‹ La chandelle d'ArrasChapitre 10 sur 11 · CHANT XVII · texte numérisé non relu

CHANT XVII

Aino'jrs lion ne* tes de Jean Tire foi t; viaissance du curé do Lair bie»

Près de ces champs que la Scirpe environne,

A'ers ces coteaux où Cérès et Pomone

Vont moissonner ces fruits délicieux

Qu'on voit mûrir sur le sein de Taulomne,

Est un village antique et cher aux dieux.

Lambre est son nom; sous ces tranquilles cicu-^,.

Un Brabançon, 'a fleur de si province,

Vivait alors, c'était un cordonnier ;

Mons Tirefort était le nom du prince ;

Ce nom brillant allait à son métier.

Or, le héros, talent qui n'est point mince?

Adroitement relevait un quortier,

Poissait son fil, afalait l'alumelle,

D'un bras nerveux polissait la semelle,

Et mieux qu'un ange il faisait un soulier.

Près du château, sous un vieux toît gothique^ S'élève un louvre au travail consacré, L'ordre toscan, l'ornement ionique, Ne chargent point cette demeure antique: Un mur obscur, de vingt bottes paré,

Soutient sans faste une sombre boutiqiie. Là, Tirefort, l'honneur de la nianique, Sur un tréteau juché sur trois bâtons, Dressa son trône, où donnant audience, Comtes, seigneurs, martjtiià, riches baroiis> D'un air soumis liu* montraient les talons. Terrible et ferme était sa contenance j Son bras armé d'un acier menaçant.

Aurait bravé, sous les yeux du divan, le grand-visir et les fiers janissaires. Henri d'Éstrée et mon^ieurFerilinand, Et les Anglais, ces braves insulaires, IVe maniaient le tranchet comme lui!

Son lire-pied était son seul appui.

Des rois fameux il ne craignait la chute , Cent fois son trône aurait fait la culbute, Jean le pouvait redresser à l'instant ; Quel souverain en pouvait faire autant!

Pour égayer les soucis du ménage, Mons Tirefort avait à son usage Fille à croquer et faite pour l'amour, Si la l)crgère était sans pucelage, Ce n'était lien; elle avait en retour Deux yeux fripons, un séduisant corsage. Un jupon court qui n'était point pesant; Fort se vêtir quand on fait son ouvrage, Ou le sent bien, c'est trop embarrassant.

Loin de l'ennui qui tourraante le sage, Jean fêtait Anne, en toul bien, tout honneur. Dans ses amours le sire cul du malheur ;

Car sa moitié, vicieuse mégère, Sur certain point était un peu sévère.

Fort sur sa bouche elle aimait le devoir f Jean la trichait. Alors il fallait voir Comme on criait : mon ami, disait-elle, Vous l'avez drôle, et vous ratez souvent! Tel que le chien de feu Jean de Nivelle, ^ ous me fuyez quand mon cœur vous appelle. Quel sacrilège! ô mon Dieu, quel tourment! Pourquoi porter le pain du sacrement Hors de chez nous? J'ai payé le notaire. Un maudit jour, monsieur notre vicaire.

Pour quatre francs joints à deux escalins, A fait, je crois, en nous serrant les mains. Un nœud coulant qui ma traduite en femme. Le ciel le sait! cent fois au fond de l'âme J'ai bien maudit les quatre mots latins, Dont le vicaire embarrassa ma flamme.

Ah ! cher ami, pour Dieu, corrigez-vous ! Quel cliieri de train! hélas ! si les époux Vivaient ainsi, femmes fort mal à l'aise ■\' erraient le jeûne affamer leur maison. Un cordonnier vit-il à la Française ?

Etes-vous fait pour être un greluchon?

Abandonnez et Perrette et Fanchon ; Ne souillez plus la candeur de ma couche. Vous connaissez la légende et la loi ; Pas ne devez chômer d'autre que moi.

Si, dans mon temps, mon ame peu farouche Vous captiva par ses tendres faveurs.

Faut-il sitôt oublier ses douceurs.

Il m'en souTienl! quand j'étais Yerlueiise....»

Je n'osais point je suis trop scrupuleuse

Ah! sur ton front prends gaïde, on pourrait bien.< EsL-ii lien vrai que Jeanne ne fit rien?

Jean Tirefort, n'écoutant point sa femme, Près de l'objet qui captivait son âme, Soudain allait oublier sa chanson.

Hélas! comment aux pieds d'une maîtresse Se souvenir d'un ennuyeux sermon !

Laissons en paix respirer la faiblesse; Nos jours trop courts ont besoin des plaisirs:. Dans noire cœur, le sentiment sans cesse Parle tout haut par la voix des désirs ; Si de ses cris la sagesse murmure , Sans l'écouter, rions de son erreur :

Le tendre amour, l'instinct de la nature,. Dit Tirefort, est la loi de mon cœur.

O champs des airs ! écartez vous nuages ; Brillante Aurore, enflammez l'horizon j Enfans bourrus du vieux Septentrion, Tremblant Norwège, et rapide aquilloD, Fuyez, volez sur l'aile des orages ; Allez régner sur les glaces du nord!

Le tendre Amour paraît sur nos rivages; Son char doré descend chez Tirefort.

Les Alcyons soudain vont reparaître, Le gai printemps à sa voix va renaître, Flore et Zéphirc sont déjà de retour.

Fils de Latone, A Dieu brillant du jour, Echauflc-loides regards de ton maître, F.l rends aux fleuri la chal«ur du l'xtnom-.

Entre les bras de la fringante Annette, Couvert des lis qui couronnent Paphos, Jean, l'heureux Jean, d'une ardeur satisfaite ^ Goûtait en paix l'agréable repos.

Sur le sein blanc où son âme respire, Quand pour Annette un dieu même soupire, Qui rougirait de se laisser charmer?

Tendre union, tes plaisirs ont leur source Dans les beaux nœuds dont les cœurs sont épiis Belle et sensible, Aréthuse, en sa course, Contemple encor ces nœuds toujours chéris; Un dieu la suit, triomphe et l'environne, L'aim ible Alphée est vainqueur de ses sens ; Et l'urne enfin, que l'amante couronne, Est l'heureux prix qui flatte les amans. 0 tendre Amour ! d'une chaîne éternelle, Attache Annette au sort de l'heureux Jean. Dieu des pavots qui sommeil près d'elle. N'offre à son cœur qu'un songe séduisant; Et toi, plaisir, sous ton onde immortelle. Aux yeux jaloux cache son seio brûlant : Annette craint une épouse cruelle, Jean craint d'ouïr un reproche éclatant ; A ses regards dérobe son amante, A ses désirs voile l'heureux amant.

En cultivant les champs de l'innocence, Tous les neuf mois on recueille les fruits. Jean fut heureux; sa terre eut de la chance* Au terme fixe, anne accoucha d'un fils. Ln magîster éleva son enfance, Un cordelier se chargea de ses mœurs.

Entre les mains de ces cultivateur s j.

i\ fut sivant comme on l'est flins 1 1 Flandre, Un lalin plat, un savant criuiit Très-bien soutint, même sans les entendre. Thèses, logique, argumens sans esprit.

Tant de savoir étonna son village; Dans son pays on s'étonne de rien.

Qui sait bien boire y passe pour un sage, Qui paie à boire est un homme de bien. Quand on est bon, on est point difficile. Or donc, Jeannot, fui icuscmcnl habile, Sachant signer, connaissant ses deux mains, Eut des amis et des patrons fort bctes : Car les Flamands sont tous de bons humai.is. Dans Lambre alors étaient deux fortes tètes, L'une, dit-on, en propre appartenait A Pcnillon, le grellicr de l'endroit ; Ilomme savant, il ne savait point lire; F.t cependant, quan I il ftll lit écrire, Signer son nom, il faisiit une croix.

L'autre cervelle a])pavtenait, je crois... M'en souvient-il... au bailli du village, George Bondon, ladre, riche et vilain, Au demeurant, très-grave personnage, Quand il chant. lit le dimanche au lutrin. Par leurs moyms, Jeannot obtint la cure De son vill.ige; une belle figure Parlait pour lui, cela parle souvent.

De cet objet femme est toujours éprise, F.l rarement d'un mérite éclatant.

Dr son métier, noire curé content, Commo il pouvait gouvernait son éghsr,

l^rèchait fort mal, quoique de tout son mieux^

Point ne pensait à conquérir les dmes ;

Mais pour la dîme, il était scrupuleux ;

]1 la prenait sur le lin, sur les œufs.

Sur les moutons, et surtout sur les femmes.

On en comptait jusqu'à quinze au curé,

Encor d'amour était-il dévoré.

Que voulez-vous ! la chair nous est contraire.

Son aiguillon, dans un célibataire,

Est violent ; il faut purger ses reins.

Dans les convens j'ai connu bien des saints,

Ceints du cordon, vêtus du scapulaire,

Avoir encor bien des démangeaisons.

Hélas! bon Dieu! la chair a des raisons

Et des besoins : à la vertu sévère

Mieux conviendrait plus souvent de se taire,

Que de troubler les plaisirs d'un péch3ur .

Dans son logis, le tranquille pasteur Choyait encore une beauté naissante :

C'était Lison. Lison était servante.

Pour la parade et le jour seulement ; Mais pour la nuit, Lison était maîtresse. Son front, paré des fleurs de la tendresse, Embellissait un minois séduisant:

Dans son air tendre on voyait la finesse ; Ses yeux lançaient les rayons du plaisir ; Sur son beau sein voltigeait le désir.

Un pied mignon, une jambe élégante, Un teint, un front, une main caressante. Des reins puissans, et deux globes unis : Voilà mes dieux! voilà mon saint Denis. ^

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I iiK/l /oLr j'{i //itufi imujf fôi.i' ^ron i(Viir ,i(>itinii

Jadis Manon, la chaste cliambrièie D'un rôlisscur avait le cul Tort beau : Paris connaît le cantique nouveau, Dont Baculard honora les deux fesses.

Belle Lison, gémis de tes appas, Ton fier amant méprise tes caresses.

Un autre objet va voler dans ses bras, Le ciel cruel... La chandelle d'Arras .. Le tendre amour... Jjvote... une pécore... Arrête, Muse ! attendons que l'aurore, Dans nos vergers, sur le beau sein de Tlorc, Ait réveillé les zéphirs endormis :

C'est le matin que Phœbus voit éelore, Avec les fleurs, les amours et les ris.

CIIAXT XVIII.

Le diable va trouver .TaTott» ; le cur • Jeannot lait voir à Javcta lachandel.u u'Arras,

Un pucelage est un grand avantage, Ce joli bien est un présent des cieux ; Pour le détruire il fut fait par les dicax : Un sot le garde , il leur en fait hommage, Le sot a tort, Amour , je fus plus sage ;

Dans me« beaux jours , j'ai cueilli celte fleur. Toi, qui régna trop long-temps sur mon cœur, Te souvient-il , inconstante Glicère , Quand, vers la Loire unissant nos désirs, Ton sein , couvert de rose et de fougère, "Vint sur le mien répandre les plaisir. Moment heureux , que tu m'es cher encore î Le jour tombait. Au fond de ce jardin , Près d'un ruisseau , sous ce beau sycomore ; S'il m'en souvient , je pense que l'aurore Nous eût surpris encor le lendemain.

Mais, par malheur , c'était un jour de fête , Lise à Colin avait promis ce jour ; L'heureux berger vint chercher sa conquête* L'amour, hélas ! fit du tort à l'amour.

Depuis six mois, grâce à la Providence , Qui donne encor bon exemple aux méchans , Dans Lambre était un trésor d'innocence ; C'était Javote; elle avait quatorze ans. Quelle saison ! un trésor à cette âge Fait grande plaisir ; et je crois que le sage L'aimerait mieux qu'un trésor de trente ans. Mais en ce siècle où trouver des enfans? On grandit vite; et puis le pucelage Grandit aussi : ne perdons pas le temps A le chercher , cette fleur est si rare! Anciennement on était fort avare , On reculait les désirs des amans :

Anciennement le» gens étaient fort bêtes. Des bracelets , des cheveux et des fleurs , Aux amoureux tenaient lieu de conquêtes , Mais dans ce siècle, en moissonnant les cœur»

On est jaloux d*avoir les dépendances , Aux soins constans on doit des récompenses : Le tendre amour est le dieu des faveurs.

Javote donc était une pécore.

Peur de le perdre , elle tenait encore De ses deux mains son gentil sérieux , «"•■* Et de l'endroit n'osait lever les yeux A quatorze ans une fillette sage, Comme un bijou garde son pucelage.

S'il était pris , on croirait tout perdu ; Ah ! qu'on est sot avec de la vertu.

De La Terreur, cette jeune innocente Etait la fille , et chez Barbe , sa tante ) Depnis six mois Javote demeurait.

Depuis ce temps le curé la trouyait Fort de son goût ; mais la tante cruelle Dans son logis tellement la tenait, Qu'aucun amant n'osait approcher d'elle, Tel autrefois , sous la garde fidelle D'un vieux serpent , Colchos vit la toison. Barbe vingt fois valait mieux qu'un dragon , force n'est rien , mieux vaut l'expérience. Barbe jadis .... je crois , vers les Ireiïe ans . Avait laissé ravir son innocence.

Moines , soldats , robins Négocians , Et tant d'abbés! .. Dieu seul en sait le nombre...

J usqu'à quize ans , Javote , sans encombre , Sous l'œil de Barbe eût gardé son honneur, Si Barbe avait étouffé dans son cœur Les mouvcmens d'un orgueil indocile.

Ingrate etfière aux bontés du seigneur, Dans les vertus de sa jeune pupille

î'oînt ne connut la main du Tout-Puissant. De tant d'orgueil , Dieu pour punir la tante, Permi au diable ( il lui permet souvent De nous tenter, et le diable nous tente ). Jl permit donc à l'ange séducteur De s'escrimer avec la jeune nièce.

Contre un démon que peut une jeunesse?

Ma foi , c'est trop , n'en déplaise au Seigneur, A quatorze ans donner au tentateur La liberté de perdre l'innocence ; Passe à l'amant, s'il aime avec constance : On gagne un cœur en perdant mie flenr.

Pour mieux tromper cette jeune innocente, Le diable prit la livrée indigente, L'œil égaré le minois d'un rimeur.

Un juste-au-corps, dont la taille infidelle Pend aux mollets et commence à l'aisselle, De ses lambeaux couvrait un long pourpoint Ce négligé, d'un pesant bourguemestre Lui donnait l'air et l'épais embonpoint. Les nudités du paradis terrestre, D'une culotte ébréchée, où le jour Perçait partout, étalaient leur misère.

Un grand castor, dont le vaste contour Avait jadis embelli Despautère, Ornait son chef de ses derniers débris; Ce feutre usé, collé sur ses sourcils. Donne à sa mine une fierté nouvelle.

Le diable ainsi va chez la jouvencelle. Hurlant les vers, soufflant comme le Kain, Trcs-gravcmcnt ce discour il lui tint:

RéJQuis-toi ! chante, belle Javolte !

Ton père heureux, vainqueur de Nulsifrotc.

Va de ton nom illustrer la splendeur,

Et de l'Artois relever la grandeur.

Le temps n'est plus où la brutale Envie

De ses accords dérangeait l'unisson,

Aux raclemens de son dur violon

Le ciel sensible a vu pleurer Marie.

Harpe d'Orphée! ô lire d'Amphiou!

N'aspirez point à sa gloire éclatante!

Titon, en vain vous chantez votre amanle !

Rival des dieux, heureux Endimion,

^fe vantez plus les faveurs de Diane !

Un feu plus pur, un myrte moins profane,

> ont couronner le sauveur de l'Artois;

La grâce parle, et Marie à sa voix

Vole à l'instant : dans les mains de ton père

Elle remet le flambeau salutaire

Qui doit sauver un peuple malheureux.

Quitte, Javote, au plus tôt celte couche,

Où le zéphir dérobe sur ta bouche

Ces doux baisers que jalousent les dieux;

Hâte tes pas et vole au presbytère.

Un saint curé, le guide du pécheur,

T'expliquera ce glorieux mystère.

Et sa chandelle échauffera ton cœur.

I,a jouvencelle en sursaut se réveille.

Brûlant déjà d'admirer la merveille Dont le démon vient de flatter ses sens, Soudain s'habille. Une simple parure, De douces fleurs lui servent d'ornemens j Sur ion bc>iu scia r^u'cmbcllit la niturc.

Où «oupiraicnt l'amour et le printempst Sont deux boutons : ces roses, pour éclorc, N'attendent point les caresses de Flore, Ni soin des dieux, ni souiïle du zéphir; Un doux baiser, une main caressante, Et le plaisir les font épanouir.

A son pasteur Javote se présente.

^ fialant Jeannot, quel spectacle t'enchante!

Enveloppés sous un large mouchou-

De lin très-fin, Javote te fait voir

Un co! de neige, une gorge d'albâtre;

Un saint Antoine en serait idolâtre.

Si le démon, tentant jadis ce sainte •jEîit à ses yeux offert un si beau sein, T Le solitaire aurait fait des merveilles; " • •

^Son froid pendant, malgré ses longues veilles, tUu jeune austère, eût clandestinement jJusques au ciel levé son front superbe. ^Tel dans nos cliamps ensevelis sous l'herbe, Y A la chaleur s'éveille le serpent.

j Ouvre, Jeannot, ton coeur à l'espérance! j-favote vient l'offrir son innocence.

p5i tu pouvais, par art ou par crédit, uTia pourvoyer d'un peu d'intelligence, j^3îen lui ferais... car elle est sans esprit... Qj'esprit... l'esprit .. est-ce l'esprit qu'on baise? f;\.u demeurant, fillette un peu ninise, D^n est plus propre aux mystères d'amour. T^< Jeannot surpris, dit en voyant la belle: JDuoi ! c'est Javote ! ô ciel avant le jour! Tj)uc voulez-vous? parlez, g^ntc pucclle;

Mieux vous convient nn jeune confesseur

Qu'un vieux barbon fioid et mélancolique»

Qui ne peut plus aider un tendre cœur;

Sa main tremblante oncques, dit-on, n'applique

Bien comme il fiut le baume rvangéliq'ie ;

Mais fiez-vous à ma robuste main;

Plus fermement que le Samaritain»

Je panserai votre fraîche blessure.

Foi de pasteur, je suis sûr de la cure.

Dans mes fureurs je puis certainement

Huit à dix fois, ma chère, adroitement

A votre mal appliquer la compresse.

Ilélasî monsieur, point ne viens à coufosse, Bien vous savez ; le bruit court dans Arras Qu'un saint flambeau brûle et ne s'éteint pas: Marie, on (Jit, l'a remis à mon père ; Je voudrais voir cet astre salutaire, T^c révérer le baiser saintement.

Bonne pensée! oui, c'est Dieu sûrement ,9 Qui vous la donne, et sa grâce, ma chère, Avant de voir ce sacré luminaire, Veut d'un mouchoir que l'on couvre vos yeux ; Car l'Éternel, contre deux curieux, Fit dans Edcn éclater sa colère ; Bien ne verrez, mais vous sentirez bien. Vite, au plus tôt, mettez-vous en prière ; Faites sur vous le signe du chrétien, Invoquez Dieu, priez monsieur saint Pierre, Saint Guignolet, saint Jacques-lc-Majeur.

Javote piic. Aussitôt le pasteur Prend le mouchoir dont la toile légère

Couvrait sa gorge et lui bande les yeux.

Quel sein, grand Dieu ! ce beau sein dans les cieux

Long-temps Jeannot le contemple et l'admire;

"Vingt fois sa main... vingt fois son cœur soupire.

A tant d'appas reste-t-on sans désir?

Las d'admirer, et presse de jouir,

Sur un fauteuil Jeannot pousse Javote,

Subtilement lui soulève la cotte.

Dieu! qu'a-t-il vu ! que d'appas enchanteuis !

Sous un bosquet, d'où coule une fontaine,

Où chaque mois le doux printemps ramène,

Pour nos plaisirs, l'abondance et les fleurs,

Il voit un trou... le joli précipice!

Ce n'était point le trou de saint Patrice ;

C'en est un autre. En ce moment pressant,

Javote, hélas! à son corps défendant.

Se laisse taire, avance la croupière,

Et par trois fois remuant la charnière,

Elle enfença la chandelle d'Arras. " ^^

Saint Lampion, s'écria la pucelle, Vous me brûlez! que vous avez d'appas!

Divin pasteur! n'arrête point ton zèle, Enfonce encore, si tu peux, la chandelle... Oh! je me pâme... ô séduisant plaisir!

Mon cœur s'en va... Jeannot... je vais mourir.

Six fois Jeannot, de son fioir luminaire Fit à Javote éprouver la colère, Six fois la flamme alla jusqu'à son cœur Du doux plaisir répandre la chaleur.

Jeannot fut las ; toujours le môme ouvra5,c Fatigue trop. On nous dit que le sage.

L'instant d'après s'endort sur le métier ; Qui peut tenir? sans doute un muletier. Ces gens sont forts, rudes de corpulence; Mais cependant, sans le ciel et les saints, En travaillant ils se rompraient les reins. La foi fait tout, Dieu leur donne assistance ; Il en faut bien quelquefois au pécheur,

Javote enfin retrouvant la lumière.

D'un air ému regarde son pasteur, Lui dit : Comment ! ton dévot luminaire Est-il éteint? quoi ! le plaisir trompeur Abuse-t-il de ma faible croyance ?

Quoi!... tu ne peux? parle î l'intelligence De ses rayons vient d'éclairer mes sens. Ne saurais-tu rappeler ces instans...

As-tu perdu la chaleur de ton zèle?

Arras nous dit que la sainte chandelle Bride toujours .. et la tienne s'éteint !

Console-toi, Javote, et viens demain^ *-" Je te promets une fête nouvelle. *

Toujours on veut, on ne peut pas toujours. Bonheur, plaisir, dans ce monde tout passe; Et ma chandelle est ainsi que la grâce; Elle a des temps pour choyer les amours. Mais, dam ! cncor elle a bien des vigiles. Des rpiatre-temps et des fêtes mobiles : 'oujOurs brûler et ne s'éteindre pas \%\. une fable : on la croit dans Arras. Belle Zéphirc, A loi, que ma chan<li'llo embellissait dans les champs de Berlin!

'oi! que l'amour unit à mon destin, W que mon cœur trouva toujours fidcHc ;

Reçois ces vers composés dans les bras ! A tes faveurs ils doivent leur naissance. Viens leur prêter l'éclat de tes appas^ Et les orner du feu de ta constance.

Puisse ce feu, comme celui d'Arras, Toujours brûler; et ne s'éteindre pas!

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