‹ La chanson d'EliacinChapitre 3 sur 26 · CONSÉCRATION · texte numérisé non relu

CONSÉCRATION

Horizon doux plus qu'une lèvre après l'aveu, Voici mes faibles mains tendrement exilées Loin de toi et dans le désir, bleu comme un feu Qiii meurt, de caresser ta longue courbe ailée.

Je te consacre ces calices de regret, Mes paumes, qui voudraient contenir tout le songe Où, nostalgiquement teint des derniers reflets, Loin du contact impur de l'être tu t'enfonces.

Mais le soir s'achemine et va, dans son baiser Plus long qu'une haleiiiée au col étroit des flûtes, Ramener ton bras las contre son sein blessé.

Langueur d'avoir souffert pour mieux s'anéantir. Aux suprêmes confins le ciel et la nuit luttent. Des musiques à l'horizon veulent mourir.

CLAIRIERE

Non, le flot, où se sont les barques élancées Vers les îles chargées des dômes du couchant, Où se fond et se mêle en troupes angoissées Le furieux espoir d'inlassables amants,

Ni le sillage inverse où glisse la Pensée Jusqu'au plus boréal et subtil horizon, Je ne les suivrai pas, mais vêtue de rosée J'agiterai ma lèvre aux mobiles chansons.

Et sans but se noueront vos tranquilles guirlandes, O pas lents, que mes pieds ont menés dans les bois Et que seules foulées, chanteront les lavandes Avec leur persistante et minuscule voix.

Nul ne saura ma route, et par brassées touffues J'encombrerai mon sein d'une moisson de fleurs, Afin que leurs ruisseaux jusqu'en mon ombre fluent, Confondant leur parfum, leur forme et leur couleur.

— ao —

Puis, quand l'ivresse ardente aura courbé ma tête, Je livrerai ma nuit à des songes meilleurs Et je me coucherai dans les gerbes défaites Au moelleux oreiller de leur suprême chœur !

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