‹ La chandelle d'ArrasChapitre 9 sur 11 · JO · texte numérisé non relu

JO

Près de ces bois où l'aurore ficiclle,

Chaque matin dans un char de vertneili

Uuvre les cieux aux coursiers du soleil,

Je vis Sanspain : d'une flûte nouvelle

Il essayait les agréables sons.

Auprès de lui j'amenai mes moutons.

Jl me jura, sur la lyre immortelle,

De ne j)orler d'autres fers que les miens :

A nos sermens l'amour mêla les siens.

Mon sein couvert de ses baisers de flamme,

Mes tendres bras ouverts à ses désirs,

La volupté, l'ivresse et les plaisirs,

De leurs bienfaits environnaient son âme.

Tant de bonheur ég.ira sa raison.

Pour me chinter, dans sa folie extrême,

jl démeublait l'Olympe et l'horizon ;

Junon, \ énas, l'astre du jour lui-même

N'avaient l'éclat dont il ornait mes yeux:

Les dieux, Aline, ont peint sur ton visage

Et mon amour et la beauté des cieux :

Mon tendre cœur, pour garder son image,

S'il le fallait, renoncerait aux dieux

A ces accens, connaissez la folie.

Son crime, hélas! n'étiit point dans son cœar;

Sa faible tête a causé son malheur.

Sauvez mes jours en lui sauvant la vie;

A vos bienfails je devrai ce bonheur.

Tes yeux, Aline, un pouvoir invincible Changent les cœurs dos farouches soldats. L'hiunanité, pour se rendre sensible, Avait besoin de tes puissans appas.

A ton aspect, ou plutôt à tes chaimcsj Trente guerriers ont vu tomber leurs armes ; Et ton amant s'échappait de leurs bras, Quant tout à coup un prêtre sanguinaire, L'inquisiteur, d'un regard menaçant, Vint aux soldats inspirer sa colère :

Faibles chrétiens ! lours enfans de la terre ! Vous reculez... craignez le dieu vivant. Quoi ! les attraits d'une faible bergère Ont pu toucher vos indomptables cœurs ! Vos sens durcis aux horreurs de la guerre Sont agités! vous répandez des pleurs ! A votre foi Dieu remet sa vengeance; Vous le craignez, vous n'osez le servir. Oubliez-vous ce que peut sa puissance ! Lâches, tremblez! ce dieu va vous punir.

A ce discours, la troupe sanguinaire Sent ranimer sa première valeur.

Ainsi jadis, écumant de colère, Dans le désert, Moïse avec fureur Encourageait le barbare Lévite :

Tels dans les champs des enfans d'Israël On vit encore le prêtre Samuel, La hache en main, d'un bras ferme et cruel, Trancher les jours d'un prince Amalécite.

De son amante on arrache Sanspain.

Fn sa faveur, aimable Aline, en vain Tu fais parler tes pleurs et ta faiblesse. Sur un bûcher un soldat inhumain Vient d'attacher l'objet de sa tendresse... i^rrête, monstre... ah! comment! un amant! Aline; ô ciel ! Aline en ce momuut

Sur le bûcher subitement s'élance.

Sanspain connais l'amour et la constance^

Bénis le ciel, ta flamme et le destin;

Aline vient expirer sur ton sein ;

Ouvre ton âme à ses douces caresses.

Bravons Li mort dans les bras de l'amour,

Son fer tranchant peut nous ôter le jour;

Mais nos deux cœurs sont les seules richesses

Que sa faveur ne puisse nous ravir.

Mourons amans^ puisqu'il nous faut mourir,. .

Ce feu, ce bois, ce funèbre appareil

Ne peut troubler l'âme égale du sage.

La fière mort n'est pour nous qu'un sommeil

Dont notre vie a commencé l'image.

Que nos soupirs dans ces derniers momens...

Déjà la flamme entoure nos amans ; Le jour s'éteint, Pastre de la lumière ^'ers l 'Orient recule épouvanté ; L'onde en tremblant s'éloigne de la terre; Le froid ^ord-E8l, de son sein redouté Laisse échapper les enfans d'Orythic.

Ainsi jadis, jouant la tragédie Devant Jacob, sur le mont Golgota, Le premier né des enfans de Marie, Du saint Esprit et du vieux Jéhova, Vit le soleil se couvrir de nuages^ Du sein de l'arche éclater les orages»

Et Lachésis déchirer de sa main Le Toile épais qui couvrait le lieu saint.

KîCy

Page 1