraient, à l’assaut des courants diluviens venus de l’est et du sud, ses assises compactes de calcaire marin ou de travertin lacustre superposées au sou^afisement crayeux. Telle est la falaise de Champagne-Brie, bande étroite de terrains montueux et ravinés s’intercalant entre les plaines sèches, infertiles et à peine peuplées de la Champagne Pouilleuse où la population est fortement agglomérée, et les plateaux surélevés de la Brie et du Tardenois où la population est à la fois plus dense et plus disséminée sur des terres fortes et humides qui se couvrent de forêts et de vergers alternant avec d’opulentes cultures. Entre la Brie et la Champagne, qui furent unies pendant plusieurs siècles sous le gouvernement des comtes de Troyes, si les contrastes s’affirment avec sûreté dans la toponymie locale, les échanges ont créé des liens de solidarité économique permanents (‘), et c’est la falaise qui forme le trait d’union; elle fournit aux habitants
I. Loisy-cn-Brie, sur les pentes de la falaise, au sud-ouest de Vertus, s’oppose à rx>isy-sur-Marne
de la plaine champenoise les bois, les vins, les matériaux de construction variés tirés des nombreuses carrières excavées dans ses flancs. La falaise tertiaire qui, par son ox’ientation et ses affinités, se rattache naturellement à la région champenoise, est loin de présenter sur toute son étendue une structure homogène et la même valeur économique.
Entre la percée de la Seine en aval de Montereau et la trouée du petit Moi’in au nord de Sézanne, elle est plus particulièrement dési- V/ gnée sous le nom de Montais; au delà des marais de Saint-Gond commence le Vignoble qui atteint son maximum de développement sur le pourtour de la montagne de Reims, entre les vallées divergentes de la Marne et de la Vesle. Au delà du sillon transversal de l’Aisne, disparaît progressivement le Vignoble, qui constitue la plus grande agglomération de toute la falaise ; les coteaux de Craonne, qui se prolongent jusqu’à la dépression marécageuse de la Souche, à l’entrée du Laonnais, forment au nord-est l’angle terminal du massif tertiaire au-dessus des plaines champenoises.
Depuis INlontereau jusqu’à Fontaine-Denis, le bourrelet saillant que dessine le contact de la nappe tertiaire et du terrain de craie est orienté du sud-ouest au nord-est, parallèlement à la vallée de la Seine, sur une longueur de plus de 30 kilomètres. Ici, la Seine, grossie de l’Aube, a dû abandonner sa direction normale pour longer le front du talus escarpé qui lui faisait obstacle et dont elle affouillait la base ; elle n’a eu la force de se frayer un passage à travers la masse des ])lateaux tertiaires qu’après avoir recueilli le tribut considérable que lui apporte l’Yonne. Les eaux qui venaient jadis battre violemment la base du bourrelet tertiaire redressé par les mouvements orogéniques, et celles qui ruisselaient sur les pentes crayeuses du versant champenois ont creusé tout le long de la falaise de profondes échancrures en forme de cirques largement ouverts ou de longs couloirs sinueux, séparés par des promontoires aux flancs abrupts : ainsi la côte de Guillard (121 mètres), le })lateau du Kalloy (132 mètres), le cône surbaissé de Paroy-Jutigny (133 mètres), le cap de Chalmaison (156 mètres), qui s’intercalent entre les vallons des ruisseaux d’Orvilliers, d’Egligny, d’Auxence, de Volangy, de la Voulzie ; ces avant-monts crayeux de la falaise ont encore des formes mamelonnées
dans la zone crayeuse. Les habitants de certains villages situés à la lluiitc des doux formations crétacée et tertiaire ont conservé l'habitude d’exprimer le contraste entre les deux pays on disant qu'ils vont eu Brio ou eu Champagne, lorsqu’ils quittent leurs demeures pour se livrer aux travaux des champs.
LE MONTOIS
et arrondies ; mais à mesure qu’on s’avance à l’intérieur du pays, on voit les vallons se transformer en gorges tortueuses et ramitiées ; les coteaux à pic et les sites sauvages abondent (gorges de Bccherelles et de Guittemard au-dessus de Donnemarie). C’est ainsi que l’aspect très tourmenté du pays justifie la dénomination locale de Montais qu’on retrouve dans le nom de plusieurs villages ( Donnemarie-en- Montois, !Mons-en-Montois, etc.) [‘]. Dans le IMontois, la craie blanche sénonienne utilisée dans la fabrication du blanc d’E^agne et de l’acide carbonique pour les sucreries de la contrée (Provins, Saint- Nicolas, Nogent-sur-Seine, etc.) affleure à des niveaux très varia-
Ci, Petil-Desplanchei,
l.'n ravin du >rontois : le moulin de la rue aux Vaches à Nesle-la-Keposte dans le vallon de la Xoxo
aa-dessus de Villcnauxe (Aube).
blés, dans des limites souvent très restreintes. Ces différences de niveau, qu’on retrouve avec des amplitudes variables sur tout le pourtour de la falaise, se rapportent à un système d’ondulations du massif tertiaire parisien; elles en marquent les pointes terminales. Un premier pli crayeux affleure sur la lisièi-e des plateaux, entre Nogent-
1. Sur la topographie et la géologie du Montois, cf. Abbé Poikip.b, Note sur l’allure et la composition de l’argile plastique dans le Montois (BiilUl. de la Soe. giolog., 3' série, t. XIII, 188H885, p. 68); là,, Le ilontoi», esquisse géologique, Paris, iu-8<>, 1886 ; Pi.essiek, Formation eimullanée du plateau et de, vallée, de la Brie, in-8®, Provins, 1868 ; H. Laroqce, Géologie deeeriptive du baiein de la Youlzie, in-16, Provins, 1892 ; H. Thomas, Kevlsion de la feuille de Provins (Bullet. des serv. de la carte géol., t. X, p. 7, 16; t. XI, p. 4; t. XII, p. 16-18; Id„ Contribution i la géologie des environs de Provins (Bullet. de la Soe. géolog., 3' série, t. XXVIII, 1900, p. 72) ; E. Choullier, Mons et le Montois (lierue de Champagne et de Brie, nov.-déc. 1898).
LA CIIAMPAGNP]
sur-Seinc et Villenauxe ; il apparaît à i\[ontpothier où la craie atteint 148 mèti’es, tandis qu’elle n’est qu’à 80 mètres à Saint-Parres (couiniune de Saint -Nicolas) et à 114 mètres à Villenauxe, à 3 kilomètres environ de part et d’autre de cet anticlinal qui se dirige vers le nord-ouest par Saint-i^lartin-Cliennetron, passe au nord de Provins et disparaît en Brie sous la forêt de Jouy. Un axe secondaire, marqué par une brisure importante, a été signalé près de Saint-Parres : au bois Kagot, près de Saint-Nicolas, à la lisière de la forêt de Sourdun, la craie est à 171 mètres, et seulement à 80 mètres au bas de la cote de Saint-Parres, à 1 600 mètres dans la direction de l’est ; la faille se transforme en voûte à Chalautre-la-Grande, et l’accident va passer au nord de Provins : il semble que la direction bizarre des deux vallées divergentes de la Voulzie et du Durteint est due à cet accident. Enfin un nouvel axe crayeux apparaît au-dessus de Fontaine-Denis, où la craie affleure à 207 mètres près de la forêt de la Traconne(‘). Les pentes et les sommets des coteaux du Montois présentent à découvert, au-dessus de la craie, et dans leur ordre de succession, les assises principales de la formation tertiaire inférieure : argile plastique et sables, calcaire grossier; et, à mesure qu’on s’élève à l’intérieur du pays : les argiles vertes, les meulières de la Brie et les sables de Fontainebleau. Les roches dures (calcaire grossier et meulières), s’intercalant entre des lits d’argile, commandent le" modelé de la falaise et dessinent son couronnement. Quant aux couches de l’argile plastique qui reposent sur le soubassement crayeux, en suivent les ondulations et en remplissent les anfractuosités, elles ont ici une importance exceptionnelle ; elles alimentent la plupart des sources qui jaillissent sur le flanc des coteaux ; leurs assises moyennes sont exploitées pour la fabrication des tuyaiix, des brhjues et des creusets de fcJnderie : parfois l’argile a tous les caractères du kaolin et on l’extrait à ciel ouvert ou par puits et galeries, notamment dans la vallée de la Voulzie à Longueville, f>ept-Veilles , Poigny ; sa flnesse et sa blancheur la font rechercher pour la fabrication des pipes, de la faïence et des poteries Anes. L’industrie céramique a pu se développer ainsi à Montereau, iflontpothier, Villenauxe, Saint-Loup, Donnemarie, etc. Montereau possède une des plus anciennes faïenceries de France, rivale de celles de Gien et de Digoin ; les assiettes et les faïences décorées fabriquées à Montereau sont connues dans toute la France (*). Ville-
1. l)oLiiKU8, Recherches sur les ondulations dos couches tertiaires (laus lo bassin parisien {Bulfet. [»n* 14] dca aerv. de la carte gi’olog.t t. U, 1890-18111^ p. 3C-3J).
2. Akdouix-Dumazet, Vogage en Fiance, 25 * série, p. 296 et suiv.
LE MONTOIS
nauxe s’est spécialisé dans la fabrication des terres cuites et de la céramique artistique. Les bancs de calcaire compact qui couvrent la partie supérieure des plateaux sont exploités pour la fabrication de la chaux grasse (Provins, Poigny, Les Grattons) ou pour les constructions (Saint-Loup, Sainte-Colombe, Chalautre-la-Petite) et alimentent les fours à chaux du moulin des Roches près de Villenauxe, de Saint- Parres près de La Saulsotte. Les populations primitives de la contrée extrayaient même les parcelles de minerai de fer contenues dans les assises inférieures du terrain tertiaire : des vestiges de forges antiques ont été retrouvés aux environs de Montpothier, Villenauxe et Chalautre-la- Reposte (') . Au pied de la falaise , dans les ravins et jusque dans les plaines de la Seine, on rencontre des amas considérables de dépôts diluviens, galets de silex noirs provenant de la dénudation des couches crayeuses et souvent agglomérés en poudingues, débris de calcaire grossier, blocs de grès sauvage, bancs de tufs qui formaient à la base de la nappe tertiaire un cordon littoral aujourd’hui détruit (“). Il est à remarquer que, dans le Montois, contrairement à ce que l’on constate dans les autres parties de la falaise, le partage des eaux entre les deux versants se fait plutôt au profit de la 8eine, sur le versant champenois. Le plus important de ces cours d’eau, la VOLiIzie, dont le poète llégésippe IMoreau a célébré les grâces un peu mièvres, est une petite rivière au régime irrégulier (*), dont les rives ombreuses sont bordées de petites usines, moulins et scieries. Alimentée par des ruisseaux qui se ramifient au fond des ravins jusqu’au cœur des plateaux do la Brie, à 6 kilomètres en amont de Pro-\ vins, la Voulzie n’a jamais pu être aménagée pour la navigation. Pays essentiellement agricole, le Montois présente une plus grande variété de productions que la Champagne crayeuse. Tandis que de belles forêts s’étalent à la surface des -plateaux (bois de Valence, bois du Fresnoy, forêts de Soui’dun et de la Traconne), alternant avec des vergers et des prairies, les céréales et la vigne garnissent les pentes des coteaux. Mais bien que les vins de Provins aient été fort appréciés au Moyen Age, ils sont loin de valoir ceux du vignoble champenois situé plus au nord : la désignation peu flatteuse de vins de Brie qui leur a été appliquée par les Champenois en est la preuve. La densité de la population est très variable dans les cantons du ^lon-
^ 1. ilémoires de la Société académique de l’Aube, année 1882, p. 201-205.
2. Le plus intéressant de ces dépôts est celui des tufs du vallon do Kessou dont M. Fi.ichb a étudié la flore et la faune fossiles (Bnllet. de la Soc. géolog., 3' série, t. XII, 1883, p. 9 sqq.).
3. Sur les inondations do la Voul-sie, cf. BoCRqcKliOT, llittoire de Provint, t. II, p. 111, 210, 229, 211-213, et Champion, loe. cit., t. II, p. 102, et pièces Justiflc., p. ixxvni.
IÜ8
tois, mais dépasse notablement celle des cantons de la Champagne Pouilleuse ('). La population s’est disséminée de préférence dans les vallons et sur les pentes, à la limite d’affleurement des niveaux d’eau de l’argile plastique. Les agglomérations villageoises sont assez fortes, mais deux centres urbains seulement ont une réelle importance :
' ^^^ntereau et Provins.
Montereaii, au confluent de la Seine et de l’Yonne, au pied de la cote de Surville, est un centre d’échanges pour une partie du Gâtinais, de la Prie et de la vallée de l’Yonne. Comme la Seine depuis son confluent avec l’Yonne jusqu’à Paris (97 kilomètres) est une voie navigable présentant un mouillage normal minimum de 2 mètres, Montereau possède sur la Seine et sur l’Yonne un double port dont le mouvement total n’est pas inférieur à 200000 tonnes (*). Plusieurs voies ferrées se croisent également à Montereau : celle de Paris - Lyon, le tronçon de IMontereau à Flamboin (28 kilomètres) qui relie le réseau P.-L.-M. à celui de l’Est, la voie ferrée étroite de Montereau à Château -Landon (50 kilomètres) qui dessert les importantes carrières de pierre de taille de cette localité, enfin celle de .Montereau à Egreville, gros bourg rural au cœur de la partie la plus riche du Gâtinais. L’activité du marché agricole (bois, grains, bétail) et des industries locales (faïencerie, briqueterie, sucrerie, etc.) explique l’acp~croissement de la population à iMontereau (^). Provins, petite capitale du Montois, est situé sur le rebord d’un plateau s’avançant au-dessus du confluent de la Voulzie et du Durteint*, la partie basse de la ville s’étend au fond d’une gorge aux versants escarpés. Provins n’était pas moins important que Montereau, comme lieu de transit. Cet ancien castrum mérovingien, chef-lieu d’un j)agus, puis l’une des résidences préférées des comtes de Champagne, voyait passer par la vallée de la Voulzie les produits d’une partie de la Bourgogne et de la Champagne destinés à Paris. Au xiii® siècle, ses grandes foires rivalisaient avec celles de Troyes ; avec les nombreux clochers de ses édifices religieux, ses palais, ses hôpitaux, sa population de moines, de Templiers, de Juifs, de drapiers et de tanneurs, la ville présentait un aspect pittoresque et une activité peu commune (^); un tronçon de voie ferrée relie Provins à la ligne Paris-Belfort par la vallée
1. Kilo dépasse 100 habitants (109,8) dans le vallon de la Voulzie (agglomération de Provins) et les ravins latéraux.
2- Ku 11)00, 201 169 tonnes : Port de la Seine, G3815 tonnes (arrivages, 26987 tonnes; expéditions, 26 000 tonnes ; trafic intérieur, 9 798 tonne») ; port de PYonne, 12391 1 tonnes (arrivages, £6 16 1 tonnes ; expéditions, 5l 783 tonnes) ; plus 13 413 tonnes pour le port de Moscou, en amont de Montereau.
3. Ku 1866, 5465 habitants; en 1872, 6714 habitants; en 1901, 7?29 habitants.
4. lîovKQUKLOT, Hi»toire de Prot’in», t. I**», p. 10-', 169, 250, 270; t. II, p. 17, 50, 91, 124, 253.
LE MONTOIS
ICÜ
(le la Voulzie (Provins-Longuevîlle, 8 kilomètres); un autre assure ses relations avec Esternay au cœur de la Brie (Provins-Esternay, 29 kilomètres). Aujourd’hui, Provins, qui a conservé la plupart des monuments de son passé féodal et religieux, n’est plus guère qu’un marché agricole dont l’activité est intermittente, une petite ville de garnison dont la population reste stationnaire (') : c’est un centre briard plutôt que champenois, car ses relations avec la Brie et avec Paris sont plus suivies qu’avec la Champagne. Dans le vallon de la Xoxe, que suit à tlfinc de coteau la voie ferrée de Romilly-sur-Seine à Esternay, Villenauxe et son faubourg de Dival forment une agglomération de 2 239 habitants qui s’allonge entre des collines escarpées
plantées de vignes.
A partir de Fontaine-Denis, la bordure du massif tertiaire s’infléchit dans la direction du nord, dessinant jusqu'à Vertus deux concavités inégalement évasées en face des plaines champenoises, et séparées par la protubérance qui domine le village d’Allemant. A la hauteur de Sézanne apparaît un synclinal crayeux au fond d’un cirque que gravit la voie ferrée de Vitry-le-François à Paris par Sézanne et La Ferté-Gaucher : en ce point, la craie est à 165 mètres sur la route de Paris, tandis qu’elle atteint 190 mètres au sud, à Barbonne, et 200 mètres sur la route d’Epernay au nord (') ; ce synclinal, dont le cours du grand florin indique le tracé sur les plateaux de la Brie, se prolonge à travers les plaines champenoises par Pleurs, la vallée de la Maurienne, Semoine, Mailly et llumbauville. En cet endroit de la falaise, le partage des eaux entre les deux versants champenois et briard présente une première particularité : au fond même du synclinal, à Mœurs, le grand iNIorin, dont les sources ruissellent du plateau tertiaire près du village de Lachy, se bifurque brusquement : tandis que sa vallée se détourne vers le nord-ouest, une dérivation naturelle apporte une partie de ses eaux à un ruisseau, la Superbe, plus communément appelé ruisseau des Auges, qui s’écoule en traversant Sézanne vers les plaines champenoises pour rejoindre la rivière d’Aube. Le partage des eaux s’opère sur un coteau mitoyen s’élevant à une quarantaine de mètres au-dessus du lit des deux ruisseaux ; un barrage artificiel avec un système d’auges assure l’alimentation de la
1. En 1851, 7 25G hahitanta ; en 1872, 7 277 habitants ; en UlOl, 8 794 habitants (avec la garnison). ^
2. Dollpcs, loe. eit,, p. 34, et AnnaUê de géographie, t. IX, p. 415. Sur cette partie de la falaise tertiaire, cf. Dvval kt Meillkt, Coupe des terrains des environs de Sézanne {ItuUei. de la Soe. géolog., ir série, t. XIII, 1843).
D' Houert, Essai sur la topographie et la géologie du canton de Sézanne {Ballet, de la Sor. dcê $c. et art$ de Vitry-le-Françoie, t. IX, 1878, p. 468 et suiv.).
Superbe, aux dépens du grand Morin, à l’époque de l’étiage. Le cours de la Superbe et de son petit affluent champenois la Maurienne se trouvant dans le prolongement direct et symétrique de la vallée du grand Morin, nous admettrons, avec M. Davis (’), que les trois rivières ne formaient primitivement qu’un seul et même cours d’eau et que la Superbe, près de Pleurs, a dû détourner la Maurienne vers l’Aube : il y a là les a])parences d’un double phénomène de capture facilement explicable. La ville de SézRnne, qui est bien connue des géologues pour ses travertins éocènes portant des empreintes multiples de fossiles végétaux et animaux (‘|, est située dans un cirque de collines aux versants couverts de vignes, à proximité de la grande forêt de Traconne, au point de croisement des voies fei'rées de Romilly à Epernay et de Vitry-le-François à Gretz par Esternay ('*).
La série des ondulations du terrain de craie, dont les pointements font saillie sur la bordure du massif tertiaire, se poursuit depuis Sézanne jusqu’à la montagne de Reims. Au synclinal de Sézanne correspond, au nord, un nouvel anticlinal qui forme, sur les plateaux de la Prie, le faîte de partage des eaux entre le grand et le petit Morin. A cet anticlinal qui porte la craie à une altitude de 233 mètres au promontoire d’Allemant, et qu’on peut suivre dans la direction de l’est par le mont Août jusque vers Fère-Cliampenoise, s’oppose le synclinal dont la vallée du petit Morin marque l’emplacement ; à Saint-Gond, dans cette vallée, la craie est à 150 mètres, tandis que, de part et d’autre, elle affleure sur les coteaux à 200 mèti'es et plus (‘). C’est pourquoi la vallée du petit Morin forme, en amont du village de Saint- Prix, une large baie en forme d’entonnoir occupée par les marais de Saint-Gond. De chaque côté de cette échancrure se dressent le mont Août et le mont Aimé, deux buttes isolées en avant de la falaise, qui paraissent avoir été détachées de la masse des plateaux ])ar l’action combinée des dislocations et de l’érosion. Le mont Août, situé dans le prolongement de l’anticlinal d’Allemant, atteint l’altitude de 221 mètres; l'éminence du mont Aiméi^), contournée entre Bergères et Colligny par la voie ferrée de Romilly à Epernay, cul-