Doli.fus, loc. cit., p
2. Sur la montagne de Reims, cf. Mei;oy, Ceinture nord-est du bassin tertiaire parisien (BtilUt. de laSoe. géolog., 3' série, t. 1, 1872-1873, p.41); Lemoine et Acmoniek, Terrains tertiaires des environs de Reims, et Pékon, Sur une coupe de la montagne do Reims (Ateoeiation françiise, Reims, 1880, p. C05, 620, et pl. V); Ballet, de ta Soc. d'étudee des se. natur. de Reims, t. I, p. 65; t. Vll, p. 26-27; Aruouis-Dumazet, Voyage en France, 20’’ série, p. 142 sqq.
la montagne, tandis que sur le versant méridional, démantelé par une dénudation intense, la continuité et la puissance des dépôts sont moindres. Sur les flancs du versant nord, les sables blancs et le calcaire lacustre sont exploités dans les carrières de llilly : les sables de Killy, semblables à du calcaire de roclie pulvérisé, sont employés à Saint-Gobain pour la fabrication des glaces ; le calcaire grossier affleure dans le pittoresque ravin de Chamery. Sur le versant méridional, (juelques vallons, comme celui de Fleury-la-Kivière, sont également
C’^ Lej/iti't»
Carricros de Uüly, vcrsaut nord de la mootagno de Ueims.
taillés à pic dans le calcaire grossier ('). Quant aux argiles à meulières qui festonnent le couronnement de la montagne, elles supportent une vaste forêt entrecoupée de clairières. Dès la fln du vi'' siècle, les moines qui fondèrent l’abbaye de Saint-Basle sur les pentes de la mon-
1. Ou peut remarquer »ur le versant méridional de la montagne (au-dessus de Hisseuil) des ressauts décomposant le prodl des déclivités crayeuses, en nne série de petites plates-formes superposées. Ces dénivellations n’ont pas une origine naturelle et ne représentent ni des gradins produits par des failles en escaliers, ni les berges successives d’un cours d’eau dout le niveau se serait abaissé progressivement; ce sont, tout siniplemeut, des terrasses entailléos artificiellement dans la roche crayeuse pour les besoins de la culture (uk la Xol et de Mauükkie, Les Forma dn ttrrain, ln-4o, Paris, MDCCCIiXXXVIII, p. 42).
MONTAGXK DE REIMS
tagne, près de Verzy, entamèrent cet épais massif forestier que Flodoard désignait sous le nom de nemus Reyctium. Aujourd’hui le domaine de la forêt est à peu près exactement limité par les aftleurements des argiles à meulières sur le plateau, tandis que les pentes déboisées sont entaillées de carrières ou garnies de vignobles (').
Cl. Lepittx.
Les faux de Verzy : hêtres tortillards de la moota^^uc de Ucims.
Le pourtour de la montagne est festonné de petits ravins creusés jadis dans les assises crayeuses par les torrents qui ruisselaient sur les versants, dernier acte de ces érosions énormes qui ont si profondé-
1. C’est à la pointe nord-est do la monta^ei prés de V'erzy, qn’on rencouti*e dan» la forêt cette curieuse variété de hêtres pleureurs et tortillards qui font l'admiration des naturalistes.
C’f. Jules Hbxrot, Contribution à Cétnde des faux de Saint-liasle, ou hêtres tortillards de la montagtie de Verzy, br. in-l8, Iteinis, 1903.
ment dénudé la craie champenoise. A la pointe de la montagne, on voit encore, bien marqués, les thalwegs desséchés de ces ruisseaux disparus par un enfouissement graduel de leurs eaux : le petit chemin de fer de Reims à Ambonnay les coupe en plusieurs points. Le versant méridional est beaucoup plus raviné : ici, de petits ravins ou « naus » affectent, aux environs de Germaine, la forme de véritables gouffres ; çà et là se détachent des promontoires, comme le cône du
Cl. lirtlon.
Àu nord'oneât de Ueims, le soubassement crayeux du massif tertiaire est entaillé par des vallons profonds qni contrastent avec les vallées largement évasées des plaines crayeuses : aiusi le vallon de Montiguy ou aval de Joncliery, rive droite do la Vesle j les formes du relief deviennent trapues dans le Tardenois.
mont Aigu dont les flancs abrupts sont plantés de conifères. Sur le versant nord, les argiles à lignites forment le long de leurs affleurements une bande étroite de terrains humides et marécageux ; sur le versant sud, l’argile plastique alimente plusieurs ruisseaux dont le principal, celui de la Livre, rejoint la ^larne entre Bisseuil et Mareuil. Mais, comme l’inclinaison générale des couches est vers l’ouest, les eaux superficielles de la plate-forme argileuse et imperméable du massif vont plutôt sourdre dans cette direction et se réunir dans le lit de l’Ardre, rivière du Tardenois. Dans son ensemble, et avec ses
LE VIGNOBLE
contours aussi nets, la l\[ontagne présente une certaine unité géographique, et il est intéressant de constater qu’elle avait donné son nom à l’un des doyennés du diocèse ancien de Reims.
Au nord de la montagne de Reims, à la hauteur du village de Chamery, la falaise tertiaire s’inlléchit en ligne droite vers le nordouest, interrompue par la vallée marécageuse de la Vesle ; elle se redresse ensuite et dessine une ligne sinueuse de coteaux d’une altitude voisine de 200 mètres, dont les flancs sont excavés par des carrières à ciel ouvert (sables de Châlons-sur-Vesle (') et d’Hermonville) avec des marécages dans les parties basses (tourbières de Pouillon, Marzilly, Hermonville). La trouée de l’Aisne, près de Pontavert, ouverte comme celle de la ]\Iarne dans un synclinal, forme la limite septentrionale du Vignoble proprement dit. Les hauteurs de Craonne, les côtes de Saint-Erme (206 mètrps) et de Montaigu (1 98 mètres) qui dominent les plaines marécageuses de la Souche aux environs de Sissonne (71 mètres), appartiennent déjà au groupe des collines du Laonnais, en cet endroit, la bordure du massif tertiaire tourne brusquement vers l’ouest en s’éloignant de la Champagne.
Depuis les côtes de Vertus jusqu’à la trouée de l’Aisne, c’est la culture de la vigne qui est prédominante sur les pentes de la falaise; elle a attire et fixé la population, qu’elle fait vivre presque tout entière. La vigne trouve en effet, réunies sur ces pentes, des conditions de terroir, d’exposition et de climat exceptionnelles (-). Le sol où végètent les précieux ceps qui fournissent le vin de Champagne n’est pas constitué par la craie pure : il est formé d’un limon argilo-siiiceux, contenant des éléments calcaires à l’état de fragments ; c’est un dépôt meuble descendu des plateaux, au-dessous duquel le sous-sol crayeux opère un drainage qui met les plants à l’abri d’un e.xcès d’humidité. De plus, ce terroir, naturellement fécond, est encore amendé par des apports considérables de fumier et de terres végétales riches en éléments, fertilisants, telles que les lignites ou cendres noires tirées de 1 etage de 1 argile plastique, et les sables tertiaires destinés à l’entretien de la couche meuble superposée à la craie. De telle sorte qu’on peut dire, sans exagérer, que les vignes champenoises prospèrent sur
1. Cf. Une coupe de la sablière de Châ'ons sur-Vesle, par Gossei,et (BulUt. des sert-, de la carie giolog., fasc. 8. janvier 1890, p. 7).
2. A. MCntz, Recherches sur les vl^piobies de la Champagne {Ballet, du minist. de l'aijrie., année 1893, p. 170); Les conditions de la production du vin et les exigences de la vigne en principes fertilisants dans la. t'hamiiagne (Annales de la se. agronom., lO^- année, 1893, t. II, p. 341); J. A. Coudikr ET X. B. Le fïKAKD, Jiut actuel et besoins de l’industrie des vins de Champagne (Revue génér. des se., année 1899, fasc. 3); Abijouin-Dumazet, Voyage en France, 20« série, p. 128, et appendice; Bossedame, Carte viticole et vtnicole de la Champagne, 1 feuille 1060 X 1509, 2' édit., Épernay, 1889).
un sol presque artificiel. Si les aptitudes du sol ont une influence primordiale, ce sont les conditions particulières du climat et de l’exposition qui donnent aux raisins leurs qualités supérieures, en même temps qu’elles règlent la production du vignoble. Tout d’abord, sans être exposé aux brusques écarts de température, aux gelées tardives ou précoces qui sévissent sur les vignobles de la Lorraine, le vignoble champenois n’est point indemne des accidents climatériques qui dé-
- CL Breton.
Un vignoble de la montagne de Reims (à ilailly, versant nord), pendant les vendanges.
terminent l’inégalité de ses rendements, d’une année à l’autre ('). Au ])oint de vue de l’exposition et de la valeur des produits, on divise le Vignoble en trois groupes : 1“ le groupe de la vallée de la Marne, exposé à l’est-sud-est, assez bien abrité par la montagne de Reims, et (jui comprend la côte d’Avize (Vertus, Le Mesnil- sur-Oger , Avize, Cramant), la côte d’Epernay et la vallée du Sourdon (Epeimay, Vinay, ^loussy), la rive de la Marne, sur le versant méridional de la montagne (Cumières, Hautvillers, Dizy, Ay, Mareuil) ; 2® le groupe des
1. Au sud de la Marne, de Chouilly à Vertus, le U mai 18ii6. le thciinométre s’est inaiutenu pendant plusieurs heures à — -t® {Conaeil général de la Marne, anuée 1897, p. 708). A la suite d une forte gelée do priutemps, en 1893, un vignoble de Mesnil-sur-Oger a perdu jusqu’à 20 hectolitres de récolte par hectare (Müntz, Hteherchea...f p. 171*172. 342b
LK VIGNOBLE
coteaux de Bouzy et Ambonnay; ;-î® le groupe de la Montagne j)ruprement dite, comprenant les crus de la haute Montagne, au sud-est et au sud de Reims (Verzy, Verzenav, ]\Iailly, Ludes, Chigny, Killv) et ceux de la basse Montagne, au nord-ouest de Reims (Saint-Tliierrv, l\Iarzilly, Herraonville) ; chacun de ces crus a sa valeur propre ; les deinieis, dont 1 exposition au nord-est est moins bonne, ont une valeur moindre que les précédents. Au nord de la vallée de l’Aisne, par le fait de l’exposition au nord-est et d’un climat plus froid, la vigne n’a plus la même importance ; elle est remplacée de plus en plus par les arbres fruitiers et les cultures maraîchères favorisées par la nature calcaréo-argileuse du sol dans les parties déclives, et dont les produits sont expédiés sur le grand marché de Reims. Indépendamment de la nature exceptionnelle du terroir, de l’influence du climat et de l’exjwsition, c est le choix des cépages, ce sont les conditions spéciales de la culture et les procédés de la vinification qui font le vin de Champagne. 11 est à remarquer que les trois quarts du vignoble produisent des raisins noirs ; une variété du pineau analogue à celui de Rourgogne est le cépage le plus répandu. Comme la propriété est généralement très morcelée dans le vignoble, le petit propriétaire qui exploite lui-même ( ) consacre a 1 amelioration de ses précieuses vignes une main-d œuvre de tous les instants j au moment des vendanges, vers la tin de septembre, des essaims de travailleurs affluent de toutes les directions, de la Brie, de la Picardie, des Ardennes, derArgonne, car les bras^ manquent dans le pays. Dans les deux arrondissements viticoles d’Epernay et de Reims, la surface cultivée en vignes n’est pas inférieure à 12 000 hectares; mais le vignoble qui produit le vin transformé en champagne n’est pas limité à la falaise tertiaire : il s’étend sur les coteaux crayeux qui bordent la vallée de la Marne. Il y a plus : pour devenir mousseux, le vin doit subir des manipulations longues et compliquées ; or, la disproportion est grande entre la quantité de raisin provenant du vignoble et celle du vin livré à la consommation ; les fabricants de champagne achètent des raisins dans le \ allage (environs de Bar-sur-Aube), dans la basse Bourgogne (vallées de 1 Ource et de la Seine) et jusqu’en Lorraine (Toulois), dans l’Orléanais et le Saumurois ; pour augmenter la production, ils ont recours
1. En 19J0, dans le canton d'AvIze, le nombre des exploitations rurales était de 1 381, parmi lesquelles 927 de moins de 1 hectare (67,12 p. 100), 31Ô de 1 à 5 hectares (24.98 p. 100); 1 103 domaines du vignoble se répartissaient ainsi, suivant le mode d’exploitation : 1® par le propriétaire lui-méme avec sa famille, 1071 (76,33 p. 100), ou avec autrui, 3l5 (22,4 p. 100) ; 2<> par un régisseur, 4 (0,28 p. 100) , par un fermier, 3 (0,92 p. 100) : Portevik, L*Économie sociale dans le département de la Marne» p. 132-133.
LA. CH.VMPAGNE
à (les mélanges dans les cuvées. Ainsi préparé industriellement, le vin de Champagne est conservé dans les caves, véritables labyrinthes dont les galeries superposées sont taillées dans la craie. La production moyenne annuelle est d’environ 400000 hectolitres ('), mais le stock des vins en fûts et en bouteilles conservé dans les caves représente un effectif total dépassant 1 million d’hectolitres (*). L’industrie
du vin de Champagne, qui a commencé vers la fin du xvil' siècle à l’abbaye d’Hautvilliers, a pris de nos jours une extension prodigieuse (0-
L’exportation du champagne à l’étranger, surtout en Angleterre, en Belgique, en Russie et en Amérique, dépasse de beaucoup la consommation française. Mais depuis longtemps déjà les fabricants et les viticulteurs champenois ont à lutter contre la concurrence étrangère et les ravages du phylloxéra. Aujour-
Annees
Commerce des vins de Champagne. — Million^ in*i>\ii i c* 1
de bouteilles expédiées en France et à l'étrauger ^ llUl 1 1<1 oUlSSCj Itl
(d’après le* .tatiatiqucs de la chambre de com- Russie méridionale fabriquent des merce de Reims). i
vins mousseux vendus comme « champagnes », et, depuis 1882, la plupart des fabricants français ont constitué un « Syndicat du commerce des vins de Champagne » pour lutter contre les contrefaçons et la concurrence (*). En 1890, l’apparition du phylloxéra était signalée sur le territoire de la commune de Tréloup (Aisne) à proximité du Vignoble, bientôt lui-même contaminé (®) ; les progrès du fléau furent effrayants; il semble dès main-
1. La production des cantons du Vignoble, en 1901, s’élevait à 403216 hectolitres: Ây, 102818; P^pernay, 99 262; Verzy, 80340; Avize, 79516; Vertus, 25 290; Heine, 10930; Reims, 5150.
2. Rn 1901, la quantité de vin existant dans les caves était évaluée par la direction des contributions indirectes à 1 281202 hectolitres {Conaeii général de la ^farne, aunée 1901, p. 149\ Cf. un tableau de la production des vins mousseux de 1818 à 1888, par Poutevin {loc. eit., p. 94'95).
8. Sur riiistoire dos vins de Champagne, cf. Trav. de l*Aead. de Keimê, t. 111, passim, et la notice publiée dans les Rapport» du Jury international de VExpoaition de J9O0, groupe X, 2* partie, p. 140 sqq.
4. Sur la concurrence des vius mousseux do fabrication allemande, cf. Ch. Tallaviqnrs {Revue de viticrilture^ t. XXI, 1904, p. 276 sqq).
5. Sur les progrès du phylloxéra en Champagne, cf. un rapport du 17 août 1893 adressé au ministre de l’agidculture (Itullet. du miniat. de Vagric.y anuée 1893, p. 448'451); Louis Mathieu, La Kcconsti* tulion des vignes en Champagne {Journal d'agric.f aunée 1895, t. 11, p. 876) et plusieurs articles pn* bliés dans la Revue de viticulture (3 octobre 1896, l«r niai 1897); Carte des syndicats viticoles contre te phylloxéra dans la Marne, par Pobtevin {loc. eit., p. 176*177). A la tin de Pannéc 1900, la situation du vignoble n’était pas considérée comme désespérée {JJullet. du eomioe agricole de l'arrond. de Retm», 16 févr. 1901, p. 70),
LE VIGNOBLE
tenant qu’un traitement énergique d’extinetion mené de front avec une reconstitution méthodique du vignoble pourra préserver la Chamjiagne du désastre qui frappa jadis le Languedoc.
La culture de la vigne et la préparation industrielle du vin mousseux jouent un rôle prépondérant dans l’activité économique du pays : la majorité de la population rurale ou urbaine se compose de propriétaires de vignes ou de simples vignerons, de fabricants, marchands, commissionnaires en vins, sans compter le personnel des grandes maisons; plusieurs industries accessoires se sont développées parallèlement à celle des vins : tonnellerie, fabrication des bouchons de liège, des capsules métalliques, des paniers et caisses d’emballage ; le vignoble n’est plus exclusivement tributaire des verreries de l’Aisne (Hirson, Vauxrot, Folembray) ou du Nord (Fourmies) ; il s’approvisionne également dans les verreries à bouteilles de la contrée à Courcy, Loivre, La Neuvillett j-lès-Reims, Cormontreuil. La vigne, voilà pour le pays la source de toute richesse, célébrée par les refrains populaires!'). La terre }>lantée en vignes a une valeur considérable; le prix de l’hectare varie de 3 500 à 45 000 fr. et la valeur du vignoble dépasse 125 millions. Comme toutes les façons, tous les traitements pratiqués dans les vignes se font à la main et exigent des soins minutieux, les salaires du vigneron sont élevés et ceux des ouv’riers chargés de la manutention des vins sont en proportion (•). C’est pourquoi dans le Vignoble, la richesse du sol, l’abondance des sources, des matériaux de construction, une rémunération exceptionnelle du travail agricole, tout concourt à la formation de nombreuses et fortes agglomérations. Le Vignoble est ainsi devenu, sur les confins de la Champagne Pouilleuse, une aire de peuplement intense, où la population atteint une densité dépassant en moyenne 100 habitants au kilomètre carré. Les villages, aux rues étroites et caillouteuses aboutissant à des places où jaillissent les fontaines, se pressent, tantôt accrochés et ramassés en amphithéâtre sur les pentes au milieu des vignes, jusqu’à la corniche des plateaux, tantôt blottis au fond des gorges ou étalés au pied des coteaux. L’aisance règne dans ces centres viticoles où les grandes fortunes ne sont pas rares ; elle se manifeste par l'activité du petit commerce local, le luxe des habitations particulières, les proportions et la