PRÉLUDE
Je voudrais te la dire^
Dans la simplicité claire
De mon bonheur,
Sans une image, sans une fleur.
En ny mêlant que la lumière
Et l'air où je respire.
Je voudrais te la dire,
Ma première chanson,
Presque les lèvres closes,
Et comme si, tous deux, nous sonqions
La même chose,
En le même sourire.
Avec des mois
Si frais, si virginaux.
Avec des mots si purs,
Quils tremblent dans l'azur,
Et semblent ditSj
Pour la première fois au paradis.
PRÉLUDE l3
De mon mystérieux voyage Je ne Vai gardé quune image.
Et qu'une chanson, les voici :
Je ne Rapporte pas de roses, Car je n'ai pas touché aux choses, Elles aiment à vivre aussi.
Mais pour toi, de mes yeux ardents, J'ai regardé dans l'air et l'onde.
Dans le feu clair et dansle vent.
Dans toutes les splendeurs du monde, AJin d'apprendre à mieux te voir Dans toutes les ombres du soir.
LA GHANSOiN D EVE
AJîn d'apprendre à mieux C entendre J'ai mis l'oreille à tous les sons, Écouté toutes les chansons, Tous les murmures, et la danse De la clarté dans le siCence.
Afin d'apprendre comme on touche Ion sein qui frissonne ou ta bouche , Comme en un rêve, jai posé Sur l'eau qui brille, et la lumière^ Mq main légère, et mon baiser.
C'est le premier matin du monde.
Comme une fleur confuse exhalée de la nuit, Au souffle nouveau qui se lève des ondes,
Un jardin bleu s'épanouit.
Tout s'y confond encore et tout s'y mêle, Frissons de feuilles, chants d'oiseaux.
Glissements d'ailes, Sources qui sourdent, voix des airs, voix des eaux, Murmure immense ; Et qui pourtant est du silence.
Ouvrant à la clarté ses doux et vagues yeux, La jeune et divine Eve S'est éveillée de Dieu.
l8 LA CHANSON d'ÉVE
Et le monde à ses pieds s'étend comme un beau rêve.
Or Dieu lui dit : Va, fille humaine, Et donne à tous les êtres Que j'ai créés, une parole de tes lèvres, Un son pour les connaître.
Et Eve s'en alla, docile à son seig-neur, En son bosquet de roses, Donnant à toutes choses
Une parole, un son de ses lèvres de fleur :
Chose qui fuit, chose qui souffle, chose qui vole...
Cependant le jour passe, et vag-ue, comme à l'aube. Au crépuscule, peu à peu, L'Eden s'endort et se dérobe Dans le silence d'un song-e bleu.
PIlEMIEUrS PAROLES K)
La voix s'est tue, mais tout l'écoute encore,
Tout demeure en attente; Lorsque avec le lever de l'étoile du soir, Eve chante.
Très doucement, et comme on prie, Lents, extasiés, un à un, Dans le silence, dans les parfums Des fleurs assoupies, Elle évoque les mots divins qu'elle a créés; Elle redit du son de sa bouche tremblante : Chose qui fuit, chose qui souffle, chose qui vole. Elle assemble devant Dieu Ses premières paroles, En sa première chanson
0 ma parole, Qui troubles à peine un pêU,
De tes ailes, L'air de silence bleu I
0 parole humaine, Parole où, pensive, j'entends Enfin mon âme même.
Et son murmure vivant I
0 parole née D'un souffle et d'un rêve,
Et qui t'élèves •De mes lèvres étonnées I
Moi, je t'écoutc, un autre te voit, D'autres te comprennent à peine; Mais tu embaumes mon haleine, Tu es une rose dans ma voix.
Par cette porte de lumière Que m'ont entr'ouverte mes mains, Gomment, moi, fille de la terre, Saurai-je trouver mon chemin ?
Elle est impénétrable, et close, Et toute obscure encor de roses.
Mais comme je parle en mon cœur.
Mes bras levés entre les branches.
Avec le calme et la lenteur D'une chose qu'on fait en song-e, J'ouvre et détache, fleur à fleur, Tout le voile de roses blanches.
PAEMIËHES PAROLES
Et voici pâle, et peu à peu Merveilleuse d'espace bleu, Entre mes hautes mains d'où tombe Le voile de ce jour mortel, Naître l'immense fleur du ciel.
a4 LA CHANSON d'Eve
Ne suis-je vous, n'êtes-vous moi,
0 choses que de mes doig-ts
Je touche, et de la lumière
De mes yeux éblouis?
Fleurs où je respire, soleil où je luis.
Ame qui penses,
Qui peut me dire où je finis,
Où je commence?
Ah I que mon cœur infiniment
Partout se retrouve ! Que votre sèvo
C'est mon sang- !
Gomme un beau fleuve,
En toutes choses la même vie coule,
Et nous rêvons le même rêve.
PREMIÈRES PAROLES sS
Roses ardentes Dans rimmoblle nuit, C'est en vous que je chaûto^
Et que je suis.
En vous, étincelles, A la cime des bois, Que je suis éternelle, Et que je vois.
0 mer profonde, C'est en toi que mon sang" Renaît vag-ue blonde,
Et flot dansant.
Et c'est en toi, force suprême,
Soleil radieux, Que mon âme elle-même
Atteint son dieul
PREMIEUES PAROLES 2']
Comme elle chante
Dans ma voix,
L'âme long-temps murmurant^
Des fontaines et des bois 1
Air limpide du paradis, Avec tes grappes de rubis, Avec tes gerbes de lumière.
Avec tes roses et tes fruits;
Quelle merveille en nous à cette heure I Des paroles depuis des âg-es endormies En des sons, en des fleurs. Sur mes lèvres enfin prennent vie.
Depuis que mon souffle a dit leur chanson, Depuis que ma voix les a créées Quel silence heureux et profond Naît de leurs âmes allégées I
Le Seigneur a dit à son enfant :
Va, par le clair jardin innocent
Des ang-es, où brillent les pommes
Et les roses. Il est à toi. C'est ton royaume.
Mais ne cueille des choses
Que la fleur;
Laisse le fruit aux branches,
N'approfondis pas le bonheur.
Ne cherche pas à connaître
Le secret de la terre
Et l'énigme des êtres.
N'écoute pas la voix qui attire
Au fond de l'ombre, la voix qui tente,
La voix du serpent, ou la voix des sirènes,
3o LA CHANSON d'Eve
Ou celle des colombes ardentes
Aux bosquets sombres de l'Amour,
Reste ignorante.
Ne pense pas ; chante.
Toute science est vaine,
N'aime que la beauté.
Et qu'elle soit pour toi toute la vérité.
PREMIERES PAROLES 3l
Comme une branche d'aubépine
Dans la fontaine des scintillements
Elle est tombée dans mes pensées,
Cette parole qu'en tressaillant
Sa bouche divine
A prononcée,
Et qu^à mon tour je te redis.
Comme une branche en fleur détachée De la cime du paradis.
Et la voici, vierg-e encore, enchantée, Sans qu'une fleur en ait péri.
Vivante, rajeunie, toute diamantée.
0 beau rosier du Paradis, Beau rosier aux milliers de roses, Qui dans les parfums resplendis, Et dans la lumière reposes ;
0 beau rosier du jardin clos, Beau rosier aux roses altières, Qui sur l'herbe étends les réseaux Que font tes Ombres familières ;
Autour de qui, toutes tremblantes, De l'Occident à l'Orient, Ces humbles et douces servantes Glissent et tournent lentement.
Jusques à l'heure solennelle Où la nuit, à pas clandestins, Etendant ses voiles sur elles, Los confond toutes dans son sein.
34 LA CUA.NbON D EVE
Comme Dieu rayonne aujourd'hui, Gomme il exulte, comme il fleurit.
Parmi ces roses et ces fruits !
Gomme il murmure en cette fontaine!
Ah! comme il chante en ces oiseaux...
Qu'elle est suave son haleine Dans l'odorant printemps nouveau !
Gomme il se baig-ne dans la lumière Avec amour, mon jeune dieu 1 Toutes les choses de la terre Sont ses vêtements radieux.
Ce rire de lumière A fleur du silence, Peut-être est-ce la danse Ailée des belles heures, Qui passent en semant Des roses sur la terre.
Ce frôlement de l'aube Peut-être est-ce la robe Blanche d'un séraphin, La robe d'or et de lin D'un ang-e dont les pas Approchent de la terre, Mais que l'on n'aperçoit pas Perdu dans la lumière.
3^ LA CHANSON d'ÈVB
Ils font à tous mes rcves Un diadème, ils sont Le splendide horizon Où ma pensée s'achève.
Ils s'inclinent au bord De mon ame, ils s'y penchent; Je brille rose et d'or Parmi leurs ailes blanches.
Et je palpite au milieu d'eux, Comme le cœur mystérieux D'une fleur ardente et profonde, Épanouie au monde.
PREMIÈRES PAROLES Zj
ir
Pourquoi, mes ang-es, m'éveillez-vous?
Et pourquoi, sur la terre, ctes-vous à g-enoux,
Dans l'ombre et dans les fleurs,
Quand c'est la nuit encore,
La nuit bleue, et qu'à peine
Un murmure indistinct de feuilles, une haleine,
Vient troubler mes bosquets?
Est-ce déjà le jour qui naît?
Reine, c'est l'heure où sur la terre, Dans le silence et le mystère
Des choses, Se lève à l'orient lointain, La vicrg-e Lumière.
Toute belle et pleine de grâce, Elle vient, elle passe
Dans ton chemin.
Et le soleil luit dans son sein.
PREMiÈatiS PAROLES ?)'^
L'aube blanche dit à mon rôvc :
Eveille-toi, le soleil luit.
Mon âme écoute, et je soulève Un peu mes paupières vers lui.
Un rayon de lumière touche La pâle fleur de mes yeux bleus ; Une flamme éveill<3 ma bouche, Un souffle éveille mes cheveux.
Et mon âme, comme une rose Tremblante, lente, tout le jour.
S'éveille à la beauté des choses.
Comme mon cœur à leur amour.
Il n'est rien qui ne m'émerveille !
Et je dis en mon rire d'or :
Je suis une enfant qui s'éveille Jusqu'au moment où Dieu l'endort.
PnrMlÈRES PAROLES ^1
Dans ma prière du malin
Il est un grand .et beau jardin;
Une haie d'aubépines blanches, Autour d'un tremblement de branches.
Une petite porte d'or, Toute close sur le dehors.
Une chanson de voix lointaines, Un bleu murmure de fontaines .'
Et de la terre jusqu'au ciel Rien qu'une extase de soleil.
(l'i LA CHANSON D EVE
Ah ! que de toutes choses 1 ame, Comme un parfum suave émane,
En ce jardin clos et sacré Qu'une âme en son rcve a crcd.
PREWIÙIVKS PAUOLCS Ù'"*
Au cœur solitaire du bonheur, Devenu mon cœur môme, Quelle paix divine en ce jour, Et quelle plénitude suprême!
0 le rire adorable d'amour De tout ce qui m'environne !
Autour de mon bonheur en fleur Une abeille éternelle bourdonne...
Elle se clôt doucement et s'apaise,
Mon âme heureuse;
Elle se tait,
La rose qui chantait.
f\i LA CHANSON d'ÈVE
Entre les biches et les daims, Les beng'alis et les mésanges, Entre tout ce qui boit ou mange Dans le creux rose de ma main ; C'est moi qui ai parlé enfin.
Entre les fleurs, entre les fruits, Tout ce qui germe et qui fleurit, En l'immense métamorphose C'est moi qui fus l'humaine rose ; Moi, qui la première ai souri.
Entre le ciel, entre la terre.
L'aube sainte et le soir sacré.
Entre les rires de la lumière.
C'est moi, au monde, la première^ Qui de joie divine ai pleuré.
Qu'il vient doucement sur la terre, De peur d'attrister ceux qui pleurent Qu'il vient simplement, mon Bonheur !
L'heure n'est pas venue encore, Déjà son infini sourire Est sur mes lèvres ; dans mon coeur, Déjà repose sa lumière.
Comme il vient à travers la plaine, Silencieux, dans le matin ; Il embaume l'air qui l'amène, Il foule les fleurs du jardin ; Il entre avec leur jeune haleine, Et tout le soleil en est plein.
40 LA CHANSOiN d'ÊVE
Mon Bonheur chantant au milieu Des roses et des lys s'avance; Mon âme le cherchait au lieu De se fleurir pour sa naissance, Puisque pour l'entendre je n'eus Qu'à l'écouter dans le silence, Pour le voir qu'à baisser les jeux.
l'UEMIEKKS PAKOLES
Ah ! combien d'iicurcs blonJcs Gonllcnt la g'ra])pc d'or De ce malin du monde, Où ma lumière dort.
Elles sont éternelles Dans mon joyeux été, La plus brève d'entre elles Vaut une éternité.
Reg-arde-moi, je penche Mon rêve sur tes yeux :
Grappe et pampre, la branche Se môle à tes cheveux.
Chante ! et qu'il te souvienne De ton premier rayon ; Tu ne me vois qu'à peine, Mais je brille à ton froiit.
Que tu es simple et claire,
Eau vivante,
Qui, du sein de la terre,
Jaillis en ces bassins et chantes I
0 fontaine divine et pure,
Les plantes aspirent
Ta liquide clarté ;
La biche et la colombe en toi se désaltèrent.
Et tu descends par des pentes douces
De fleurs et de mousses,
Vers l'océan originel,
Toi qui passes et vas, sans cesse, et jamais lasso
De la terre à la mer et de la mer au ciel.
f>0 LA CHANSON U EVE
Souvent, à l'heure où l'ombre le couvre.
0 source, je me penche sur toi.
Et j'y laisse flotter mes cheveux et mes doigts,
Que tu entraînes et entr'ouvres,
Mais tu te caches, tu fuis en eux,
Et c'est moi-môme que je trouve
En te cherchant, Nymphe aux jeux blcu3.
PUEMlÈKhS PAUOLliS 5l
Mes sœurs des fontaines,
En riant, cette nuit, me chantent leurs peines.
Comme de long-ues roses blondes Elles montent, lentement, Des eaux, en un ruissellement De lune et d'onde.
Je les écoute. Leur plainte douce
Me pénètre,
Comme la voix d'une eau qui fuit,
Ou pleure peut-être.
Parmi des mousses,
Dans la nuit.
Et leur voix est lointaine, Leur si frêle voix.
Elles chantent : sœur humaine, Est-ce que tu nous vois ?
Oui, leur dis-je, ô mes sœurs, et sur elles
J'ouvre ma bouche ardente qui rit.
Et mes yeux merveilleux d'être émerveillés d'elles.
Et je ris à leurs paroles.
Elles ne savent pas pleurer,
Mais comme de l'onde leur rire tombe.
JNIon rire monte.
PllEMlÈKliS FAIVOLES 53
Ma sœur la Pluie, la belle et tiède pluie d'été, Doucement vole, doucement fuit, A travers les airs mouillés.
Tout son collier de blanches perles
Dans le ciel bleu s'est délié.
Chantez les merles,
Dansez les pies!
Parmi les branches qu'elle plie,
Dansez les fleurs, cliantez les nids;
Tout ce qui vient du ciel est béni.
De ma bouche elle approche
Ses lèvres humides de fraises des bois;
5^ LA CHANSON d'ÈVK
Rit, et me touche,
Partout à la fois,
De ses milliers de petits doigts.
Sur des tapis de fleurs sonores, De l'aurore jusqu'au soir, Et du soir jusqu'à l'aurore.
Elle pleut et pleut encore, Autant qu'elle peut pleuvoir.
Puis, vient le soleil qui essuie,
De ses cheveux d'or^ Les pieds de la Pluie.
rHtMItllhS l'Ai\OLES
Sur mon fleuve il danse,
Un beau rayon ;
Sur mon fleuve qui passe,
Sur mon fleuve qui fuit comme le temps,
Un éternel rayon dansant.
Une pensée en mon âme danse,
Une pensée jamais lassée,
Sur ce beau fleuve qui se déplace.
Des ondes meurent, des ondes naissent.
Elle demeure ; il fuit sans cesse.
Et que de jours et que de choses,
Que de rires et de chansons.
Que de rêves et que de roses
Ont passé et passeront
Dans la danse de ce rayon.
56 LA cHANSOiN d'Eve
Cachée en ce beau lit de branches et de feuilles, Sur cet autel de mousse où j'ai versé des roses,
De la myrrhe et du miel, Tendrement je te porte, et doucement te pose, 0 fille morte De l'éternel soleil I
Et voici que je t'ouvre encore, Comme autrefois la porle d'or,
Eclatante et sonore, Et qu'à mon souffle tu renais, Fille des primitives forets, Et que tu danses et t'enivres De revoir la lumière et de vivre.
PREMIÈRES PAROLLS 5?
Le vent dénoue ta chevelure
De mille étincelles, et ta ceinture
Immense de feu ;
Tu as des ailes D'abeille blonde et d'oiseau bleu.
Que les airs embrasés g-ardent ta trace,
Et ta présence parfumée ; Flamme, ne meurs pas tout entière.
Toi dont je baise la cendre ardente, Ame pure, âme claire.
Divinité future.
La Poussière m'a dit : Tu es poussière,
Et tu es impure ; Dieu t'a pétrie de chair et de sang", De limon et de fange.
Mais ils m'ont dit, mes Angles :
N'écoute pas la voix du Démon, Tu es l'innocence et la fleur de la terre, Et sa virg-inale chanson.
i'iU!;.Mii' ULs l'Aivoi.is 5"^)
« Suis-moi, suis-moi,
Suis ma voix, Eve blanchcl
Par le bois enchanté,
De branche en branche,
Je vole et chante dans la clarté.
Je te suis, bel oiseau de mon amo, Bel oiseau d'or, je te suis, je te suis! Je te suivrais au bout du monde, 0 bel oiseau de paradis!
« Suis-moi, suis-moi.
Suis ma voix, Eve blonde,
Et suis mes ailes!
Par le bois enchanté je chante, je vole,
Je vole et je chante devant loi. »
6o LA CHANSON d'ÈvE
Je veux te suivre où tu m'appelles,
0 rayon vivant!
L'âme humaine, aussi, a des ailes
Si impatientes de tous les espaces,
Et des chansons
Si folles de tous les horizons I
« Elle est lointaine,
La région où je te mène ;
Il est lointain,
Le beau pays de réternel demain. »
Ah ! qu'importe, oiseau d'or, chante encore I
Il semble que j'entende, quand tu chantes,
Mon âme entière qui m'attire.
Je suis venue avant l'aurore
Pour te suivre, ô voix puissante
A travers les bois et les landes.
Et toute la terre, oiseau d'amour.
PREMIÈUES JPAUOLF.S 6l
« Ni mon nom n'est amour, Ni beauté, ni puissance.
Je suis l'enfance du monde,
Et tout ce qm commence ;
Tout ce qui va vers un but clair,
Avec des yeux clairs.
Tout ce qui monte et qui s'éève,
Et qui aspire
A atteindre son rêve,
Sa propre fleur dans la lumière.
Je suis le désir, je suis Tespoir, Aux souffles qui chantent, Et le départ au matin d'or, Sur les vagues dansantes.
Suis-moi, suis-moi,
Suis ma VOIX, fille humaine,
C'est le bonheur où je te mène. »
02 LA CHANSON d'i:ve
Je le suis, comme ton ombre lc^''ère
Vole après toi sur les fleurs de la terre.
Mais pourquoi
Es-tu toujours plus loin que moi?
Pourquoi es-tu toujours en fuite,
Comme ce beau pays qui te ressemble?
Petite flamme, allons ensemble,
Tu voles trop vite
Pour mon âme.
Puisque la route est longue encore,
Pose-toi un instant, dis, sur cette branche,
Petit oiseau du paradis,
Je voudrais te mieux voir.
Et que mes frêles doigts te touchent,
Petit oiseau blanc, couleur du temps,
Petit oiseau d'or, aux pattes d'argent.
« Je ne me pose pas.
Jamais ne se pose le Désir qui vole
Dans les ombrages d'ici-bas.
Il chante et veille,
Et ni les bosquets du sommeil, Ni la nuit et ses rôts d'étoiles N'arrêtent ses ailes. »
Ne puis-je au moins cueillir
Cette fleur du chemin,
Si pâle et si belle,
Si triste de mourir
Penchée dans la poussière?
Elle s'est comme moi, tout un jour, approchco
De la lumière,
Sans pouvoir y atteindre.
Je voudrais l'y porter avec moi dans mes mains.
« Ne t'attarde pas en vain
Aux fleurs passagères;
N'incline pas ton cœur vers la poussière,
N'écoute pas
La parole qui attire en bas.
Tout le ciel glorieux tressaille
D'autres chansons et d'autres ailes ;
Tout l'espace azuré s'enivre
De soleil;
C'est dans les airs qu'il faut me suivre. »
Ah ! bel oiseau, hélas ! je suis lasso
Et mon cœur est las.
Tu as des ailes que les espaces
Ne fatiguent pas,
Bel oiseau de mon âme !
Toujours ailleurs est ton bonheur,
Toujours tes horizons s'effacent I
Je veux m'asseoir ici.
Ce soir, à cette place,
Entre ces fleurs ;
L'heure y est belle aussi,
Et c'est toujours le paradis.....
<( Suis-moi, suis-moi.
Suis mes ailes et suis ma voix.
Par mes forêts et mes vallées,
^ar mes solitudes profondes,
e t'ai enchantée !
?u me suivras au bout du monde, »
Dans un parfum de roses blanches
Elle est assise et songe;
Et Vonibre est belle comme s'il s^y mirait un ange
Le soir descend^ le bosquet dort; Entre ses feuilles et ses branches^ Sur le paradis bleu s'ouvre un paradis d'or.
Sur le rivage expire un dernier flot lointain. Une voix qui chantait^ tout à, l'heure^ murmure. Un murmure s'exhale en haleine^ et s'éteint.
Dans le silence il tombe des pétales.
pnr.MiÈnr.s iwnoi.r.s C7
L'ang-e de l'étoile du matin Descendit en son jardin lEt s'approchant d'Elle :
«Viens, lui dit-il, je te montrerai Les beaux vallons et les bois secrets Où vivent encore, en d'autres rcvcs, Les esprits subtils Ue la terre. »
Elle étendit le bras, et rit, l[\eg-ardant entre ses cils iL'ange en flamme dans le soleil, jEl le suivit en silence.
G8 LA CHANSON d'ÈVE
Et l'ange, tandis qu'ils allaient
Vers les ombreux bosquets.
L'enlaçait, et posait
Dans ses clairs cheveux plus longs que ses ailes,
Des fleurs qu'il cueillait
Aux branches au-dessus d'Elle,
Là tentation
Shapes that coiled in the woods and waters, Glittering sons and radiant daughters.