ENFANCE
Les jours ont devancé la saison printanière, Et cette enfant qui dort est près de s'éveiller. Craintivement posez une sourde lumière A son chevet, que nous voyons ses cils cligner.
C'est du ciel impalpable et vierge qu'elle aspire, Et qui nimbe en riant ses cheveux de jasmin Tout déroulés, où l'on entend des voix bruire. Comme aux branches la sève en leur premier matin !
Traits déjà trop profonds, où se marque une femme, A travers le brouillard qui joue sur les berceaux, O frêle ensommeillée, chaque aube avec sa flamme Ravinera ta face et dans le fin réseau
Des rides palpitante enfermera ta vie...
Hélas ! que ne peux-tu dormir jusqu'à la mort !
Au piège tu t'en viens innocente et ravie.
Et vers l'éveil tes yeux ouvrent leur clair essor I
Sois joyeuse après tout, si tu peux, quelques heures ! Déjà ta bouche agite un murmurant babil, Tes prunelles remuent parmi la nuit qui meurt, Et tes seins effleurés ont pressenti l'Avril.
O le divin bonheur qui déjà s'achemine Dans ce regard qui va monter du fond de toi Jusqu'au plus haut de ton visage et vers la cime De tout l'être, en les yeux, en les yeux fous de joie !
Je tends l'âme ! je tends les bras ! mon cœur t'assiste Du noble effort de la naissance il faut jaillir ! Mais sur tes joues glacées roulent, longues et tristes, Deux larmes seulement, sans force pour périr.
Fleur tendre, oiseau volage, enfance énamourée (H. Gadon, Le Chalumeau de Pan.)