‹ La Chanson de Geste de Garin Le Loherain mise en proseChapitre 4 sur 4 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Comment le duc Pierre mandait le conte de Bair et plussieurs aultrez ses parcns, et du conseil que luy fut donneis touchant le mariaige de Aeileis sa fille.

Or parlons du duc Pierre, lequel vng jour mandait le conte de Bair son parent, avec plussieurs aultres nobles, ses parens et amis,qu'ilzvenisscnt parler à luy en Mets, sa noble cité. Lesquelx venus, se print à delouzer à eulx disant ainssy : « Seigneurs et amis, je vousay icy mandeis, pour vous dire et dcsclarer la grant povreteis où je suis cheus par ma grant largesse et prodigaliteis. Car je suis si très cndebteis de toutes pars, que je ne sçay plus (jue faire, se je ne vans ma noble cité de Mets, et aussy ma duchié de Lorrainne. Pareillement vecz cy ma fille à marier que nulz prince crestien ne demandent en mariaige, pource qu'ilz sçavent ma grant povreteis et indigeance, dont je suis fort marris, triste et dolant. Et pource, mes amis,

vous ay mandeis pour vous demander conseil et advisque je poulray faire.» Et adoncques se levait en piedz vng maulvais homme et plains de malvais conseil, lequel, comme aujourd'uy beaucopt de malvais conseillers font, se print à dire ainsy : «Très redoublé sire, puis que conseil demandeis, je le vous donrais bon et comme pour moy j'en feroie. Il est vray que soubz voustre seigneurie vous aveis plussieurs riches merchamps, entre lesquelx aveis vng prevost qui est riche mei-veilleusement, et tellement c'on ne le seet estimer; et vous sçaveis, sire, que son corps et ses biens sont vostre; si les preneis et en paiés voz debtes et vous afranchisseis ; encor en aurait il asseis du rest pour lui entretenir. » Et adoncque le Duc enclinait son chief, et d'une grant pièce ne dit mot. Et quant il oit bien penseis, il dit : « Vraiement, seigneur, vous me donneis malvais conseil, que voulleis que je oste les biens de mon prevost. Car dez longtemps et par plussieurs jours il m'ait moult loiaulment servy, ne jamais ne trovay en luy que toute bonté et honneur. Et est mon prevost homme si loiaulx, qu'il heit tout riche fêlions et orguilleux et ayme tous povres juste et loiaulx, et si ne sçay homme qui de luy se mescontante. Au surplus il est tous les jours sus les champs et prant grant peinne pour multiplier son trésor, et se j'ay despandus mes biens par ma folle largesse, que en ait à comparer mon prevost? Il m'ait moult leaulement servy, dont n'est pas raison que je luy oste ses biens ne son avoir. » Et à ces mots ce levait le conte de Monmelliar et dit ainsy : « Très redoubté seigneur, se vouleis entendre à moy, aultre conseil vous donray. Vous sçaveis que vostre prevost Thiery est homme proudon, juste et leal, et n'y ait en dix pais plus vaillant ne plus biaulx homme de luy ; et avec ce, n'ait pas plus de XXXII ans d'eaige. Donneis luy en mariaige Aeilis vostre fille, et alors preneis de son avoir et vous en acquicteis ; et ce fait vous luy mettreis vostre terre ès mains jusques qu'il soit ramborceis. » Et ad ce que le conte avoit dit, se tindrent tous les grans et petis, et meisment le conte de Bair son cousin luy lowait cestuit conseil. Et daventaige luy dit : Sire, vous aveis voulenteis d'aller en Jherusalem le sainct sépulcre aourer Quant le prevost Thiery arait espouseis vostre fille, preneis de son avoir ce que vous en serait mestier, tant pour affranchir vostre terre, comme pour parfaire vostre voiaige, et si mandeis tous voz gens, nobles et jantils, et tous ceulx qui de vous tiennent terre, et leur

faictes faire feaulté à vostre prevost Thiery jusques vostre revenuée, et s'il ait enfans vostre fille Aeilis, si soit seigneurs du pais après vostre mort. » Et de ces parolles fut le duc très contant et joieulx.

Comment le duc Piere donnait sa fille Aeilis en mariaige à prevost Thiery et de la feste qui y fut faite.

Comment après la feste passée, le duc Pierre lessait le pais en garde à prevost Thierey, son genre, et s'en allait oultre meir.

Comment l'eniTant Hervix fut neiz, et comment après ce qu'il fut grans, de tout son cueur desiroit à excercer les armes et à estre chevaillier.

Comment renfTant Hervys fut par son pcre envoiés avec son oncle à la foire à Provins maulgrey luy, et comment il festoiat les marchamps.

Comment ledit Hervis donnait tout son avoir pour ung destrier, des chiens et ung oiseaulx, et comment il s'en retournait à Mets, et trouvait son oncle en chemin, lequel fort le tenssait.

Les deux chapitres préci-dents, les premiers du roman, ont été reproduits in extenso, à raison de certains détails intéressants qu'ils renferment au point de vue de la topographie et de l'histoire de Metz; nous nous contenterons pour ce qui suit de donner les titres des chapitres de l'ouvrage.

Comment après ce que le prevost sceust les nowelles que son filz retournoit, montait à cheval et luy allait à devant, et comment il le frappait, quant il sceust la vérité de son amploit, et du mal qui en cuidait venir.

Comment le roy Eustaiclie de Thir avoit une belle fille nommée Beautrix, laquelle iut demandée en mariaige par le puissant roy d'Espaigne.

Coment le roy Hutaiche, sçaichant leur venue, leur aillait au devant à belle compaignie, et comment les trois roy dessus nommés ce presentairent devant Sa Magnifficence et en touttes honneurs l'ont salués.

Coment le noble roy Hutaiche mist Beaultris, sa fille, en garde à ung sien noble homme nommés Baudrey, et comme le dit roy et la royne ç'en allairent en Honguerie veoir le roy Fleur, leur filz.

Coment Beaultris avec ces trois pucelles, à ung mattin, en maye, sont œntrée en ung gerdin, de quoy grant malz advint depuis.

Coment Beaultris fut prinse et ravie par X escuiers passans d'estrange terre, lesquelles l'emmenairent, voussist ou non, et coment Baudry menait grant deuil et fist corrir après.

Coment Baudrei ce palme de doulleur, quant il sceust le ravissement de Beaultris la belle, et coment à toutte diligeance il fut corrir après.

Comment le roi Eustaiche et la royne sa femme estoient en Hongrie et comment ladicte royne songeait ung songe et cheut toute pasmée, quant elle sceut les nowelles de Beautrix, sa fille, et du dueil qu'ilz menarent.

Comment les dix escuiers desiroient à sçavoir le nom de Beautrix, et son lignaige, et comme depuis se volurent entretuer pour la beaultey d'icelle.

Comment le gentil Hervix, luy estant à Paris, fit une mervelleuse despence, comme lisant trowaireis.

Comment un jour que Hervy alloit à l'esbat au loing de la ripviere, rancontrait la belle Beautrix avec les dix escuiers, et des parolles qu'ilz eurent ensemble.

Comment le gentil Hervys achectait la belle Beautrix en la main des dix escuiers, et fut ce fait en l'an VIIc et XXIII.

Comment, en faisant le marchiés, le noble Hervix fut espiés par trois juvanciaulx, malvoys garsons, lesquelxluy cuidarent osterla belle, et comme le pris du marchiés fut paiés, et escheppait le noble Hervis de leur mains par sa proesse et vaillance.

Des pleurs et lamentacions que faisoit la belle Beautris pour mort des deux hommes tués, et comme elle donnait conseil au noble Hervix de soy destourner du chemin.

Comment, après ce qu'ilz eurent chevalchiez tout nuit, une lacheteis print à Biautrix et cuidait morir ; et comment après ilz chevalcherent si rondement qu'ilz ont ratains ces oncles, ausquelx Hervis oit grand débat pour Bearultris qu'ilz ont putains appellèe.

Comment à l'arivée qu'ilz firent, le prevost Thiery leur vint au devant auprès de Mets, et du débat que fut entre luy et Hervix, aussi des parolles que ledit prevost en eust à la duchesse sa femme.

Comment le prevost Thiery fist bannir à tousjourmaix l'enffant Hervis, luy et Beautrix, de Mets et de tout le pais, et des lamentacions que la duchesse en fasoit.

Comment le noble Hervix se mirent en voie, luy et la belle, pour s'en aller à leur adventures, et des parolles qu'ils eurent ensemble.

Comment ung noble bourgeois nommeis Baudris, à la requeste de sa femme, ramenait le noble Hervis en Metz, et comment ledit Baudris obtint graice du prevost, son sire, de soustenir Hei-vix.

Comment le prevost Thiery fit faire de nouveaulx ung huchcment, que nulz ne ce acompaignit, parlait, ne favorisait à son filz Hervy, et des parolles que le noble Hervis eust à la belle.

Comment Hervy espousait la belle, maulgreis en eurent tous ces parens.

Du granl dueil que le prevost et la duchesse sa femme menèrent quant ilz sccurent la vérité de ce mariage.

Comment le Lhorrain Guerrin et Baigne de Bellin, son frère furent engendreis et ncis et du lignaige qui en sortit depuis.

« Or escouteis pour Dieu chose merveilleuse, et je vous diray en brief comme tesmongne la vraye histoire qu'il en avint. Le jour des nopccs se passait en granl joie dudil Hervis, et tant que icelle nuyt couchèrent ensemble les deux vrais amoureulx ; si engendrait ledit Hervis en la belle Bcaultris sa femme ung filz, lequel elle pourtait neuf moix. Et au bout du ternie elle en délivrait, et fut pourleis aux saincts fons de batesmc, auquel fut baptisié et eust à nom Guerrinet, lequel depuis fut nommeis le Lorrain

Guerin, et duquel le corps gist encor à ceste heure tout enthier au grant moustier de Metz en un sercuel de pierre, et le voit qui veult »

Du messaigiés de France qui dict au gentil Hervix nouvelles du tournois c'on avoit criés en France.

Comment Hervis fut monteis et armeis, puis print congié de Beaultris, sa femme, de Baudris, et de toute la bourgeoisie.

Comment ledit Hervis entrait à Sanlis, et du bourgeois qui le festoiait pour l'amour de son pere.

Comment au lendemain Hervis conquestait le tournois, auquel il print le conte de Flandres, et le rendit au conte de Bair, son parent.

Comment le conte de Bair fit serchier partout pour trouver le jeune escuier, qui le tournois avoit conquis.

Comment Hervis se partit de Sanlis et s'en allait par divers païs serchant des adventures.

Comment plusieurs des seigneurs de Lorrainne, qui au tournois avoient esteis, vindrent à Mets, et des parolles qu'ilz eurent au prevost touchant le juvenciau qui avoit conquis le tournoix.

Comment, après ce que le noble Hervis eust tout despendus l'argent qu'il avoit en serchant ses adventures, s'en retournait à Mets, comme dit est, et trouvait Beaultris accouchée d'ung beaulx fdz.

Comment par plusieurs fois Hervis s'en allait par le pais serchant jostes et tournois, ausquelx il despendit si grant avoir que Baudris son beau frère en fut mis à poureteis.

Comment Baudris, congnoissant la grant poureteis où il estoit, fit dire par sa femme à Hervis qu'il se despartit de leans, et du drapt de soie que Beaultrix fit.

Des devises que Beaultris eust avec Hervis touchant du draps de soie, et comment elle luy enseignait à le porter en la cité de Thir et le vandre.

Comment le noble Hervis s'en allait en Thir, et des regretz et lamentacions que la belle Beaultris faisoit.

Des parolles que Hervis eust avec Baudris de Thir, pour le fait du luaige de sa maison et des bordes que ledit Hervis luy fit entendant.

Comment Baudris luait la riche boutticles pour Hervis durant la foire et demourait du pris, et des devises qu'ilz eurent ensembles.

De la grant despence que le noble Hervis fit faire à Baudris en festoiant plusieurs marchamps.

Des pleurs et laraentacions que fit Baudris pour la grant despence qu'il avoit fait, et comment le noble Hervix le reconfortait.

Comment le noble Hervis vint à la congnoissance de la belle Beaultris et de son lignaige, et comme il mit le riche draps en vendaige.

Comment Fleur, roy de Hongrie, vint en Thir, pour veoir le roy Eustaiche, son pere, et des regretz qu'il fit quant il congnut paint en riches draps la figure de sa seur.

Comment le roy Fleur volt acheter le riche draps et des parolles qu'il en eust avec Hervis.

Des rigourises et injurieuses parolles que Baudris dit à Hervix pour ce qu'il ne vandoit ledit draps.

Comment Fleur arrivait au pallais, et des parolles qu'il eust avec le Roy Eustaiche, son pere, touchant de ces guerres et du riche draps, et comment la Royne demandait ung don au Roy, son marry.

Comment le roy Eutaiche à la requeste de la Royne vint acheter le riche draps, et des parolles qu'il heust à Hervis.

Comment Baudris se gcctait aux piedz du Roy, priant qu'il fut paiés, et comment le Roy luy redonnait toute sa terre, et des pleurs et regrès que la Royne faisoit.

Comment à la requeste de la Royne, le noble Hervis fut assailli de tous cousteis, et de la grande résistance qu'il fit en monstrant sa proesse.

Comment plusieurs marchans de la cité vindrcnt vers le Roy, et des parolles qu'ilz eurent à luy pour la délivrance dudit Hervis, et firent tant qu'il fut paiés, et comment la Royne en menait grant duel.

Comment, pour complaire à la Royne, le roy Fleur envoiat Gille et Henry, deux à pié après Hervis, pour congnoistre et enquérir nouvelle de la belle Beaultris.

Comment Hervis aprestait son herre et ces somiers, et se mist en chemin en la conduicte de XX bourgeois et XX varleis, et comment les XX bourgeois, l'abandonnarent pour la doubtance de Humbaus le larron.

Comment Hervis donnait congiés à ces vingt bourgeois, et armait ces vingtz varleis au lieu d'iceulx.

Comment le noble Hervis se mist en voie en la garde de Dieu, et comment il fut rencontreis de Humbaus le larron, auquel il ostait la vie.

Comment après ce que Humbaus fut mort, vint Clarambaux, son nepveulx, à frapper dessus Hervis, et fut par ledit Hervis occis; et comment, après ce fait, les XXVIII larrons vindrent tous à frapper dessus ledit Hervis, et après ce que plusieurs furent mors, Thierey fut prins à mercy.

Comment les cincq larrons qui eschapperent, rancontrerent septz de leurs compaignons qui venoient de chassier, et ne sçavoient iceulx rien de la meslée, et comment, en eulx fuyant, rencontrèrent les XX bourgeois de Thir à quis ilz estèrent les vies.

Comment, en allant vers la grotte, Hervis oyt la vois de plusieurs hommes se complaindant, et comment il trouvait au bois l'evesque qui estoit estroictement loiés avec ces compaignons, et leur furent leurs biens tous rendus, et aussy se trouvèrent prochains parens avec Hervis.

Comment après ce que le vaillant Hervis eust prins congiés de l'evesque et des aultres ces compaignons, iceulx evesques et abbeis furent rencontreis et assaillis des XII larrons, lesquelx furent mis à mors par la vaillance dudit Hervis.

Comment Gilles et Henris trouvairent la desconfiture que avoit fait le vaillant Hervis, et le poursuyverent jusques au Neufchaistel en Lorrainne, là où ledit Hervis leur fit plussieurs dons.

Comment le noble Hervis festoiat les bourgeois, et ce fit cognoissant à eulx, et comment Gilles et Henry entendirent tout le cas.

Comment les deux espies Gille et Hanry entendirent les parolles que le noble Hervis avoit dites de Beaultris, et comment le dit Hervis requist aux bourgeois du Neufchastel de l'accompaigner jusques à Mets.

Comment le noble Hervis envoiait Thieris à Mets, comme dit est, annoncer à Baudris sa venue, et comment il trouvait ledit Baudris à grant meschief, pour l'amour des petis enfîans qui de fain ploroient.

Comment Baudris, en allant qu'il faisoit pour vandre sa maison, fut rencontreis aux degreis d'icelle dudit Thierris, lequel luy annonçait toute la venue dudit Hervis, et des devises qu'ilz eurent avec Beaultris.

Des reprouches et injurieuses parolles que le prevost Thieris fit à Bau-

dris, et comment, quant il sceut la vérité de son filz, se mist en chemin à belle compaignie.

Comment le prevost Thieris montait à cheval, luy et ces gens pour venir au devant de son filz, et comment il le cuydoit baisier et accoller, mais Hervis le reboutait arrier, non le voilant acoller, ne ouyr, et des parolles qu'ilz eurent ensemble.

Comment les nouvelles furent tantost espandues par la ville du retour de Hervis et de la noblesse de Beaultris, parquoy toutes ces robes et juaulx luy furent raporteis francz et quictes.

Comment le prevost Thieris, doublant la fureur du peuple, vint crier mercy à la noble dame Beaultrix.

Du noble recueille que firent les bourgeois de Mets à leur seigneur Hervis, et de la joie qu'il eust, voiant sa femme et ces enffans, et de l'honneur qu'ilz luy firent.

Comment la noble Beaultris demandait à Hervis ung don, et coment la paix fut faite entre luy et son perre.

Comment, après que l'accort fuit fait du prevost et de son filz, ledit prevost luy fit plusieurs bcaulx dons, et de la joie que fut faicte au pallais.

Comment tous les princes et seigneurs du paraige au duc Pierre furent mandeis, et du beau recuil que leur fut fait.

Comment les princes et seigneurs se abandonnarent au service du prevost Thiery, et de la joie qu'ilz curent quant ilz sceurent le noble sang dont esloit issue Beaultris, et des devises qu'ilz eurent touchant le duc Pierre et de Hervis.

Comment le prevost Thieris contait aus seigneurs le gouvernement de la jounesse de Hervis, et dez riche nopce qui luy fit faire, et des dons qu'il y donnait et de la noble Beautris, sa femme.

Conunent le noble Hervis fut adjurés par les seigneurs dessus dis et par Beaultris, sa femme, à sçavoir mon c il avoit point esteis au tournoy à la cité de Sanlis, et de la joie qui en fut.

Comment ung messaigier vint, qui apportoit nouvelle que le duc Pierre retournoit d'oultre mer avec infinies richesses, et du bon cheval qu'il ramenoit.

Comment les rues de la cité furent encourtinées, et s'en allait le pre-

vost Thieris avec toute la noblesse au devant du duc Pierre, et du recuille et des parolles qu'ilz eurent ensemble.

Des beaulx dons que le duc Pierre fit au noble Hervis, et de plusieurs parolles qu'ilz eurent ensemble touchant son mariaige, avec le recuiel que la duchesse Aeillis fit à son pere.

Du recueil que la noble Beaultris fit à son sire avec ces deux enfîans Guerinet et Begonnet, et de la grande feste et joie que fut démenée au pallais de Mets et par toute la cité.

Comment les deux espies Gille et Hanry se devisèrent de plusieurs choses touchant la force de la cité de Mets, et comment ilz s'en retournèrent en leur pais et contèrent tout le fait au roy Fleur de Hongrie.

Comment le duc Piere de Mets fit ce gentil Hervis chevalier, et luy donnait l'acollée, et comment ledit Hervis fit chevaliers ces vingtz escuiers qui l'avoient servis avec aussy plusieurs aultres.

Comment le duc Piere donnait au noble Hervis le bon cheval, et de la vaillance que ledit Hervis fit contre l'Aquiterne, de quoy le duc Piere se esmerveillait.

Du messaigier qui vint de Braiban apourter les nouvelles de la mort de leur duc et du secours qu'il demendoit contre Anseys, roy de Collongne.

Comment le duc Pierre fit faire foy et hommaige à tous les seigneurs du pais en la main du noble Hervis, et comment il volt sçavoir ç'il avoit corraige de deffendre Braiban et y renvoiait le messaigier.

De la merveilleuse armée qu'avoit fait le roy Anseys de Collongne et de la résistance que Brabansons faisoient, et comment le noble Hervis fit son armée, et du présent que ceulx de Mets luy firent.

Comment le noble Hervis donnait en garde Beaultris, sa femme et ces enffans à Baudris son beau frère.

Des menasses que le roy Anseys de Collongne donnait aux Brabansons, et comment le messaigier venant de Mets le reconfortait.

Comment les deux espies Gilles et Henry contèrent au roy Flour tout le fait de Hervis et de Beautris et la force de la cité de Mets, et comment il se mit en chemin avec les II espies pour ravoir Beautris sa seur.

Comment Hervis arrivait à Nyvelle luy et son armée, et des devises qu'il heust avec la seigneurie dudit lieu.

Comment ung messaigier vint anoncer au noble Hervis, que ces annemis estoient sus les champs qui avoient accuillies grosse proie, et coment ledit Hervis leur alloit à l'encontre et se mist en ambuches.

Comment le gentil Hervis vint au devant de ces annemis, et comment il jostait contre le conte de Guelrdre, et le ruait par terre et rescouyt la proie.

Comment les nouvelles de celle desconfiture et rencontre, sont venues au roy Anseys, et du dueil qu'il en fit, quant il veit son nepveulx ainsy blessé.

Comment le noble Hervis arrivait à Nyvelle avec sa proie et des devises qu'il eust au duc Pierre, et comment ilz se mirent en voie pour aller donner le secours à Lowain.

Comment l'ost au duc Piere et de Hervis arrivèrent à une lue près du roy Anscys, et comment ilz envolèrent Thieris devers le roy Anseys faire ung messaige.

Des paroUes que Thieris ail dit au roy Anseys et de la responce que le Roy fit à Thieris, et comment journée fut mise au londemain.

Comment le noble Hervis fit commender que chascun fut prestz et en point pour le londemain, et comment le messaigier de Lowain vint parler à Hervis, lequel fut par ledit Hervis renvoié à Brucelle, et des paroUes qu'ilz eurent ensemble.

Comment le roy Anseis mandait ces gens en son ayde, c'est assavoir le roy de Frize, l'evesque de Liège, qui estoient devant Brucelles, et comment le messaigier de Lowain vint audit Brucelle, et comme chascune des parties ordonnèrent leur eschielles et batailles.

Comment ung joune chevalier oultrecuidiés se partit de la battaille et requist le noble Hervis de joste, et il le persait de part en part.

Du dueil que le roy de Frize menait pour le joune chevallier mort et tué, et comment les deux ostz se frappèrent les ungs parmey les aullres et des waillance que y furent faictes.

Comment le roy de Frize fut rencontreis du preu Hervis, et fut le dit roy rués par terre et navrés, et en adventure d'estre prins,et comment ledit Hervis gaingnait la battaille et mit ses annemis en fuyte, et du grant buttin que y fut conquis.

De la fesle et triumphe que fut faicte dedens Lowains pour icelle vie-

toire, et des devises que le duc Pierre oit aux Braibansons, et comment l'enteprinse (sic) fut d'aller devant Collongne.

Comment le roy Anseys ne finait de fouyr, si vint à sa cité de Collongne, et des devises qu'ilz eurent luy et la Royne, sa femme.

Du dueil que fit la royne de Frize, voyant son marrit ainsy navreis, et comment le preux Hervis fit reparer les murs de Lowain.

Comment roy Flour de Hongrie s'en vint à Mets avec Gille et Hanry, et des loanges qu'ilz donnoient à la cité, et comment il envoiat Gille et Hanry parler au prevost, et des bourdes que ledit Roy fit, entendant parquoy il fut du prevost receu.

Comment le roy de Hongrie, luy estant en guise de marchanps, louait le beau gerdin pour soy tenir, et du riche convine qu'il y fit.

Comment ung jour que le roy Flour vint à Mets pour ouyr le service divin, le joune enffent Guerrin donnait au dit roy ung si grand copt de baston que le sang en vingt après.

De la trahison et malvetiés que conspirait roy Flour contre Baudris, et des parolles deceptives qu'il luy donnait à entendre pour venir à son entente. ' ;

Comment Braudris (sic) tentait la belle pour la mener au vergier contre sa volonté, et des songes qu'elle songeât, et des parolles et devises qu'ilz en eurent ensembles.

Comment roy Flour les enfermait en une salle et se fit congnoissant, et comment il fit estroictement loyer Baudry à une estaiche avec l'escuier et les damoiselles, et des regretz et lamentacions que la belle faisoit pour son mary et ces enfl"ans.

Comment la femme Baudris vint au prevost son pere se complangnant de ce qu'elle n'oyoit nouvelle de Beautris, ne de son seigneur, et comment le prevost, accompaigniés de plussieurs ces amis, vindrent rompre les huys du manoir là où Baudris fut trouvé en grant pitié.

Comment après ce que le prevost sceut au vray les piteuses nouvelles du ravissement de la belle, fit courrir plusieurs après, et des piteulx regretz que pour elle faisoit la duchesse et aussy Baudris paireillement.

Comment les piteuses nouvelles furent mandées en Braibant au noble

Hervis et du dueil qu'il en menait ; et comment il se délibérait d'aller après à la reconquester.

Comment après ce que le noble Hervis fut partis luy et ces gens, une espie le vint noncier au roy Anseis de Collongne, lequel fit incontinent de rechief nouvelle armée pour assaillir le duc Pierre.

Comment le roy Flour mandait au roy Eustaiche leur venue, et des bourdes qu'il luy faisoit entendant, et de la joie que le Roy et la Royne en eust, et comment la noble damme Beautris menoit si grant dueil pour ses enlîans que nulz ne la povoioit conforter.

Comment le roy Flour envoial Gilles et Hanry au puissant ro}' d'Espaigne, leciucl faisoit grosse armée pour destruire le roy Eustaice, et comment il envoiat les trois rois en Thir avec X mil hommes pour luy amener la belle.

Du conseil que roy Flour donnait à son père, et des presens que le roy Eustaiche envoiait en Espaigne.

Comment le noble Hervis aprochail Thir de VI journées, et envoiat Tlîieris devant en abis dissimuleis pour enquérir du fait et la volunlé de la belle, et comment il entrait en h\ cité en abis de pellerins.

Comment les trois rois, ambaixades du roy d'Espaigne en Thir, et du recueille que leur fut fait, et conunenl hi noble Beaulris fut richement accoustrée.

Comment Thierry lit tant i)ar caulelle (pi il fut receu en salle au disner, comme pellerin, et de l'anneau qu'il monstrail à Beaulris, par quoy secrètement elle volt parler à luy, et des devises qu'ilz eurent ensemble.

Des bourdes que Beautris fil accroire :ui Boy sou pere, et aux aultres rois ambaixades, et pareillement à sa mere ; et comme les presens furent prestz et em |)oinl pour partir.

Comment Thieris rencontrait Hervis à deux journées près de Thir et luy contait tout le fait de Beautris, et avec ce luy enseignait comment il se debvoit maintenir, puis ont tant chevalchés qu'ilz vinrent près du bocquet.

Comment le roy Eustaice fit tant que toutes choses furent prestz et em point pour partir et des enseignemens que la Boyne donnoil à sa fille, puis la commandait à Dieu et se mirent en chemin.

Comment Beaultris demandait un don à son pere et à Flour son frère,

et comme ledit Flour se corresçait de sa demande, et des parolles fainctes que la belle fit accroire aux aultres roys espaignolz pour venir à son entente.

Comment le noble Hervis envoia Thiery pour espier les Espaignolles, et comment ilz se mirent en voie pour les assaillir.

Comment le noble Hervis de grant couraige ce fiert sus ses annemis et de la vaillance qu'il y fit luy et les siens, et comment Beautris songeait un • songe et parlait à Hervis, de quoy luy creust la force, tellement qu'il gaingnait la battaille et mist ses annemis en fuyte.

Du bon conseil que Beautris donnait au preu Hervis et du grant buttin qu'il conquestait.

Comment le vaissal qui escheppait de la bataille vint noncer au roy Eustaiche et à Fleur, son filz, les piteuses nouvelles, et du deuil qu'ilz an menèrent et comment chascun corrut après.

Comment la gaeite des champs anunçait au preu Hervy la venuee du roy Flour, et comment ledit Hervis mist Beaultris oultre le pont à salveté en la garde de C chevaliers.

Comment le gentil Hervis vint au devant dudit roy Flour et se humiliait encontre luy, et des injurieuses parolles que le roy Flour luy disoit, puis comment Hervis se deffendit de sa fureur, et de la desconfiture qu'il y fit.

Comment Beaultris veit venir le roy son pere, et comment par son conseil le noble Hervis se mist à saulveteis luy et ses gens oultre le pont, et du dueil que le Roy menait pour l'amour de son filz Fleur.

Des devises et parolles qu'eust le roy Eustaiche au preu Hervis et à Beautris, sa fille, et comment ledit Hervy se humiliot, et du dueil que la Royne eust, quand elle sceust les nouvelles..

Comment les trois roys ambaxades sont en Espaigne retournés et du dueil que leur roy fit quant il sceut les piteuses nouvelles, et comment il fit crier son ban pour à Mets mestre le siège.

Comment le roy d'Espaigne envolait ses messaigiers au roy Eustaiche et des menasses qu'il luy faisoit, s'il ne venoit luy et son filz en son ayde pour assegier Mets.

Comment le preux Hervy envoiat Tliierys devant anoncer sa venuee au prevost son pere à Metz et de la grant joie et feste qui fut faite par toute la cité pour leur retour et victoire.

Comment Baudris s'en estoit aller couchier, et de la feste qui se fit, et des presens qui furent donneis, et comment par la subtilité de sa femme, la paix fuct faicte dudit Baudris et luy pardonnait Hervy son mal talant.

Comment le duc Piere envoiat à Metz ung messaigier demander secours à toute haiste, ou sinon il luy fauldroit rendre Lowain, et de la responce que fut donnée au messaigier.

Des mcnaisses et reprouchcs que faisoit roy Anseys au bon duc Piere et des bumbles responces que luy faisoit ledit duc Pierre.

De la joie que eust le duc Pierre, quant il sceut le retour de son nepveulx et de sa femme, et aussy pour le secours qui luy debvoit venir, et comment il mandait ces nouvelles dedans Brucelles, de quoy ilz furent tous rcsjois.

Comment incontinent après ce que le messaigier se fut partis de Mets, le noble duc Hervis fit assembler gens de tous cousleis, et comment il recommendait Mets à son pere, et sa femme et ses enffans niist en garde à la duchesse sa mere, et des parolles qu'il eust à aulcuns bourgeois de la cité.

Comment le gentil Hervis envoiat deffier le roy Anseys, et lui assignait jour de battaille, et comment lé roy Odart d'Escousse donnait jour audit Hervy de combrattre (sic) à oultrance corps à corps.

(Comment les deux champions furent noblement et richement accoustreis et monteis, et quelles gens furent à les ayder à armer.

Comment le conte de Bair mit gens en ambuche pour ce grarder (sic) de trahison, et comme les deux champions entrèrent en champs et se sont défiés, puis si ont tués leurs chevalx et, en eulx donnant plusieurs coups, ait le Roy rompus son espée, de quoy le preu Hervy luy fit grant courtoisie.

■ Comment le duc Pierre parlait à ses barons et rcquist au roy Anseys de faire paix et accord du roy Odart et de Hervy, son nepveulx, et comme ledit Odart n'en volt rien faire.

Comment Hervy perdit sa bonne épée, et depuis la recouvrait, de laquelle il donnait grant horrion . au roy Odart, et comment Escoussois par trahison luy vindrent corrir sus, et des vaillances que ledit Hervy fit et fut prins le dit roy et anmencis.

Comment la bataille se renforçait et fut le roy de Galles prins et en,meneis dedans Lowain, et comment, après plusieurs fais d'armes le roy,

Anseys se mit en fuyte luy et ses gens et s'en allait à Collongne, sa cité, • devent laquelle allait Hervy mètre le siège.

Comment le puissant roy d'Espaigne, accompaigniés de IX roys corronneis, vint devant Mets mettre le siège, et copperent vignes et gerdins, et des complaintes que la belle en fit, et comment l'enffant Guerrin et Begonnet requirent Beautris leur mere d'estre adoubeis et des parolles qu'ilz eurent ensemble.

Comment Beaultris la belle envolait Girard, nepveulx Baudry, en Braibant, dire ces nouvelles au preux Hervis, et du dangier auquel il fuit.

Comment Gérard fut prins et détenus et fuit examineis du roy d'Espaigne, auquel il cognut tout son fait, et fut ledit Gérard meneis aux fourches et en dangier d'estre pendus, et comment, à la requestede Baudris, fut tout le peuple armeis pour à Gérard donner secours.

Comment l'enffant Guerrinet estoit corroscié contre sa mere, pour ce qu'elle ne l'armoit, et du peuple messains, qui à Gérard donnait secours et le salvait, combien qu'ilz furent assaillis et des Espaignolz deschassez et desconfis.

Comment l'enffant Guerrinet se fit adouber et armer par son parrain sans le fait de sa mere ; et comment il rassemblait ses gens et se frappait en la mellée là où tuat le duc Amier, et donnât grant coraige à ces gens.

Comment l'enffant Begonnet donnait à Hanry, son maistre, sur le visaige pour ce qu'il oit Beautris, sa mere, et comment Thierry, le bon prevost, conquist chevalx et armes, desquelles il armait Gérard, et le fit sortir de la battaille, pour aller en Braibant.

Comment l'estour fut si grand et fier, ouquel Begonnet conquist chevalx et armures, et se armait, et fut le prevost Thierry prins et emmeneis au roy d'Espaigne, et coment par la vaillance de Begonnet, fut le roy de Navarre prins de ceulx de Mets, maix ledit Begonnet fut aussy prins des annemis, de quoy sa mere menait grand deuil.

Comment Gérard vint en Braibant et fut renvoiés à Collongne sus le Rin, là où il trouvait le preux Hervis, auquel il contait toute l'affaire, et du conseil que donnait le bon duc Pierre.

Comment Thierry à Collongne est arrivés, au Roy fit son messaige,

lequel s'en vint au camps pour parler au noble duc et des parolles qu'ilz eurent ensembles.

Comment la paix fut faite et crantée entre les princes, et promit roy Enseys de ayder et secourir au duc Hervis en toutes ses necessiteis et affaire ; aussy firent les aultres roys, et comment le noble Hervis les semout et requist de leur promesse.

Comment le puissant roy d'Espaigne donnoit souvent assautt à Mets, et comment à l'ocasion des vivres, grant question cuydoit venir entre les citains l'ung l'autre.

Comment ung jour le roy d'Espaigne devisoit avec ses princes de la force de la cité ; et comment il se fit amener les prisonniers devant luy et donnait à Begonnet d'une verge sus le visaige, de quoy le dit Begon se corrcsçait et de ce qui en avint.

Comment le roy de Thir oit compassion de son nepveulx et des mains au roy d'Espaigne Tout preserveis luy et son filz Fleur, et comment ilz sont partis de luy en grant rigeur et de fait l'ont deffiés.

Comment les nouvelles vindrent au roy d'Espaigne de la puissante armée au duc Hervy, et du conseil que ses princes luy ont donneis, par quoy il mandait le roy Eustaiche et son filz Flour auquel ilz eurent accord, parmey ce que le Boy son nepveux luy fut rendus et q'il veit une fois Beaultris la belle.

De la grant joie que demenoit Beautris la belle, voiant son pere, son frère et ses enffans, estre accordeis ensemble ; et comment par le conseil de ses amis elle fut parée et accoustrée et hors de Mets au roy d'Espaigne elle fut monstrée, lequel, pour l'amour d'elle, fit plusieurs regretz et complaintes.

Comment Beaultris, la noble damme, envolait ung messaigier au duc Hervis, lequel toute l'affaire luy contait et de la joie qu'il en fit.

Comment le noble duc Hervis cnvoiat Thierry à Mets se rccommender au roy Eustaice, et à Fleur son filz et à tous les aultres aussy; et comment les deux roys avec Beautris la belle, accompaignés de toute la noblesse, vindrent au devant de leur seigneur, et de la grant feste que fut démenée, puis retournait chascun en son pais.

Cy devant «est finée la vie et histoire du duc de Lourraine et de Aelis sa fille ; pareillement de la belle Beautris, tille à Eustaiche le roy de Thir, et seur au roy Fleur de Honguerie, et du noble duc Hervey de Mets, son bon mary, laquelle histoire, je, Phillippe de Vignuelle le marchamps, demeurant audit Mets derrier St-Salveur, sur la rue des Bons AnfTans, ait escript et translateis de chanson de geiste et rimes anciennes en prose et au plus brief que j'è peu ne sceu pour éviter prolissité, ainsy comme cy devant avés oy.

Premier orrés comment les Wandres ét Hongres vindrent destruisans la crestienteis, et comment, après ce qu'il eurent faict plusieurs maulx, le roy Charles Marteaulx, qui pour ce temps regnoit en France, mandait tout le faict de celle piteuse guen-e à Nostre Sainct Pere le pape, lequelz ung jour prins se trouva à Lion dessus le Rosne, avec plusieurs aultres clercs et grandes noblesses, et de la complainte que le roy Charles feist à Nostre Pere Sainct, et à touttes la clergies eiithierement.

Comment Nostre Sainct Pere le pappe, d'un grant corraige qu'il avoit à crestienté et de la pitié qu'il oit dudit roy Charles, parlait à sa clergie, et volloit que ung chascun y mist du sien pour soubtenir le fait de celle guerre, et comment l'archevesque Hanry de Rains contredict du tout à sa bonne volonté, par quoy le conseil fut rompus pour celle fois.

Comment le noble duc Herveis se levait empiedz et parlait haultement, et comment ledit archevesque respondit moult fièrement, tenant toujours son oppinion, de quoy Nostre Sainct Pere se coressait, et abandonnait tout leur avoir avec les disons aux chevaliers, comme cy après trouverés lysant.

Comment le roy Charles fit assembler ses gens, et "fit une grosse armée, laquelle il fist marchier devers Paris ; et de la grant joie que fut lors menée dedans Paris pour la venue de cellui secour. Et coment les Wandres et Hongres, saichant leur venue, s'en allèrent devant l'église de Saint Denis, la cuydant prendre et destruire, et là heurent du duc Hervis grosse et mortelle battaille, en laquelle fut tué le roy Charboche, et furent Sarrazins tous desconfis et mis en fuyte, comme en lisant vous trouverés.

Comment messaigiers furent envolés de plusieurs cités devers le Roy pour luy demander secours et aide ; et du conseil que donnait le noble duc

Hervei de Mets ; et comment le Roy, luy et XXX mil de ses gens, se mirent en voie pour aller lever le siège des Sarrazins, qui lors estoient devant la cité de Sens.

Comment ung soir arivait le Roy auprès de Sans, et comment, après plusieurs parolles, il fil marchier ses gens, et furent Sarrazins si surprins en leur dormant que plussieurs en furent mors et dcscoppeis, et leur grant ost tout desconffit, et le rest s'en allait fuyant vers Troycs, comme c}' après vous serait dit.

Comment le noble duc Herve}»^ de Mets, accompaigniés de XX mil hommes, s'en allait devers Soixons, et de la joie qui en fut faicte dedans la ville ; et comment d'aullre part, les Sarrazins furent armés, prest et en point pour eulx deffendre, et y oit illec une merveilleuse battaille et grant tuerie, entre lesquelx le duc Hervei y tuait (Hontier, le puissant Sarrazin ;• puis de rechief tuait Godin, prince et chief de l'armée et furent Sarrazins tous desconfis ; et comment une crois allant amont l'yawe fut trouvée, et des miracles (jue Dieu y fil.

Comment les fugitif de la battaille de Soixons s'en allèrent au siège de Troye, pour en avoir les nouvelles, cl comment le roy Charles Martialz fit sonner cornes et bucines, et fit tous armer ses gens et desploier ses estandars et se frappèrent les ung parmei les autres, et comment, aprez plusieurs grans fait d'armes que ledit roy y fil, il perdit la journée et fut par Marcoffle le pàien tout desconfit, et y fut le dit roy navré en deux lieu de deux espielz et en grant dangier d'estre prins.

Comment le noble duc Hervei de Metz marchait luy et son armée droit à la cité de Troye, et comment, quant il sceut le dangier où le Roy estoit, se armât luy et ses gens, et se fcrrit en la niellé, en laquelle il rencontrait le dit Mairofie et luy ostoit la vie du corps, et autant en fit au Burton et à Golliart, lesquelx estoient grans seigneurs, comme vous orés, et comme après Aquemal le paien tuait Saint Loup, de quoy le noble duc oit grant despit et fit pour ce si gran vaillance d'armes pour resjoir le Roy que Sarrazins furent tous desconfis.

Comment après la mort Charles Martiaulx et qu'il fust noblement ensepvellis, le noble duc Hervei fit corroner Pépin à roy malgrés en eurent plusieurs contredisans ; et puis le donnait en garde au conte Herdre, et

comment, après qu'il eust reconfortés la Royne, print congié d'eulx tous et s'enviait à Mets, et du noble recuel que luy fut faict.

Du noble lignaige qui descendit du gentil duc Hervei de Mets et de la belle Beaultris, sa femme, fille de roy et de royne ; entre lesquelx y ot plusieurs vaillans hommes auz armes et gens de grant réputation, comme en lisant vous trouverés ; et mectés vostre entente à en retenir les noms, et aucy de combien chascun leur apperthenoit, car plussieurs fois vous conviendrait retourner à ce chappitre, se bien voullés l'istoire entendre.

Comment les mauldis chiens infidelles, Hongres et Wandres,retornerent arrière à grant puissance en Galle et en Lorrainne, et mirent le siège tout devant Mets, là où ilz fyrent du mal beaucopt ; et comment le noble duc allait en France demander ayde et secours au roy Pépin, et du retîus que ledit roy fit audit Hervey par le conseil de Herdre et de Magis.

Comment après ceu que le Roy eust ainsy refuzés le noble duc Hervey, il s'en vint devers Cambray, et assemblait plusieurs de ses amis; puis comment il s'en allait droit à Collongne dessus le Rhin, et mist Mets ez mains du joune roy Anseys, et de la grosse armée qu'il fit ; laquelle il amenait auprès de Mets sus la rivière de Muzelle, comme en lisant vous trouverés.

Comment par le conseil du noble duc Hervey, qui donnoit corraige aux AUemans, furent assaillis les Sarrazins, et y oit une merveilleuse battaille, en laquelle furent tués plusieurs Hongres et Wandres, et furent enfin tous desconfis et mis en fuite, et comment à la chasse et pousuitte le vaillant duc y fut ferrus d'un quareau et trait d'arbellestre de boix, duquel copt le noble duc morut.

Comment, après la battaille fînée, le roy Anceis retournait à Mets luy et ses gens, par quoy ceulx de la cité cuydarent que se fuissent les Honrges /sic/ et Sarrazins, et cuidoient estre trahis, et s'en fuerent de tous cousteis, et comment entre iceulx y avoit ung noble homme nommés Bairengier, garde et gouverneur des deux jeunes enffans Garinet et Begonnet, lequel print iceulx enffans, et les menât à Chaalons devers leur oncle, l'evesque Hanry.

Comment par ung jour de Penthecoste, que le roy Pépin tenoit grant court èt feste à Montlaon en France, l'evesque Hanry se avisait de y mener les deux enffans, et comment le Roy les rethint de sa maisgnie, et fit des

C oxncut [c vaillant Ouc Piann'i; "(ut jcrxus O'uu quarrau .i^iu]uol oopt le uobL^ Our monit

biens par sus tous à Begoiinet, duquel il fit son seneschault, et luy donnait la duchié de Gascongne, de quoy en sortirent plusieurs envies, comme cy après trouverés lisant.

Comment peu de temps après thinl le Roy court à sa cité de Langres, en laquelle furent faitz chevaliers Guerrinet et Begonnet, Guillaume et Fromondin, et plussieurs aultres, et des jostes qu'ilz firent après disner, esquelles oit grant loange ledit Begoi, et comment, durant celle feste nouvelles vinrent au roy Pépin du duc Richart de Normandie, qui estoit entrés en armes en France et dcstruisoit sa terre et son pais.

Coment après ceu que le Roy oit demandés conseil à ses amis et que personne ne respondoit^ ne disoit mot, le v.iiillant duc Baigue se tirait près et print le fait tout dessus luy et de son frère Guerrin, et coment puis il fit son armée, et s'en allait encontre le duc Richairt, lequel il fit venir à mercy ; aussi coment il rendit obéissante au Roy toute Flandre, Gascongne et Poitou, comme cy après vous serait dit.

Comment le Roy mist tant son amour aux deux enffans, qu'il leur livrait grant puissance de gens pour venir reconquester leur cité de Mets, et coment le conte Herdre les y servit et acompaignait, et fist tant ledit conte par sa praticque que la cité fut ostée à Anceis, roy de CoUongne et fut rendue aux deux enfTans sans coupt ferir.

Comment, quatre roy payens vindrent assegier le roy Thierei en sa cité de Valparfonde, et firent iceulx paiens du mal sans nombre, tant en Normandie, comme en Averne, en Provance, en Morrienne, et en plusieurs pays, et comment ledit Thierey cnvoiait en France devers Pépin luy demandant ayde et secours contre yceulx faulx chiens Sarrazins.

Coment le roy Pépin fut bien embahis oyant le messaigier ainsi parler et en print conseil à ses amis, et de la responce qui fut donnée au messaigier par le conseil du conte Herdre, de quoy il fut fort mal content et se d^spartit de sa présence sans congié prendre.

Coment ung escuier se parlist de court et s'en allait là où à l'heure estoit le duc Guerrin, et son gentil frère le seneschault Begon, et plussieurs aultres, et tout le fait leur contait comme cy devant avés oy, et de l'entreprinse que firent les jounes contes pour aller à l'ayde du roy Thierey et

cornent il firent retourner le messagier en court pour derechief parler au roy Pépin.

Cornent par la remonstrance que le vaillant duc Guerin fit au Roy, luy et Fromont et plussieurs aultres, le Ro}^ revocquait sa sentence et promist le secour au roy Thierrey, malgré en heust le conte Herdre.

Comment le Roy fit crier son ban et arriere-ban et mandait gens de tous cousteis, lesquelx se trouvèrent tous au jour dit à Lion dessus le Rosne ; et comment le duc Guerrin requist au Roy qu'il feit chevaliers de ses nepveulx, et des joustes qu'ilz y firent, ausquelles sur tous aultres eust honneur Aubric le Bourguignon, et cornent le Roy pour l'honneur de ses jounnes chevaliers volt joster et se eschauffait tellement en son harnais, qu'il en cheut au lict mallade.

Comment le vielz Herdre, voiant le Roy au lict mallade, se aprouchait de luy, et comme, traistre donnait conseil, et chascun retournait en son pais. Et comment les messager au roy Thierry contèrent tout le faict au duc Guerrin, lequel bien correscié retornait en court luy et Guillaume, le duc Baigue et Fromondin et parlait ledit Guerin au Roy, tellement qu'il le fit chief et cappitaine de son armée, et commandait que chascun fut obéissant à luy.

Comment le noble duc Guerrin conduit son ost luy et son frère le duc Baigue de Bellin en tirant droit à Vienne dessus le Rosne, et comme après se remirent en leur chemin en tirant droit à Vallance, et tellement ont chevaulchiés par leurs journées qu'ilz arrivèrent à quatre lieues de Waulparfonde, devant laquelle estoient infidelles c* Sarrazins.

De la beaulté du tref au noble duc Guerrin et du lieu très délectable auquel il fut essus et poseis, et coment tous les nobles furent assemblés à .celluy tref et pavillon pour avoir ensemble conseille et conclusion pour envoler espier quelle nombre estoient les Sairasins.

Comment les chevalliers, qui allèrent espier l'ost, heurent entre eulx diverses oppinions, et furent Bernard et ses amis tous desconfis quant ilz virent si grande multitude de Sarrazins, et coment, quant ilz furent retourneis, et que Fromont oit entendu la chose par les parolles dudit Bernard, ilz furent d'oppinion de retourner en leur pays, laquelle chose fut occasion d'une grant haine qui en avint depuis.

Comment le vaillant duc Guerrin donnait corraige à tous ses gens et devisait ses eschielles etbattailles, lesquelles, avec leur estendart et banieres, il faisoit moult beau veoir, et comment il parlait aux messaigiers du roy Thierr}% lesquelx il renvoiait à la cité pour signifier leur venue.

Comment le roy Thierrey entrait en l'ost auz Sarrazins et y fit ung grant meschief, et comment le vaillant duc Guerrin, luy et son armée, vint d'aultre costeit abbatant tentes et pavillons, en tuant Turcz et Sarrazins, et firent grant destruction des chiens mauldis, entre lesquelx y furent deux de leurs roys occis et les deux aultres y furent retenus et prins ; aussi du grant dueil qui fut démenez en la cité pour l'amour du roy Thierrei.

Coment Fromont et Rernard avec leurs aultrcz alliez et amis, voiant la chose ainsi aller, sont entrés en ung aultrc chemin, et, en faindant qu'ilz eussent fais aide auz crcsliens, se vindrent à rencontrer au devant du duc Guerrin, et coment le noble duc départit le l)uttin aus povres chevaliers sans en rien retenir, de quoy Fromont et lîernard cuiderenl enraigier, et des parolles qu'ilz en eurent, comme la vraie histoire le met et dict.

Comment le noble roy Thierrey, voyant son dernier jour venir, mandat tous les plus grans de son pays, ausquelx il fit promectre de tenir sa seuUe fille à royne, dame et maistresse, et de ce en firent foid et homaige, et coment, par le conseil de Jofroy, fut envoiés quérir le duc Guerrin, auquel le Roy donnait sa fille en mariaige avec tout son pays.

Coment, durant les guerres de Morrienne, le roy Pépin se thint à Lion, auquel lieu il se fit bien mediciner, tant qu'il fut tout sain et guerris, et coment le vaillant duc Guerrin retoui nait en Lyon, et puis à Montlaon en France, et du beau recuil que le Roy luy fit, de quoy se esmut la grant guerre et butin, comme cy aprez serait dit.

De l'envie que Fromont oit, voiant l'onneur que le Roy faisoit au duc Guerrin, et alors ne puelt plus ccller son corraige, par quoy s'en esmut ung grant huttin, et comment ilz entrèrent en parolles injurieuses, aprez lesquelles ilz se vinrent à fcrir, par quoy vint depuis une telle guerre, que oncques en leur" vivant ne long temps après ne print fin.

Des rigoreuses parolles et menasses que eust le duc Guerrin contre Fromont, et coment illec emmy la salle y oit ung fier huttin, de quoy

morurent plussieurs personnes, et fut en grant dangiés le vaillant duc Guerrin, se secours ne lui fut venus, comme ycy aprez il serait dit.

Comment ce jour arrivait en court Hervais d'Orliens et Hudon, son frère, lesquels estoient nepvelx au duc Guerrin, et coment, quant ilz sceurent la vérité du cas, s'en vinrent à l'huis de la salle, et l'ont rompus à grosse barres et à force ont entrés dedans, et y fut le conté Herdre tués et plussieurs de ses hommes avec luy, et comment Fromon saillit dehors par une fenestre pour se salver, puis s'enfouyt.

Comment le duc Guerrin fit honnorablement des trespassez, que pour lui avoient estés tués, et des parolles et conseil que Hairvais d'Orliens donnoit au Roy, affin que Fromon vint à mercy.

Comment par l'amowement de Hairvais fit le Roy une grosse armée, laquelle il menoit devant Soixon, et fut la cité prinse et gaignée dessus Fromon, et receut le Roy la foy et hommaige de tous les gentilzhommes du pays, et des parolles qu'ilz en eurent ensemble luy et Guerrin, et comment Hairvais d'Orliens reprint la terre et seigneurie et lui acrust le Roysesfiedz.

Comment, quant Fromon fut ainsi eschappés, il s'en vint à Sainct Quentin en Vermendois, là où il trouvait plussieurs des ses amis, ausquelx il contait tout le faict de la mellée et la mort du conte Herdre, et coment le conte Drue le confortait, et entreprint de luy faire avoir Helisante, la suer à Baudewin, conte de Flandres, qui estoit damme de Pontis.

Comment Drues d'Amiens allait en Flandres à belle compaignie pour parler au conte Baudewin, et des parolles qu'ilz eurent ensemble touchant le mariage de Fromon et Helizante, damme de Ponty, et coment alors furent les nopces faictes, ausquelles fut démené grant joie de chansons et carolles, et y fut on très bien servis.

Comment le londemain des nopces, le conte Fromon descowrit tout le faict de celle guerre à son beau frère Baudewin, de quoy le dit Flament fut dollent et corresciés de avoir estés ainsy surprins ; et comment après donnait conseil de aller assaillir Cambray dessus Huonet gasterle Cambresy, comme cy après serait dict.

Comment, après ce conseil tenus, le conte Fromon fit son mandement de tous cousteis et assemblait tous ses amis, lesquelx y vinrent à grosse armée pour destruire le Cambresy, et coment Baudewin, conte de Flandres, fut

d'aultre part, et tout le premies se boutait ou pays, et aussi cornent le vaillant conte Hue mit garde et pollice par la cité pour résister auz annemis.

Cornent Hue, le vaillant conte de Cambroy, saillit dehors auz champs luy et ses gens, et se sont mcUés auz gens Fromon, et des reprouches que le dit Hue fit à Ysoris le gris, pour lesquelles ne volt plus pourter la bannière, par quoy Fromon se corressait encontre luy, et cornent ledit Huon joustait corps à corps à Fromon et le ruait en terre, et se n'eust esté le peu de gens qu'il avoit, Fromons y eust estés ou mors ou prins.

Coment la cité fut assegié de toutes pars, et furent toutes les pourtes fermées, réservé une, et coment par ung jour de Sainct Martin d'esteis fit le conte une saillie, en laquelle il avoit mis ung messaigier qui se desrobait secrètement, et pourtait des lettres à Monlaon au roy Pépin.

Comment le messaigier du conte Hue fit si bonne diligence qu'il arrivait à Monlaon et présentait les lettres au Roy, et coment le Roy, oyant le contenus d'icelle, volloit mander à Fromon et à Baudowin que incontinent fut levés le siège, laquelle chose Guerrin ne volt,ains donnait conseillent au Roy de mander gens de tous cousteis et faire une grosse armée pour les faire venir à mercy.

De la grant assemblée que se fit à Monlaon, et coment les messaigiers Fromon ont tant serchiés Bernard, qu'il fuit trouvés à Naicil, son chasteau; lequel, quant il sceut la guerre ouverte, en fut joieux, et coment il fit grosse assemblée de gens, avec lesquelx il corrust en Lorrainne, et puis allait mettre le siège devant Dijon, cuidant prendre Aubry le Bourguignon.

Comment le preux Begon fut trouvé entre ses annemis, lequel de tout cecy ne sçavoit rien, et coment il fit une grosse armée pour venir au secours de son frère Guerrin, mais il allait premier secourir Aubry, son nepvelx, comme vous orez cy aprez.

Du grant et merveilleux dompmaige que le dit Baigue fit sus la terre des annemis, car depuis Lion sur le Rosne, jusqucs à la ville de Dijon, tout du loing de la rivière de Sonne, n'y oit villes ne villaiges qui ne fuissent gastés et qui n'eussent à souffrir.

Comment Bernard du Naicil levait le sciege de Dijon, et s'en fouyt, quant il sceut la prinse de Lion ; et de la venuee du preux Begon et

comment le dit Baigue le suyvit de toutes pars et mist le siège devant Chasteauvillain, lequel fut prins et tout le Bassigney destruict.

Comment, par le conseil du duc Guerrin, le Roy envolait ses messaigiers au conte Fromont, et des responces orguilleuzes que fit le dit Fromon au messaigier, et coment le dit Pépin et son armée s'en allèrent devant Sainct Quentin.

Comment Gaulchier l'orphenin, frère au conte Hues, et nepveulx au duc Guerrin, fit son armée, et coment le conte Fromon levait le siège, quant il sceut la venue du roy Pépin, et s'en allait à Sainct Quentin, et le conte Hue et Gaulchier, son frère, s'en allèrent après frappant sus la cowe, de quoy y oit grant escarmouche soubz Saint Quentin.

Coment le Roy arrivait luy et son armée soubz Saint Quentin à l'escarmouche du conte Hue et de Gaulchier, son frère, et coment le conte Fromon et ses aidans furent assegiés à Saint Quentin dedans la ville, et des vaillance que Ysoris faisoit sus le Roy et son armée.

Coment le conte Fromon mandait à Bourdeaulx à ses parens qu'ilz le venissent aidier et secourir, et coment ilz y vinrent à grosse armée et tindrent si très fort les chemins clos de tout coustés, que nulz vivre ne venoient au camp du roy Pépin, et ne povoit personne passer, aller ne venir, qu'ilz ne fuissent destroussés et rués jus.

Du grant et horrible dompmaige que le vaillant duc Baigue, et Aubry, son nepveulx, firent sus la terre de Bernard de Naisil, et des fousseis et haies qu'avoit faict le dit Bernard, ausquelx lui meisme fut prins, et coment le chaisteau du dit Naicil fut rendus et le dit Bernard menés au roy Pépin.

Coment les bourgs de Verdun furent prins, ars et brullés, et tout pilliés et fouraigiés, et fut le chasteau de Mouelin assegiés, et des parolles que eust le dit Foucquerel à Ysoris le gris touchant des proesses du duc Baigue de BeUin.

Coment le joune Fromondin fut neis, et Guillaume fut fait chevalier noweau, et de la joie que Fromon en eust ; et pour la naissance de cest enffant firent une saillie sus l'ost au roy Pépin, là où plussieurs vaillances furent faictes.

Coment, pour les divers effrois que Ysoris et Guillaume faisoient journel-

lement sus l'ost, le Roy emviait quérir Begon et de la responce qu'il fit au messaigier.

De la conqueste que fit le gentil Baigue, en ce en allant devers le Roy et du beau recuel que le Roy luy fit.

Cornent le vaillant duc Baigue, seneschal de France, volt logier en gerdin ouquel personne n'ozoit logier, et cornent Ysoris saillit dehors, luy et Guillaume, et de la cruelle baltaille qui alors fut, en laquelle le dit Ysoris y oit le bras rompus, et Fourcon, son pere, avec plussieurs aultres ses oncles, y furent tués.

Cornent pour le meysme jour, après la battaille finée, le vaillant duc Baigue, seneschal de France, priait le roy au disner en son tref et pavillon, et du dueil que Ysoris menoit ; et coment, durant ce disner, Fromon donnait conseil de saillir erriere aux champs ; et y oit de rechief grosse escarmouche, en laquelle fut blescié mortellement le devan dit Baigue de Bellin.

Coment le conte Fromont dit à Ysoris, son nepveulx, qu'il avoit tués le duc Begon, mais il ne le volt point croire, et envolait une espie au camps pour en sçavoir la vérité, et cornent Fromon en desmentit l'espie et se corresçait très fort encontre luy.

Coment le Roy envoiait Aubry le Bourguignon en fourraige par le pays, et y fut le dit Aubry prins et détenus, et cornent le duc Baigue se fit armer tout malgrey ses medicins, et assaillit ses annemis ; et aussy se armait le vaillant Ysoris atout son bras rompus, et fut Aubry rescous et délivrés, mais le charrois fut rués jus.

Comment en vangeance des charrois prins, le preulx Begon fit grant dompmaige aux annemis, et coment par son conseil furent enserreis à Sainct Quentin, tellement que nul n'y povoit entrer ne yssir, et eust esté alors la paix faicte, ce n'eust esté par le courage de Ysoris.

Comment Bernard du Naicil, soubz umbre de bien, eust plussieurs devises au roy Pépin, pour parvenir au traictier la paix, et de la responce que le Roy luy fit.

Coment Bernard envolait secrètement une lettres fourée de malices au conte Fromon à Saint Quentin, et coment Fromon par essurement vint parler au Roy, et après plussieurs parolles, fit tant le dil Bernard qu'il fit

par sa malice faire une paix fourée, laquelle ne durait guerre, comme vous oreis.

Comment le preulx Begon fit fermer le plasseis et plussieurs aultres places, et des dons qu'il fit à ses amis.

Icy sont les noms des princes et seigneurs, parens et amis des deux parties, qui se trouvèrent à Paris à la journée pour faire paix, et coment Blanchefleur, la fille au roy Thierrey, accompaignée de ses amis, arrivait dedans Paris.

Du conseil que Henry, archevesque de Reins, donnait au Roy, et de la mallice qui fut en luy, et coment le Roy le creust, par quoy tant de maulx vinrent depuis ; et neantmoins fuit la paix faicte pour celle fois entre le lignaige Fromon et celluy du duc Guerrin.

De la faintise que fist le Roy, et coment il fit semblant de faire espouser le duc Guerrin, et aprez coment l'archevesque de Reims les print par les mains, et avant que les espouser, fit les bans, oyans tous ceulx qui là estoient, par quoy saillirent en place deux ou trois affaités moinnes, que alors jurèrent que entre eulx avoit paraige, par quoy tant de malz et de mortelle guerre sont advenue depuis.

De la seconde trafficque que Hanry, archevesque de Reins, fit au duc Guerrin de Mets, de quoy le roy fut consentant.

Comment le Roy espousait la belle, et fut corronnée à Paris, et coment le jour des nopces, par l'envie et trahison de Bernard de Naicil, ung grant huttin se esmeut de rechief en salle, par quoy moult de maulx en advinrent depuis.

Comment, le conte Fromon se desconfortoit en la prison, de quoy Bernard fort le tenssoit ; et du conseil et trahison que pourpensait le dit Bernard, de quoy Fromon et ses amis furent consentens.

Comment, en la présence du noble duc Guerrin, le Roy fit recorder au dit Bernard tout le faict qu'avés oys ; et coment le gentil duc en présentait son gaige et les plesges pour se deffendre, lesquelx furent renfuzés du Roy et ne les volt pas recepvoir, comme cy aprez il serait dit.

Coment le vaillant duc Baigne de Bellin se présentait à tenir le lieu son frère et à faire la battaille, et fut receu par le jugement des princes, et comment Bernard le traistre querroit à avoir une eschapatoire, comme oreis icy après.

Comment Bernard se perforçoit de faire dilatter la battaille, et cornent les deux champions ont jureiz sur saincts, et furent bouteis les plesges en une salle, et aprez plussieurs coups donnés et receus, le preux Begon ait prins le cueur de Ysoris, et l'ait rués au visaige Guillaume de Mouelin.

Comment Bernard du Naicil s'en allait par une fenestre et s'en fouyt à Naicil, son chasteau, lequel il préparait contre la guerre, et fit grant dompmaige en Lorrainne contre la volunté de Foucquerel, son filz.

Coment paix fuit faicte du conte Fromon et de ses alliés, reserveis du dit Bernard à rencontre du duc Guerrin de Mets et de Baigne, son frère, avec leurs aultres amis, et coment les aulcuns d'iceulx vendrcnt hommes au duc Guerrin et les aultres au gentil Baigne de Bellin.

Coment les nouvelles vinrent au roy et à Guerrin du dompmaige que Bernard avoit fait en Lorrainne, et coment, par ung accord qu'ilz eurent ensemble, vindrent mettre le siège devant Naicil, auquel le dit Bernard leur fit plussieurs saillies, et moult vaillamment se deffandit.

Coment Fromont envoiat Guillaume à Naicil parler à Bernard pour faire paix, et coment le dit Bernard le fit emprisonner.

Coment après ce que le gentil Begon fut sain et en bon point des plaies qu'il avoit receu, fit son armée et s'en vint au camps avec les aultres, et à son venir fut quasi sourprins du dit Bernard, et coment Fromont fit tant envers le Roy que celle paix fut faictes, et fut le chasteau de Naicil ars et brulleis.

Comment par le conseil de la royne, le duc Guerrin de Mets -cl le duc Baigne de Bellin, son frère, furent mariés et hcurent espousées les deux filles à duc Millon, lesquelles estoient niepces au roy Pépin.

Coment les dis deux frères firent enchainge de leurs pays par le congié de leurs femmes, et coment l'cnlTant Gilbert fut neis de la duchesse Aeilis, et fut pareillement Beaullris, sa suer, ensaincte de renfi"ant Gerin.

Comment une espie vint anoncier à Thiebault de Bourdeau tout le faict du mariaige et du malvais conseil que donnoit Aymon, lequel estoit nepveulx au dit Thiebault et estoit homme liège au dit Begon, de quoy moult de maulx en vindrent depuis.

Coment l'embûche de Thiebault fut mise dedans la lande, et coment tout le faict fut anoncié au preux Begon par ung pellerinde Sainct Jacques ;

et cornent les vaillans chevaliers se sont armeis et mis en point en intencion de ce deffendre, se besoing estoit, comme cy après il seroit dit.

Cornent le preux Begon, luy et ses gens, se sont boutteis dedans l'embûche, et des parolles qu'ilz eurent ensembles, et coment ilz se mellerent les ung parmei les aultres, là où le dit Baigne fit grant vaillance et abbatist Thiebault par terre, mais enfin fut le duc Baigue navré à mort, et coment Dos le veneur y rompit le bras à Aymon.

Coment ung escuier se despartist de la mellée, lequel à toute haistes s'en vint à Bellin, et les nouvelles leur dit de la piteuse adventure, et comme les dis de Bellin se courrurent armer, et ont rescous la damme, et des complaintes qu'elle faisoit pour son seigneur ainsi navré, lequel elle cuydoit qu'il deust morir.

Comment le noble duc fut fort sollicité des medicins et en briefve espace fut reguerris, tellement qu'il povoit armes pourter.

Coment Aymon fut parrellement sollicité, et en briefz temps fut ' reguerris ; et dez pleurs que à Bourdeaulx se font pour l'amour des trespasseis, et coment le noble duc se préparait contre la guerre.

Comment Aymon pourchaissait tous ses amis, lesquelx s'en vindrent en armes dessus le duc devant Bellin, et plussieurs maulx firent en l'entour, et coment le preux duc Baigue sortist aux champs dessus ses annemis, et des prouesses qu'il y fit.

Comment Bellin fut asseget tout à l'entour du. conte Aymon et sesaidans, et des maulx qu'ilz firent au plan pays, et coment Dos le veneur donnait conseil d'envoier Moinel Galopin devers le Roy et leurs auttres amis aidier et secourrir, et des parolles du dit Moinel qui donnoit cause de rire.

Coment le noble duc donnait ses lettres à Moinel Galopin, et luy recommandait toute son affaire, et coment il escheppait de l'ost et s'en vint à Orléans, là où il parlait au Roy et luy contait la trahison de Thiebault, de Aymon et de Herdowin.

Coment Bernard du Naicil arrivait en court, auquel le Roy contait toute l'affaire, et comme il volt tuer le messaigier, présent le Roj', de quoy grant question s'en esmut entre le dit Bernard et la roynne, et comme la damme Hellevis fit armer plussieurs bourgeois, et meismement tous les bouchiers, et de ceu qu'il en advint.

Cornent en ces entrefaictes arrivoit le duc Guerrin en court, et cornent quant il sceust les parolles injurieuses que Bernard avoit dit à la royne, il luy donnait si grant (1) sus le visaige que quatre de ses dens luy rompit, et comment ledit Bernard s'en alloit alors conter tout le faict à Fromon, lequel n'en fut pas trop joiculx, ains moult agrément (2) en ait le dit Bernard reprins.

Cornent le Roy fit une merveilleuse armée pour donner secours aux preux Begon, et coment le duc Aymon levait le siège quant il les sceut venans, et s'en fouyt dedans Bourdeaulx, et coment le duc Baigue corrust après, quant de leurs despart fut advertis, et y fut quasi enclos et retenus, de quoy le duc Guerrin son frère l'en tertssait et reprint.

Coment le siège fut mis devant Bourdeaulx, auquel le duc Begon fit venir ses subgcclz de tous cousteis, et comment le Roy luy conseillait d'entrer en la terre ses annemis, là où ledit Begon fit moult de maulx et de grant dommaige, et fut prinse en ce voiaige Monmairles et Clerei.

Coment Bernard du Naicil arrivait devers Fromont de Lans, et tout le faict luy contait, et dez parolles qu'ilz eurent ensembles touchant le faict de ce huttin, et coment Fromont fort l'en reprint, et ne se volloit accorder ny aller avec eulx, maix enfin s'i accordait à la rcqueste de ces amis.

Coment PVomont, Bernard et Guillaume assemblèrent gens de toutes pars, vivres et charrois, pour s'en aller devant Bourdeaulx, et coment le conte Fromon fièrement rcspondit au conte Aymon et du conseil que donnait ledit Bernard.

Comment par le conseil de Bernard fuit faict une merveilleuse et cruelle escarmouche et saillie, en laquelle plussieurs furent mors et navTeis, outre lesquelx le vaillant duc Guerrin y fut blecié mortellement, et furent quatre chevaulx tués soubz luy.

Coment, après la batlalle foillic, le duc Guerrin se complaint de ses plaies qu'il avoit receu, et coment l'enffant Fromondin fuit faict chevallier et avec luy plussieurs aultres, et de ce qu'il en advint.

(1) Coup?

(2) AigrcMiicnt.

Cornent le preux Baigue, luy estant à Peronne, ait oy nouvelles d'icelle cruelle battaille, pour laquelle il print grant vengeance sus ses annemis, et cornent Fromon demandait le tournay, lequel luy fut estés refusé, se n'eust estés le vaillant duc qui sourvint, et avec ce, après qu'il oit acordés le tournois, promit à Rigal de luy donner le cheval Fromondin, et des parolles qu'ilz en heurent, de quoy fut assés ris.

Coment le gentil Baigue de Bellin se présentait pour la nuyt de faire l'achargaitte dedans le camps, et coment lez deux ostz furent prestz et empoint, et d'un cousté et d'aultre, et ne tenoit plus que de ferir.

Coment le grant tournois commençait, auquel y fut tués Baudewin, conte de Flandres, et Guillaume de Poitou, et plussieurs aultres, et à Guillaume de Mouelin fut rot le bras senestre, et aussy comme le preux Begon thintsa promesse touchant le cheval qu'il avoit promis, mais il y fut en grant dangier de sa personne, comme cy après serait dict.

Coment Fromont demandait les trêves pour ung jour tant seullement pour enterrer les mors, et du dueil que fuit menés en la cité, et coment on fit chevalier Rigaldin, et des folles parolles que ledit Rigal disoit, de quoy en y oit plusieurs qui en ont ris.

Coment le Roy envolait ung messaigier devers Fromont, pour au londemain faire ung tornois, lequel, à la requeste de Fromondin, y fut receu, et comme le preux Rigal emporta ce jour le pris, et furent par luy plussieurs prisonniers prins, entre lesquelx il print Fromondin, et fut ce jour Fromont luy et les siens tout desconîis.

Coment Rigal refuzait au Roy ses prisonniers, et des parolles qui en furent, et coment ilz furent menés au chasteau du Placeis, et du buttin qui * fut gaingnié dessus le Rosne en IIII nefz, et aussi coment le duc Baigue fut à Bellin, et au retour fut prinse le chasteau de Blancafort, et y fut boutés le feu, et du grant dueil que Guillaume et Fromont en demenairent.

Coment Guillaume de Mouelin par sa subtilité saillit aux champs, luy et ses gens, et illec mist une embûche devant le camps, et coment le duc Aubry y fut prins, luy et plussieurs aultres, et du dueil que le vaillant duc Baigue en fit.

Comment l'assault fut donné à la cité, et par force fut prinse et gaingnée.

et fut arse et brullée, et cornent, après plussieurs doitimaiges, fut la paix faicte les ungs envers les aultres, et furent bons amis ensemble, et retornait chascun en son pays.

Cy fine le premier livre du Lorrain Guerrin de Mets et de son frère le duc Baigue de Bellin, lequel fut translatés de anciennes chaussons de gestz, et mis de rime en prose par moy Philippe de Vîgnuelle, marchamps de draps, en l'an mil cincq cens et quatorze. Je prie à Dieu que son nom en soit benist.

Icy accommence le second livre du Lorrain Guerrin, et premier est devisés comment, après septz ans et demei passés et accomplis, le noble duc Baigue oit plusseurs devises avec Beaultris sa femme, en recordant les tors qu'on luy avoit fais le temps passeis, et comme il proposait d'aller à Mets veoir Guerrin son frère, jay ce que Beaultris l'en destournoit à son povoir, etc.

Comment le noble duc se mist en voie noblement accompaigniés, et passèrent par Orléans, là où pour l'heure se tenoit la court, et comment il chevauchait tant par ses journées, que en la terre Fromont est arrivés en vng chaisteau nommés Vallantin, et des devises que le duc oit à Bairangier son hoste, comme cy aprez vous serait dit.

Tantost au londemain furent toutes choses prestz et empoint, les chevalx scellés et les sommiers troussés, desquelx en y avoit jusquez à X, tout chergiés d'or et d'argent et d'aultres richesses pour sa nécessité, et avec luy

menait XXXVI chevaliers, plusseurs braconniers, plusseurs chiens et XV variés, qui menoient les livriers. Lors se bougeait le matin et au despartir baisait sa femme et ses enfTans, les commandant à Dieu, et la belle, toute en plorant, les larmes à l'ueil, pareillement le baisait et accollait. Helas elle avoit cause de pleurer et de gémir, et s elle cust sceu la piteuze adventure, elle se fust pasmée de doleur, car jamais plus ne le vit en vie, comme cy après serait dit. Or s'en vait le duc à belle compaignie et passait la ripviere de Gironde au port sainct Vallentin. Là aprez y auoit vng hermitte, auquel le duc confessait tous ses pechiés. Après ce faict, remontait à cheval et ne fmait d'errer tant quil vint à Orliens ; là trouvait le Roy, la Roy ne et sa suer Hellevix, avec son filz Hervais, lesquelx luy firent molt grant chiere et y séjournait trois jours enthier. Puis ait prins congié de la court, et le douziesme jour vint à Paris, et le treisieme fut à Lis. Puis de là se fit guider et conduire à Verdinois, passant Sainne droit aclairir, et ne finait d'errer jusques à Cambresis. Si se arrestait à vng chaisteau nommés Valentin. Et celle nuyt haubergeait chiez vng bourgeois nommez Bairangier, lequel estoit le plus riche homme de tout le pays. Si commandait ledit Bairangier que le duc fust bien servis de tout tant quil demandoit, et aussi fut il. Car ilz eurent perdris, faisans, maillairt, lièvres et cugnins, et aultre venoison asseis, tout à son apetit, le pain, vin, et espices à l'advcnant, et fut le duc haultement ressus et du tout à son plaisir. Après le souppé, les licts furent faicts et fut le duc menés couchier en vng riche lict. Bairangier fut saigc et courtois ; si se aprouchait du lict et de plusseurs parolles à deviser se print, entre lesquelles bien courtoisement ait dit au duc : « Sire, fait il, quant je vous vois et resgarde, je suis tout resjois ; car en vous voiant, il me souvient d ung de mes hoste et bon amis, c'est le Lorrain Guerrin de Mets, le plus courtois et le plus lairge, que oncques de mere nasquit, et prie à Dieu, où qu'il soit qu'il luy doient bonne vie, car plusseurs biens il m'ait faict, de quoy je suis tenus à lui. Or luy resemblés tant bien, et de bouche et de nés, que c'est merveille. » Lors parlait le duc et dit ainsi : « Mon hoste, fait il, je ne vous en quier mantir et en rien vous n'avés faillis ; car celluy de quoy parlés est mon frère germain, et d'un meisme pere fumes engendrés et d'une meisme mere conceups et nourri. Mais je suis haubergiés en vng eslrange pays, que jaidi me donnait le roy Pépin, loing de tous mes parens et amis, et ne vis mon frère depuis

le siège qui fut deuant Bourdeaulx, mais je le vois veoir, de quoy il serait bien resjois». — Or maintenant vous cognois bien, se dit son hoste, et pour ce d'une chose vous advertis, c'est qu'en ce pays avés plusseurs annemis, à l'oca'sion que tuaistes Baudouin^ conte de Flandres; et se Hue, vostre nepveulx^ le conte de Cambresin et Gaulthier du Mans sçavoient vostre venue, ilz vous viendroient visiter et veoir icy, et par eulx seriens festoiés, conduict et servis. — Je le sçay bien, respond le duc, mais à tant ilz lesserent à parler de ses parens et entrèrent en vng aultre propos, duquel eust estés le meillieur c'en avoit tens, et qu'on en eust jamais parlé, comme cy après serait dict.

• Cornent le noble duc s'enquiert à son hoste Bairangier, du lieu là où se tenoit le porc, et commant il luy donnait son manteau et son hocqueton, puis au londemainsc fit mener au lieu là où le porc se tenoit, et aussy cornent le noble duc fut de ses gens abandonné.

Le noble duc en devisant avec son bostc luy ait dit : « Amey mon chier hoste, lessons ces propos et parlons d'une aultre chose. L'on m'a dit en mon pays, que ez bois de peivre, qu'est en ceste terre, y a voit ung porc sanglés le plus merveilleux du monde. Je le veulx, dit il, chasser, et en veulx pourter la teste à mon frère Guerrin ». — Se dit Bairangier, je sçay pour vray le lieu où il gist et fréquente le plus, et vous cuyde droictcment mener à son licl. » De ces parolles fut le duc grandement resjois, et de joie quil cust embressait ledit son hoste, et en le bayssant et acollant ail dit : « Par Dieu, mon oste, vous en serés rémunérés des novelle que m'avés dit ». Alors ait despoulliés son manteau et son hocqueton et les donnait audit son hoste : « Tenés, mon hoste, je vous les donne, affin que venés avec moy ». Et ilreceupt en granl joie ce don, le remerciant de bon cuer ; car comme il dit, que quiconques homme de bien sert, il n'en pert point son lowier. Et après plusseurs parolles, s'en

dormirent jusques au matin. Puis quant il fut jour, c'est le duc leveis et fut par ses chamberlains servis. Robbe et chalces luy ont apportée et vestis, esprons doreis luy mirent en piedz, et sus vng bon chasseur il fust montés, et à son col est pendus vng riche cornet d'ivoire ferrais de verrieulle de fin or, le fort espiedz au poing, et plusseurs chiens menait auec luy. En sa compaignie estoit Rigal, et XXXVI cheualiers et plusseurs braconniers, comme dessus est dit. Si chevalchait en la conduicte de Bairangier son hoste, tant que ou bois se sont mis. Et tant ont cheminés, que là où le porc fait son demainne sont arrivez sans contredis. Si commencent les chiens à glaitir, à braire et à crier, tellement que tous les bois en retondissoient. Lors ait le duc demandés Blanchairt son bon lévrier et on luy ameinne. Mais quant il le thint, si luy aplaine le col et les orreilles pour luy donner coraige et l'anhairdir. Et quant ilz vinrent à aproucher le lieu où estoit le porc, lequel se tenoit en un rouchier entre deux chaine près d'une fontainne, tous les chiens ensamble se prindrent à glaitir. Et le porc, qui estoit fier comme vng lion ait résistés contre eulx. Et tellement se deffendit, quil tuait mort le bon lévrier Blanchair, de quoy le duc fut moult desplaisant et triste, et aymait mieulx perdre cent francz et plus que cellui chiens que le porcque ait murtrit. Alors en grant fureur s'en vint le duc auec son espietvers celle part poingnant, mais le porc pas ne l'ataindit, ains s'en fouyt en vng lieu nommeis Guidemeir, là où il fut norris. Et plus de XX cheualiers descendirent pour mesurer la mairche de ses piedz et forment s'en esbahissoient. Car de une ongle à l'autre y avoit vne plainne palme mesurées. Et hors de sa bouche avoit les dens vng plain piedz de loing. Jamais on ne vit telle beste ne cy cruelle. Et quant il vit la force des chiens qui venoient, ledit porc fit ce que oncques aultre porc ne fit. Car il cessait son propre lieu et tous les bois de sa noriture et se boutait aux plains champs hors de voie, et sans retorner corust près de XV lieues, et tousjours le duc après. Mais ses gens qui n'estoient pas si bien montés, pour les maretz et malvais passaiges ne le purent suyr, meismement le cheval Rigal luy failist soubz luy et ne polt plus avant aller. Et quant se vint environ tierce, il accommence à plouiver, par quoy il les covint retorner arrière. Et cuidans retrouver le duc au logis s'en allèrent tous à chasteau Vallantin avec leur host Barengier. Sy ont lessiés le duc en la forest en vng très grant dangier. Hé Dieu quel domaige I

se fust de l'avoir abandonnés, et le grant mal qui en advint, car oneques puis ne le virent en vie, comme vous oyrés. Si se essurent au mangier et tout le jour actendirent illec après, cuidant tousjours qu'il duist retourner. Mais celle actente est pour néant. Car il suyt tousjours le porc, tant que cheval l'en peult pourter, et tellement que les chiens furent si très lasseis qu'il n'en povoient plus, s'il ne les pourtoit, comme cy après m'orés conter.

Cornent le noble duc pourtait aulcuns de ses chiens devant liiy pour repranre leur alainne, puis ont trouvés le porc, lequel avoit tués la pluspart desdis chiens ; et comment ledit duc Baigne se combaiil à Imj, et le tuait, puis se essut de costé luij auprès d'un gros tremble foullus et fit du feu et cornait trois fois son corne pour ses chiens rassembler. Et quant le noble duc vit que ses chiens n'en povoient plus, il en print aulcuns, et les mist devant luy à cheval, et les pourtait ainsy vne grande pièce, tant qu'ilz eurent rcprins leur alainnes, puis les met jus, et virent le porc auquel il se lanceront, et à leur abais et cris se rassemblèrent tous les aultres chiens. Et quant le porc vit que nullement ne s'en poivoit delTendre, ç'est acullés contre vng buisson, et tellement se delFent que la plus part des chiens ait mis à mort ou affoleis ; lors arrivait le duc, lequel, quant il trouvay ses chiens ainssy mors et occis, fut merveilleusement cgrrescè et desplaisant. « Hé, filz de truye, se dit le duc, aujourd'huy m'as bien Iravcilliés et mes bons chiens mors et tués, et à cesle occasion de mes hommes suis perdus et aliandonnés. Car je ne sçay où qu'il/ soient, et ne les sçauroie où sairchier ne trouver. Mais je te promés que par mes mains t'en convenra passer ». Lors se escriait le duc en se aprouchant de luy et tenant l'espiès à deux mains pour le ferir. Mais le porc l'escoutoit et se lanssait à luy que rien ne l'en polt tenir. Neantmoiiis le duc ne le double en rien. Car comme vng vertueulx chevalier, donnait audit porc vng si grant coupt de son espiès qu'il le faulsait parmci le dos. Et le porc, sentant le coupt, comme enraigié fit vng sault en retournant arrier dever le duc et empongnait l'espielz aux dens. Mais quant le noble duc santit son espiet empongniet, il le tirait à force à luy, et de rechief luy donnait vng si grant copt devers seneslre qui l'abatisl mort estendus tout devant luy. El alors moult grant abondance de sang print à

sortir de ces plaie, duquelle les chiens se sont soullés, et en ont tant mangiés qu'ils en eurent asseis. Puis quant ilz furent bien soullés, se couchèrent de costé luy. Et quant le vespre fut venus, il accomence arrière à plovoir et se levait grantbruj'ne, tellement que le duc ne veoit ne chaisteaulx ne maisons, et ne sçavoit où il deust reparier, ne aller ne venir. Alors il ç'est essut soubz vng gros tremble foullus, et illec fut le noble duc follement logiés et hostellés. Or avoit il vng fusyc, car tousjours en pourtoit vng, en quelque part qu'il aillit, et d'icelluy il fît du feu. Puis ait corneis par trois fois son corne d'ivoire pour ses chiens rassembler. Mais se fut vne piteuze cornée pour luy, car par icelle morut le noble duc, comme icy après vous serait dit.

Cornent le forestier et garde du bois vint à son du cornet et espiat le noble duc, puis si le allait noncier à Lans en Lanoy, le cuidant dire à Fromont, et cornent il le dict à son seneschault, lequel incontinent y envolait VII paillairs malvais garsons, pour pugnir le meffaict, avec lesquelx se accompaignait Tbiebal du Plaiceis, le nepveulx Fromont, par lequel vinrent molt de maulx depuis.

Or vous lairay à parler du noble duc et de tous ses serviteurs, et vous diray du forestier et garde du bois, lequel, incontinent qu'il eust ouy le cornet d'ivoire ainssy doulcement sonner, pas aprez pas ce aprouchait du lieu et de loing print le duc à espier, car nullement n'osait aprochier près, ains tantost se partist du lieu et s'en vait à Lans proposant le anoncier et dire à Fromont. Mais Fromont estoit alors à son mangier, par quoy il ne l'osait troubler. Cy s'en vint cellui forrestier le conseillier en l'oreille du seneschault, disant ainsi : « Sire, fait il, là embas en la forrestz ay trouvés le plus bel homme que jamais je vis et le mieulx accoustreis et montés pour vng braconnier, lequel toutesfois ait tués vng porc sangles sus la seigneurie de mon maistre et se gist auprès du porcque auvec trois chiens auprès de luy. Venés, sire, dit il, et luy ostés son cheval et son cornet d'ivoire, et qu'il soit du melîait pugnis ». De ces nouvelles fut le seneschal tout resjois et de joie qu'il en eust le corust embrassier et baiser, disant : « Fouristiel, mon amis, vous soiés le bien venus. Car vous vous prenés près de pourchasser mon

honneur et mon proffit, et très bon grey je vous en sçay. Et vous prie, dit il, que vous faicte tousjour aincy ». — Voluntier, sire, respont le fourrestier, mais pensés que seulet je n'yrait pas, car troup est à craindre et à doubter. — Lors resgardait le seneschault entour de luy et appellait vii. paillars malvais garsons, ausquelx il commandait et dit, que se il estoit trouvé homme qui en rien leurs eussent meffais, qu'il fut incontinant prins et pugnis. « Et s'il se deiîent c'on le tue, car en toutes court vous en seray garent, et faitte le sur mes péril ». A ces parolles arrivait Thiebault du Placeis, qui estoit nepveulx à Fromont, oyant les parolles du forestier dict que luy meyme iroit droit en personne avec les vii paillars, et promist ledit Thiebault, que se par luy estoit rencontrés, que malz seroit la venue pour luy. Et ainsy fut leur aliance faicte sans le sceu dudit Fromont, ne de Fromondin son filz, car de tout ce rien n'en sçavoit. Si se parte en la malle heure et s'en vont jusques au bois, comme nous dirons tantost après. Par quoy moult de mal sont advenus depuis.

Cornent Thiebault et ses complices arrivèrent en la forest oii le duc estoit et des parolles qu'ils eurent ensemble, et coment le forestier le cuidait saxir par le collet, dont il fit que fol, comme ijcy après vous serait dit ; parquoy Thiebault, du deuil qu'il en oit, avec cez complice, se lancèrent tous septz à luy.

Après ceste alliance ainsy faicte, comme cy devant avés ouys, se partist ledict Thiebault luy et ses complices, et tant ont cheminés en la conduicte du forestier, que là, où le duc estoit gisant, sont arrivés. Et de loing le trouvèrent que le duc avoit l'ung de ses piedz dessus le porc et trois de ses chiens entour de luy. Mais quant ilz le virent, grandement s'en esmerveillerent, et n'y avoit cellui le voyant aincy bien acoustréset vestus, qui n'en fut esbahis. « Or je vous promès, ait dit Thiebault, que est vng leire venus d'aultre pays, qui est tout faict et coustumier de desrober la venoison. Pour ce, dit il, s'il vous eschappe, vous serés tous meschans gens et de petit pris ». Lors tous à vne voix se escrierent et devant et daiere, disant au duc ainsy : « Es tu veneur, dis nous que si te sies sus le porc? Mais qui te donnait congié du porc occire, ne de le chasser en ce pais? Car ceste forest est à XV personnes,

de quoy la seigneurie en apparthient au viez Fromont. Par quoy tantost tu en serais loié et pugnis, et te serait monstré ta follie de ce que ainssy ais en l'ancontre de Fromon mespris ». Lors se levait le duc et dict : « Hé Dieu, dit il, qu'esse que vous dictes? je vous prie, ou nom de Dieu le tout puissant, que ne me faictes point d'oultraige, ne aulcuns desplaisir ; car je suis chevalier de non et d'airme ; et se de rien je ay meffaict au viez Fromont, très volentier l'en feray droict et raixon, au dict des barrons et gens de bien de sa court. Et se vous doutés de moy, ce dit le duc, mon frère le Lorrain Guerrin me vanrait ostaigier, ou Aubry mon nepveulx, ou le Roy meyme, s'il est besoing ». Puis entre ses dens ait dict : « Or parlé je bien comme laiche et roscais ? de moy tant humillier envers ces merchant chetis. Car Dieu me confonde, se pour eulx six je me rens, que premier ne me soie bien vangiés, et que ma chair ne leur vende bien chier ».

Comment Thiebault, le maulvais murtrier et ses complices ont inhumainnement frappeis le noble duc, et coment, depuis qu'il estoit mort, plusieurs coups luy ont donneis et murtris, et puis l'ont couchiés dessus des feulles, et illec au bois ilz l'ont lessiés avec ces chiens, qui ce gisoient après de lui.

Coment grant dueil fut menés en la salle pour la mort du forestier et des aultres qui furent tués au bois, comme cy devent avés oy.

Coment le conte Fromont vint en la salle veoir quel huttin ses gens menoient et se corressait très fort, et comment il volt sçavoir la vérité du faict, et les contraindit de aller querrir le corps du noble duc, pour veoir s'il polroit estre cognus, et coment ses chiens ne le volrent jamais abandonner, et des parolles qui furent dictes en la salle, tant par gentilz, comme par villains, touchant la beaulté d'icelluy corps.

Coment après ce que le corps du noble duc fut empourteis, comme avés oys, le conte Fromont s'en aprouchait et le cognut, par quoy il menait un merveilleux dueil, et plussieurs complaintes en fit; et coment Menancier s'en excusoit, disant que ces maulx avoit pourchassié Thiebault, son cousin ; aussi comme ledit Fromont fit abillier ledit corps et préposait de reparer l'offence à son povoir envers le noble duc Guerrin de Mets.

Coment le joune Fromondin et Guillaume sont arrivés en salle, lesquelx de tout cecy rien ne sçavoient, et coment, après ce que ledit Fromondin fut du fait bien advertis, volloit c'en envoiait Thiebault à Mets au duc Guerrin

pour en faire la justice, se n'eust esteit Guillaume qui le destornait, et des piteulx regrès que ledit Fromondin pour la mort du noble duc Baigue de Bellin en fist.

Coment Fromont mandait tantost l'abbé de Amant, lequel, quant il fut venus, se esmerveillait fort voiant le grant luminaire entour ce corps, et coment, aprez ce qu'il fut advertis que c'estoit son parans, le duc Baigue de Bellin ait dit plussieurs injures au conte Fromont, pensant qu'il eust commis ce fait, de quoy le conte eust pascience et humblement se excusait à luy ; puis fut mis le corps en bière, et, en la conduicle du bon abel et de plussieurs chevaliers et escuiers, au chemin de Mets se sont mis.

Coment, après ce que Rigal et ses compaignons eurent actendus tout le jour après le noble duc, leur maistre, et que la nuyt fut venue, ilz menèrent grant dueil et se firent conduire par Barengier, leur hoste, par la forrest pour le quérir, et coment ung moinne de Sainct BeUin leur en dit nouvelles et chevalcherent tant en cornant et bucinant, que Fromont qui cstoit à conduire le corps les entendit venir, mais, doublant de sa peau, s'en retournait arrière en sa maison, et là se fit refortiffier et bien garnir.

Coment Bairengier renconslrait le bon abbel avec la bière, de quoy se esmerveillait fort, aussi fit Rigal et tous les aultres, et du grant dueil que menait ledit Higal, luy et ses compaignons, quant du faict furent advertis.

Coment le vaillant Rigal se fit secrètement conduire le chemin de Saint Lis par Bairenger. son hoste, et fit tant qu'il vint à Paris anoncer ces nouvelles à la Royne, laquelle en démenait grant dueil, et coment d'illec s'en allait à Orliens et contait tout le faict à la noble damme Hellevix, puis passait Bourges et vint à Biais, et illec fit son armée et fortifficr le lieu ; et coment de là s'en allait à Bellin, oii il trouvait damme Beaultris, à laquelle il cellait partie de son fait, et des paroUes qu'elle eust avec luy.

Coment après ce que Rigal oit parlés à la damme Beaultris, il se partist et s'en allait au Plaiseis, chiez Hervei,son pere, auquel il contail tout lefaict, de quoy il menait grant dueil et fit grosse assemblée; et coment, à larequesle de Hellevix, le duc Harvaisd Orliens et Joifîroy l'Angevins firent pareillement leur armée.

Coment Rigal luy et son armée se joinderent avec Harvais et ses gens, et s'en allèrent devant Bourdeaulx mettre en embûche, et de la pitoize mellée

que illecsefit, en laquelle morurentà ce jour plussieurs grans personnaiges tant d'un cousteit que d'autre, comme cy après serait dit, et des parolles rigoreuses que ledit Rigal oit à Aime de Bourdeaulx touchant le faict de celle guerre, dont il n'estoient point advertis.

Des grans maulx et dommaiges que Rigal fit sus la terre de ses annemis en vangeance de la mort du noble duc ; et cornent on fit le service de Thion et de Forcon, et aussi comme Rigal mist le siège devant Vaimble.

Coment le jour de Sainct Estienne le bon abbel de Amant avec ces gens arrivèrent en la cité de Mets, portans le corps mort du noble duc, et du grant dueil que en menait le duc Guerrin, quant il sceut la mort de son cher frère, et comme il menassait ledit Fromont, de quoy l'abbel l'en excusait, et se thint le noble duc au conseil de Gilbert, son jeune filz.

Coment, par le conseil du duc Guerrin, le corps mort fut menés à Bellin, et lui acompaignait le bon abel, et du dueil que la Royne en fit ; aussi coment Rigal print le chaisteau qu'il avoit assis, et du grant dueil que menait Beaultris la belle, volant la face de son cher seigneur taint et norcie, et à poc ne morut de doleur, et des parolles qu'elle et Hernauldin son filz oirent avec le noble duc Guerrin.

Comment, après ce que le corps du noble duc fut enterreis et mis soubz la lame, arrivait le preux Rigal, luy et son armée, tenant grant gravité et contenance, et des parolles qu'il eust au duc Guerrin de Mets, et coment il volt de rechief veoir son bon seigneur et maistre, le preux Baigue de Bellin ; aussy coment le noble duc Guerrin leur commendait les trives à tenir, èsquelles Rigal ne volt estre comprins.

Coment après ce que tout fuit faict et eschevis, ainsy comme cy devant avés oys, le bon abbel print congiè du duc Guerrin de Mets ; et coment quant le conte Fromont sceut la venue dudit abbel, incontinant s'en allait parler à luy, et des devises qu'ilz eurent ensembles, comme cy après poirés oyr.

Coment la paix eust esté faicte, se n'eust été le conte Guillaume de Blancafort, qui destornait la chose, de quoy le bon abel fut moult marris et en eurent plussieurs parolles ensemble, comme cy après vous serait dit ; et coment, à la prière dudit abel, Fromont promist de s'en venir à Mets et de faire tout son debvoir, comme il avoit promis.

Cornent le noble duc Guerrin de Mets mandait tous ses amis, et des belles remonstrances qu'il fit à Beaultris la duchesse et à ses deux enfîans Hernault et Gerin, et parreillement à Gilbert, son propre filz; aussy coment il parlait, oyant tous, au conte Fromont touchant le faict de la paix, en la manière que ledit Fromont luy avoit rescript, et coment ledit Fromont se excusait sus ses amis, de quoy le duc fort se corressçait et le fit widier de ses terre et pays.

Coment Guillaume de Blancafort, que Dieu mauldie, délivrait Thiebault et ses complices, durant que Fromont estoit à Mets; et coment le noble duc Guerrin mandait quérir tous ses amis et parans, ausquelx il contait tout le faict de la mort du duc Baigue, son frère, et aussy leur dit et desclairait qu'il voUoit faire chevallier Gilbert, son filz.

Coment l'enfant Gilbert et plussieurs aultres furent meneis à Paris devers le Roy, et coment le Roy le fit chevalier, et de la feste et joie qui fut ce jour faicte pour l'amour des chevaliers nouveaulx.

Coment Bernard de Naicil et l'evesquc Lancellin de Verdun conspirèrent contre l'enlfant Gilbert et Je cuyderent faire tuer et murtrir sur le chemin, et coment la Royne, qui de ce fut advertic, mandait tout le faict à l'evesque Henry de Chaallons, pourquoy les barrons rctornerent par aultre voie, et de la feste et joie que fust faicte à Mets à leur venue.

Coment le noble duc Guerrin de Mets, et aussy Fromont de Lan, accompaigniés de plussieurs de leurs amis, se trouvèrent à Paris devant le Roy sans intention de faire paix, et du malvais conseil que donnait Guillaume de Mouelin, de quoy se esmut ung grant huttin en la salle, comme vous oreis icy après ; et aussy, coment à la requeste de la Royne, les trêves furent mises pour VII ans durans par le greis des deux parties.

Coment Hue de Cambresin, Gaulthier son frère et le vaillant Rigal ne volrent point estre comprins en celle trêve, et cornent Rigal en eust plussieurs parolles contre son pere, et luy fut donné or et argent pour s'en aller guerroier hors du pays.

Coment le preux Rigal fit son armée et s'en vint à Orliens, là où il trouvait Harvay, son parent, et plussieurs aultres, lesquelx luy firent ung beau recueil, et luy ont livré IIII'"' chevaulx en son ayde ; et coment de là il s'en vint à Paris, là où pareillement la Royne luy donnait ayde d'or et

d'argent, pnis s'en entrait dedans Cambray, en laquelle il fut receu benignement dn conte Hue et de ses gens.

Cornent le comte Hue fit grant feste de la venue Rigal, et cornent ilz entrèrent ou pays le conte Fromon, auquel ilz firent du mal sans nombre ; aussy coment, devant la ville de Lans en Lanoys, il y oit merveilleuse battaille dudit Huon et de Rigal en l'encontre du conte Fromon et de ses filz, là où plussieurs y furent mors et tués, comme en lisant vous trouverés.

Du grant dueil que fut menés à enterrrer les mors, souverainnement de Huon, le seigneur de S* Quentin ; et coment le conte Hue de Cambresin, luy et Rigal, ont le feu boutés à Lans et s'en vont destruisant tout jusques à Saint Quentin en Vermendois, devant laquelle y oit grosse escarmouche, là où ledit Hue fut quasi prins, et fut abatus Guillaume de Mouelin ; aussy coment, après plusieurs maiz fait en l'entour de Quentin, ç'en sont allés levant la proie, et après ce fait tornait arrière chascun en son pays.

Coment Foucquerel, filz à Bernard du Naicil, saichant le despart du preux Rigal, assemblait plussieurs de ses amis, et s'en allèrent tendre sur luy; et coment, auprès de la ripviere, y oit grosse escarmouche, là ou plussieurs furent occis, mais ledit Rigal gaingnait le pas, et fut Foucquerel tout desconfis et s'en alla Rigal à Chasteau Thierri, et d'illec parler au Roy qui estoit à Paris.

Coment Rigal comptait au Roy, et pareillement à la Royne, tout le faict de celle entreprinse et du dommaige qu'ilz avoient fais au pays Fromont, et coment Foucquerel le vint assaillir à son retour ; de quoy la Royne fut bien joieuse de ces nouvelles ; aussi coment ledit Rigal s'en entrait en Barris luy et ses gens par l'aide de Aubry, de Huon du Mans et de Hervais, et y oit illec par devant Bourges grosse escarmouche et firent du mal sans nombre au plain pays.

Coment à Montlaon thint le Roy court, là où se trouvèrent plussieurs des parens Fromont, entre lesquelx vint Emorains de Coinsi, lequelle se complainda au Roy de Aubry le Bourguignon et ses amis, qui donnoient aide au preux Rigal ; de quoy grant liuttin s'en esmeust dedans la court, et coment ledit Aubry en cuydat tuer Guillaume, et en le cuidant ferrir, ait tués ung aultre chevalier estant auprez de luy.

Cornent Rigal retorna de rechief dedans Baril, et y fît du mal beaucopt, car il ait assaillis Burges et en print les bourgs, lesquelx furent tous robés etars; puis s'en retorna devers son perc ; et aussi cornent, à la requeste de la royne, Hernault et Gerin, et plussieurs aultres furent fais cbevaliers, et puis furent envoiés à Mets devers le Lorrain Guerrin, leur oncle, lequel les recuillist à molt grant joie, comme en lisant vous trouverés.

Coment Rigal s'en alla ou Vault Parfonde destruisant ses annemis, et du messaigier qui vint de Mets, lequel aporta des bonnes nouvelles du duc Guerrin ; et comme, pour la joie que. ledit Rigal en oit, il fit une grosse armée et s'en alla devant Bourdeaulx, là où se fit grosse battaille, en laquelle morut Garnier, son frère, et plussieurs aultres de leurs amis.

Coment quand le villain Hervey sceut les nouvelles de la mort de Garnier, son filz, durement se print à lamenter, et du despit il se arma et s'en alla ferrir en la niellée, et coment à sojj venir, plussieurs y furent mors et tués, et firent recuUer leurs annemis dedans Bourdeaulx, aussi coment Beraus, son autre filz, y fut navré à mort, et du grant dueil que Andegon, leur merre, en fist.

Coment Beraus, le filz Helie, fut envoié à Blancafort, dire ces nouvelles au duc Aimes de Bourdeaulx et à Guillaume le Marquis, de quoy ledit Aimes, de dolleur qu'il en oit, en chcust pasmés ; et coment Guillaume le reconfort, et donna le conseil de atirer le Roy de leur partie, et s'en alla ledit au Roy pour lui porter plusieurs prcsens, par lesquel fut ledit Guillaume en graice, et coment pour ce faict y oit plussieurs parolles entre luy et la Royne, de quoy le Roy se corressat et donna à la damme dessus le ncfz.

Comment la Royne toute esmeute et correscée s'en entra dedans ses chambres et plussieurs lettres fit escripre à ses amis, leur signifiant la trahison dudit Guillaume, et cornent, à la requeste d'elle, le duc Guerrin de Mets, accompaignié de Hernault et de Gerin, s'en allèrent tendre sus le chemin par où Guillaume dcvoit passer, et auprès de Monleheiy, auquel lieu fut le dit Guillaume tué, luy, et Thiebault et plussieurs aultres, de quoy moult de malz avindrent depuis.

Cornent le noble duc Guerrin en fit pourter Guillaume à Lans, affin que Fromont le veit et ses amis, et y conquist le duc grant buttin ; et comment Bausellin le Chamberlain contet au Roy tout le meschief, de quoy le Roy fut tant dollent que plus ne polt ; aussy coment, pour ce mefFait, il fit saisir toutes les terres aux jounes enfîans, par quoy grant parolles se esmurent entre le Roy et la Royne, comme en lisant vous trouverés.

Coment le noble duc Guerrin, après ce qu'il eust chiergé le buttin, se mist en voie droit à Gascongne, et bouta dehors de ses chasteaulx ceulx que le Roy y avoit envolés ; et puis il assembla une grosse armée, de laquelle fit plussieurs dommaiges aux annemis ; et coment ceulx qui estoient garde d'icelles places s'en retornerent devers le Roy, lequel les voiant fut bien embahis, et en eurent le Roy et la Royne plussieurs parolles ensembles; aussi coment Rigal fit aux jounes cnfTans grant joie, et firent de Gascongne tout leur volloir, et puis le siège devant Bourdeaulx ont mis.

Coment le viez Gascon fit tant par ses journées, qu'il arriva alans atout le corps du feu Guillaume de Blancafort, frère à Fromon ; pour lequel fut démené grant dueil dudit Fromon et de ses gens ; et coment, après plussieurs parolles, fut livré grant armée à Fromondin, et oit ledit cherge de celle guerre pour se vangier du duc Guerrin, et coment ilz firent du mal beaucop et sont entrez en Cambresin.

Coment le jeune Fromondin luy et ses gens firent grant dommaige en Cambresin, et coment ilz vinrent mettre une embûche devant Cambray, là où fut rencontré et enclos le conte Hues ; et coment à Fromondin en print pitié et le conte print à mercy, mais Bernard comme traistre vint par derrier et fendit la teste au conte, dejDuis qu'il se fut rendus et desarmés, de quoy moult de irtaulx en vinrent depuis.

Du grant mal et dommaige que Fromondin fit en Lorrainne et parmei le pays de Mets, et coment ceulx de la cité envolèrent ung messaigier au duc Guerrin devant Bourdeaulx, là où il estoit au siège, comme cy devant avés oys, et coment après ceu, le noble duc ordonna de ses besongnes devers Bourdeaulx et s'en retorna devers Verdun avec la plus part de son armée, là où en allant, ilz firent du mal beaucop sur la terre aux annemis.

Cornent les nouvelles vindrent au vielz Fromon que le duc Gueirin et Olris l'Allemant et plussieurs aultres faisoient grosses armées, et cornent estant Guerrin au Nuefchaistel luy vint nouvelles que le Roy de nowiaulx avoit faict saixir toutes les terres aux jeunes cnffans, par qùoy luy et plussieurs aultres allèrent assaillir le chasteau de Naicil dessus Bernard, et fut ledit chasteau prins, brullé et tout dcstruit; puis, conicnt après ce fait, ilz ont prins Fou et Sarmaixe, et ont fais du mal hcaucopt dessus la terre de Lancellin.

Cornent le noble duc Guerrin de Mets mist ses gens en ordonnance, et sont aprouchiez près de Verdun, et comcnt, quant Fromon en fust advertis, il arma luy et les siens et sont sortis dehors aux champs, et'de la cruelle et piteuse ])attaillc qui fuit illec devant Verdun, en laquelle morurent plussieurs nobles hommes, comme cy aprez oyrés, nommé premier Focquerel, le filz Bernard, Gondeffroy, Thierry d'Aulsa}', Pieron de Mets, Baudowin d'Amiens, Gérard du Liège, Olris l'Allemant et plusieurs aultres, comme cy aprez trouverés lisant.

Cornent le duc Guerrin de Mets, en vangeancc du conte Hue, fit trenchicr la teste à Auciame et l'envoia au viez Fromon, et coment ledit Fromont et ses aidans furent mis en chasse, et dedans le bourgs de Verdun y oit grosse escarmouche, là où plussieurs furent mors ou prins ; après, cornent Fromon demanda trêves, lesquelles luy furent refusées, et firent enscpvellir les mors et d'un cousté et d'aultre, comme cy aprez vous sera dict.

Coment cculx de Mets envoierent grant nombre de gens au secours du duc Guerrin, et de la joie que le vaillant duc en oit, et fil ce jour donner l'assault, et avec ce promisl de donner plussieurs beaulx dons à celluy quy premier entreroit dedans Verdun ; et coment, aprez plussieurs beaulx coups donnez et ressus les ungs aux aultres, ilz sont entres en la cité, et cornent Gilbert, le conte Guillaume et Fromondin furent abatus emniy la rue à terre, et furent de leur vie en grant dangier.

Coment le bourgs fut pillié et robbé, ars et brullé, et emmené tout le bultin, et y conquesta gramment le duc Guerrin, et du grant dueil que mena Fromon le conte, voiant Fromondin son filz ainsy navré ; et aussi de son

pays ars et gastez, pour lequel il fit plussîeurs regretz, comme en lisant vous trouverez.

Coment le noble duc Guerrin retorna arrière en ses hauberges bien joieulx de la victoire, neantmoins qu'il eust du dueil beaucop pour l'amour de ses amis mors, et des devises que eust ledict Guerrin, avec Gilbert, son filz, lequel donna conseil au duc son pere de marier la fille le conte Hue de Cambresin, et fut par ce conseil ensemble de assegier Mouelin, et firent de mal beaucop au plain pays ; d'aultre part vint en leur ayde et assembla grant gens Gaulcher l'orphellin.

Coment les nouvelles de celle guerre en sont venues en France, tant au Roy, comme à la Royne, et se enquiert le Roy de tout le faict de la battaille, et aussi fit la Royne, de quoy ilz heurent plussieurs devises ensembles, comme en lisant vous trouverés.

Coment Gaulchier l'orphellin avoit faict grant assemblée, et si ont passez l'Escluse et faict beaucop de mal sur la terre aux annemis, entre lesquelles fut Douay prinse et pillée, puis fut brullée et mise en cendre ; et coment le conte Fromon envoia en Angleterre quérir aide, et coment le duc Guerrin de Mets s'en retorna en France, luy et ses gens, et ont mis le siège devant Malcon en Bourgongne, mais pour auculne nouvelles ilz lesserent leur entreprinse pour celle fois pour secourir à leur amis.

Coment Gaulchier l'orphellin entra de rechief dedans le pays Fromon, auquelle y firent du mal beaucop ; et coment Fromon avec seis gens leur vint encontre à une lieue de Vallancienne, ou lieu c'on dit ou Val Bruiant, et illec y oit dure escarmouche ; car par Guillaume de Mouelin y fut abatus Millon de Laverdun, et coment à la rescousse y oit fiere mellée et torna le pire dessus Fromon, tellement qu'ilz se sont mis à retour, et gaigna Gaulchier ung bon butin, car plussieurs prisonniers y furent prins.

Coment ledit Gaulchier envoia ung messaigier en France devers le Roy et la Royne pour leur conter de ces nouvelles, et parreillement en envoia au duc Guerin et à Aubry, eulx estans devant Biaugey, et à iceulx conta le messaigier très tout le faict de la battaille, et coment Biaugei fut prinse.

Coment le noble duc Guerrin, luy estant dedans Dijon, print conseil au

duc Aubry de ses affaires, et cornent il se mist en voie à petite compaignie pour aller parler au Roy, proposant de livrer Mets en ses mains, et envoia Hernault et Gerin, ses deux nelpveux, avec les aultres à Mets, lesquelx, en s'en allans, ont trouvé Fromon luy et ses gens qui avoienl assegié Asprcmonl, et cornent ilz s'en fouyrent à Verdun, quant ilz sceurenl leur venue, puis cornent les armées se sont deffaictes, et retorna chascun en son pays.

Cornent le noble duc vint à Paris, et illec ne trouva pas le roy Pépin, car il estoit à Chaallons ; si s'en partit incontinant le noble duc, et fit lant que en brief terme vint à Chaallons, et comme le Roy fit de luy peu d'estime, de quoy plussieurs rigoreuses paroUes s'en ensuivirent entre eulx deux, desquelles la Royne fut bien marie, et coment elle donna au noble duc plussieurs beaulx dons, comme en lisant vous trouverés.

Comment le duc Guerrin se partist du Roy sans congié prcnre et s'en vint tout droit à Mets, et coment, par le conseil du duc Aubry, il alla à Collongne vers Anseis, et fut ressus en grant honneur ; et luy donna le roy Anseis or et argent à grant puissance, pour aidicr à maintenir sa guerre par tel que le duc luy mest Mets entre ces mains, puis la reprint dudit roy Anceis en fiedz et hommaige et son homme en devint.

Coment, par l'aide d'Anseis roy de Collongne, le duc Guerrin fit grosse armée et assembla jusques au nombre de XL mil hommes, avec lesquelx il entra au pays de Lanccllin, de Guillaume et de Fromon, et fit du mal sans nombre, tant à Vermendois, à Peronne, en Flandres, à Poriti*, et à Beuille, (1) et jusques à Boullongne sus la mer, et en plussieurs aultres lieux, comme en lisant vous trouverés.

Coment le duc Aubry vint logier sur Sainne, et cust le Roy grant peur, tant de luy que de Guerrin, et coment la Royne fit la paix, et rendit le Roy audit Guerrin toutes les terres et seigneuries que cy devant avoi.t saixis, et fit audit Guerrin grant feste et joie, puis s'en alla à Bourges et la dcstruit, et print Bourdeaulx et la pilla, et fit encor du mal bcaucopt, comme en lysant vous trouverés, puis s'en retorna en arrière à Mets, et tous les aultres en leur pays.

(1) Abbeville.

Icy commance le thîer livre du noble et vaillant prince le Lorrain Guerrin, lequel gisi tout enthier en ung sercuel de pierre en la grant esglise de la cité de Metz, comme ci devant a esté dict.

Cornent, dejîuis ces guerres ainsy menées, le noble duc fut l'espace de trois ans an sa bonne cité de Mets à repos, sans mener guerre ne huttin à voisin qu'il eust, lesquelx durant, fit reffaire et repparer plussieurs places et fortes maisons, que durant ces guerres on avoit destruitz, èt coment ledit Guerrin devint fort devolcieulx et print la croix pour aller en Jherusalem, et volt faire paix à ses annemis, lesquelx furent mandés, et se trouvèrent tous près de Mets en ung lieu nommeis Genivaulx, là où le noble duc y alla bien simplement et à ^jetitte compaignie.

Coment, après ce que les parties se furent trouvées ez fons de Genivaulx, le noble duc Guerrin parla en toute bumilité, et des parolles orguilleuse que luy dit son compère Guillaume de Mouelin, et coment, aprez plussieurs parolles, ledit Guillaume tua sans cause et sans raison le waissal au duc Guerrin et des parolles qui en furent, comme cy après sera dict.

Coment le noble duc, congnoissant la malvaise volunté de ses annemis en toute bumilité parla beau, et s'en cuida de fouyr, mais ilz le firent entrer dedans l'embûche, là où il fit merveille de soy deffendre ; et coment lui voiant sa malle fortune fist sarlver (sic) ses filz et ses nepveulx, et s'en retorna à la chappellc, en laquelle l'evesque Lancellin de Verdun luy donna le dernier coupt, de quoy le noble duc piteusement mourust ; aussi coment ung de ses maire et officier luy coppa le bras et l'emporta avec luy.

Coment l'enffant Gilbert, Gerin et Hernauldin vinrent en la chappelle, là où ilz trouvèrent le corps du noble duc piteusement mors et murtris, et du dueil qu'ils firent, et coment ilz l'apportèrent à Mets, par quoy grant dueil fut démenés par les bourgeois de la cité souverainnement de Beaultris et Aelis les deux suiers, lesquelles ont démenés tel dueil que dedans deux jours morurent,et furent enterréez ensemble en ung meisme sepulclire et monument.

Comment l'enlfant Gilbert se desconfortoit et volloit abandonner la cité et le pays, se n'eussent estez les citains d'icelle,qui lui ont donnés confort et

C iitnctxt le nol'lc dwc Connrm s m rctoitrna a la cl)a-pollc Of ômxvaur en laquelle levestfae Lcmcellin dt Vrvihxn luij Cotnia le Octnier cmipt

ayde avec ses amis, qui le réconfortèrent et aidèrent, et cornent, par leur aide, il fit une grosse armée, et abatist Dieulevart sur l'evesque Lancellin et Mouelin sur Guillaume, puis rclorna chascun en son pays.

Comment ung jour bien tost après, une cspie vint nonccr au joune duc Gilbert, luy estant à Flaveignei, que l'evesque Lancellin debvoit chasser ung porc à petite compaignic, et cornent ledit Gilbert accompaignié luy X*", s'en alla toute nuyt jusques au cler, tant que il vint en ung lieu nommé Merbuechamps ; là a trouvé Lancellin, lequel fut chassie, prin et deslrenchié, et ses membres tous dcscoppcs et mis parmci les champs, comme en lisant vous trouvères.

Coment les jounes enfTans s'en allèrent en F"rance, tant pour parler au Roy, comme pour aidier à Rigal leur parent, cl coment à la requcste de la Royne, le Roy les rethint de sa maisgnie, el leur donna offices et gaiges, el coment les nouvelles de la mort de Lancellin vinrent aux orreillcs de Fromon et Fromondin.

Coment le gentil Rigal, avec son pere et ses frères, firent une grande feste, pour l'amour du duc Gilbert, qui estoit sencscbal de France, en laquelle ilz firent plussieurs chevaliers nouveaulx, et coment, de joie qu'ilz en eurent, ilz assaillirent Bourdeaulx, et y oit grosse niellée, en laquelle furent tués le conte Aymon, frère à Fromon, et Bouchair, leur oncle, avec Hardowin, son iilz, et coment Fromon fit son armée et vint au secours de ses amis, et de la complainte qu'il fit, quant il trouva son frère mort avec les aultres ses parents Bouchair et Herdowin.

Coment, au conseil et à l'aide de la Royne, le jeune prince Gilbert fit une armée, laquelle il mena en Flandre, et assaillit Lans en Lannoy ef firent du mal bcaucopt, et coment, à l'aide de Aubry, du duc Millon et plussieurs aultres ses amis, il fit grant desroy au pays de Vermendois et se rendit Aliame à luy et se mist du tout à sa mercy, puis ce faict, retornerenl arrière en France, comme en lisant vous trouverés.

Coment le joune Guerin, filz à Guillaume de Mouelin, fut fait chevalier nouveau, et de l'embûche que mist Rigal et Morant son frère devant Bourdeaulx, et coment le joune Guerrin saillit aux champs, luy et Guillaume,

son pere, et Fromondin, et plussieurs aultres, lesquelles furent tous desconfis.

Cornent Rigal envoia Mourans à Montagus, et avec luy plussieurs gens d'armes, et cornent Guillaume de Mouelin, qui de ce fut advertis, les fit espier, et s'en allèrent, luy, Fromondin et Guerrin, son filz, et plussieurs aultres, mettre en embûche devant la place, et illec y oit grosse escarmouche, par quoy, aprez plusieurs vaillans fais d'armes que ledit Mourans y fit, y furent tués XXXVI de ses hommes, et luy y fut mortellement navrés et se saulva en sa maison.

Coment par le conseil de Rigal, envoia Hervei son pere ung messaigier vers la Royne en France, pour faire venir Gilbert et ses nepveulx au Plaiceis ; et coment la Royne parla au Roy, et fit tant par sa praticque que Gironville fut rendue aux trois enffans, et comme ladicte Royne fit tant encor envers le Roy qu'elle mist Fromon en malle graice.

Coment Gérard fit tant par ses journées qu'il arriva dedans Rourdeaulx, et illec a fournis tout son messaige devant Fromon, lequel, après ce qu'il l'eust oy, volt tuer ledit Gérard, et coment Gérard se revencha et puis s'en fouyt hors de la ville jusques au Plaiceis ; aussi coment le villain Hervei lui donna secours avec Rigal et plusieurs aultres.

Coment le conte Fromon manda ses gens de toutes parts et secrètement vint à Paris et entra dedans le pallais sans le sceu du Roy; et coment, quant il le sceut, il oit grant peur, et aussi, coment ledit Fromon se présenta devant luy sans luy porter aulcune honneur, ains de faict l'injuria luy et la Royne, de quoy la dame se corresça et donna audit Fromon sur le visaige, et du huttin qui en avint.

Coment peu de temps après s'en alla le Roy à Orliens, et fit tant la Royne par son pourchais que le fort chasteau de Geronville fut rendus aux trois enffans, et aussi toute la terre de Blaines, qui fuit au duc Baigne de Bellin; puis coment les trois nepveulx ont assaillis Bourges dessus Fromon, et coment ung des parents audit Fromon s'entremist de faire destrenchier et mestre à mort le duc Gilbert à Geronville par Foucliier le chastellains et par ses XIIII filz.

Cornent le duc Gilbert, avec ses deux nepveulx et avec Aubry le Bourguignon et plusieurs aultres, conclurent d'envoier devers Rigal dire ces nouvelles, et cornent ledit Rigal vint à Gironville, et furent leurs forteresses bien garnies; et puis cornent ledit Gilbert s'en alla avec aulcuns de ses amis prenre Morlans dessus Fromon, puis sont retornés au Plaiccis.

Cornent, quant Fromon sceut les nouvelles de la prinse de Morlans, il eust conseil avec Guillaume de se tirer en Vaull Parfonde, auquel lieu furent assegiés de Gilbert et ses nepveulx ; et avec eulx estoit le preux Rigal, lequelx fut tués à l'assault d icelle plaice ; et cornent, pour la mort dudit Rigal, fut levés le siège, et s'en retornerent arrière en leur hostel.

Du grant dueil que mena le villain Hervei, et dame Audegon, sa femme, pour la mort de leur filz; et coment, après le dueil passé, ilz eurent conseil tous ensemble d'aller assaillir Bourdeaulx; là y oit grosse battaille, en laquelle morurent des gens Fromon plus de vu*" hommes, et y furent navrés le conte Guillaume et Guerin, son filz, et Fromondin fut abatus et en grant dangier de mort, et perdirent la battaille, et coment le villain Hervei devint moine et morut da[me] Adegon, et tantost après se sont les armées toutes desparties.

Des grans maulx et dompmaiges que fit le conte ^Vomon sur la terre de Gilbert, et ne demoura audit Gilbert que Gironville, que tout ne fut ars et bruUé, et de la force, beaulté et scituation d icelle place, de laquelle ledit Gilbert faisoit souvent saillie, et coment ledit Fromon, par le conseille de Fromondin, manda de rechief tous ses amis et fit une grosse armée, avec laquelle il assegea le fort chasteau de Gironville.

Coment Fromon fit donner plusieurs assault au fort chaisteau de Gironville, et y fit plusieurs dommaiges, tant au bourg, comme aultre part, mais à la grosse tour ne au donjon ne peurent rien faire, car il y avoit tours et donjon imprenables, tellement qu'il ne craindoit engins ne assault, et coment en celle place estoient plusieurs lieu de plaisance, comme en lisant vous trouverés.

Coment, quant Fromon vit qu'il ne povoit jouyr de son entrepriiise, il manda Maurei l'enchanteur, lequel venus promist audit Fromon de luy

faire venir ses ennemis à mercy ; et cornent Fromon à sa requeste fit faire ung engins de boix devant le pont leveis de Gironville, puis cornent ledit enchanteur gecta le feu grégeois, de quoy les povres gens furent grandement espouventeis.

Coment le vaillant champion Gilbert, Hernault et Gerin, et leurs aîdans, quant ilz aperceurent l'angin ainsy subtillement faict, corrurent aux armes et saillirent dehors aux champs, et coment le conte Fromon fut surprins à son disner et s'enfouyt où il polt mieulx ; et fut l'engin ars et brullé, et le maistre qui l'avoit fait avec plusieurs aultres furent destranchiez et tués, et aussy coment Menfroy, cousin Fromon, y fut percé de part en part ; aussi fut Guion de Lans, et y oit merveilleuse battaille, en laquelle fut prins Dos le veneur et emmené au trefz Fromon.

Coment, après ce faict, Fromon eust conseil à ses amis, et moult loua la vaillance de ses ennemis, et coment Guillaume donna puis conseil audit Fromon, que s'il volloit gaingnier ses adversaires, qu'il envoia ung riche présent au roy Pépin, affin qu'il ne fut aidant au duc Gilbert, à Hernault, ne à Gerin, et coment, pour ce faire, y furent envolés Fromondin et plusieurs aultres de leurs amis, et fut alors le duc Gilbert mis hors de sa grâce en oblis.

Coment une nuyt saillit le duc Gilbert aux champs luy et ses nepveulx, et firent une escarmouche dessus le tref Fromon; et à icelle y fut prins Foucques le cousin dudit Fromon, pour lequel fut rendus Dos le veneurs ; et coment ledit Dos, luy revenus, conta au duc Gilbert tout le fait du présent que Fromon envoioit au Roy ; par quoy, après beaucop de choses, ilz conclurent entre eulx tous que le duc Gilbert partiroit secrètement et s'en iroit parler au Roy, et des paroUes qu'ilz eurent en chemin, luy et son nepveulx. le preux Gerin.

Coment le duc Gilbert, Gerin et Malvoisin ont rencontrés Fromondin venant de court, luy et ses compaignons, qui avoient porté le présent ay roy Pépin, et coment les septz contes dessus nommés furent auprès de Montbruant par eulx trois assaillis, et furent iceulx conte tellement destrenchiez et desconfis et mis en pièces, que de tous les septz n'en eschappa que Fromondin.

Cornent, quant Fromondin fut. ainsi eschappeis, comme avés oy, et qu'il vint en l'ost, ung chascun se assembla cntour de luy, mais quant Fromon son père sceut la nouvelle de la mort de ses six contes, à peu ne fut enraigis d'ire et de couroux, et coment il fit crier auz armes et donna l'assault à Gironville et des prouesses que fit Hernault ce jour, luy et les siens avec aussi les parolles deceptives, de quoy Fromon se volt aidier.

Coment le vaillant duc Gilbert, Gerin et Malvoisin ont tant chevaulchiés par leurs journées qu'ilz ont trouvés le Roy, auquel ils contèrent toutes leurs nécessitez, demandant secours et ayde, et luy firent plusieurs belles remontrances, comme en lisant vous trouvères ; et comment le Roy les reffuza du tout en les mocquant et derisent, de quoy la Royne se corresça très fort et leur promist à les aidier malgrey en aient ses ennemis.

Du conseil que Gerin donna à Gilbert, et du chevalier qui les nouvelles en dit à la Royne, par quoy elle en laissa le jeu et s'en vint parler au Roy ; et comme le Roy se corresça de ces parolles, et luy donna de son gant sur le visaige, par quoy entre luy et la Royne s'en cnsuivrent plusieurs parolles, et qucroit la Royne ung champion pour sa querelle à detTendre.

Coment en ces parolles disant que la Royne faisoit devant le Roy, sont aiTivés quatre AUemans ambaxades de Anceis roy de Colloingne, pour demander aide et secours contre les infidclles et Sarrazins qui tenoient siège devant CoUongne, et coment courtoisement les refîuza le Roy, en se excusant du secours ; par quoy mal content du refFus, sans congic prendre, s'en retornerent en leur pays.

Coment le vaillant duc Gilbert, Gerin et Malvoisin conclurent tous trois ensemble de s'en aller devant Collongne ; et pour ce faire en parlèrent à la Royne, laquelle leur donna mil hommes en cherge, et en fut Gilbert maistre et cappitainne ; et coment, quant ilz arrivèrent à Collongne, il trouvèrent le Roy triste et dollans, que ce jour avoit perdus deux de ses filz, mais auculnement fut resjois pour la venue du duc Gilbert et de Gerin.

Coment Baudesson le Chamberlain compta à la Royne tout le recueil dudit Gilbert et la beaulté d'icelluy ; et coment ycelle damme en fut en —

amorée, et aussi fut sa fille, et des parolles rigoreuses que ladicte Royne en eust en rencontre de ladicte sa fille.

Cornent la Royne faindit d'estre mallade, et manda en sa chambre secrètement le duc Gilbert, auquel elle desclaira tout son courraige, et des gracieuses responces négatives en se excusant, que le noble duc luy fit, et coment enfin la Royne lui eut fait chaingier propos par sa follie, se sa belle fille ne fut venue, laquelle moult aigrement reprint sa mere, de quoy le duc Gilbert fut bien honteux, quant il la vit.

Coment Anceis, le roy de Collongne passa le Rin luy et ses gens par le conseil du duc Gilbert, et de l'embûche qu'ilz mirent en ung recoy, et coment ledit Gilbert luy Xe s'en alla frapper dedans l'armée aux Sarrazins ; et y conquesta le bon cheval Flory , et fit tant par sa vaillance, luy et les siens, que Sarrazins feurent desconfîs et mis en fuyte, comme cy après il sera dict.

Des parolles que Anceis, roy de Coullongne, oit au duc Gilbert pour l'amour du bon cheval Florey, par quoy grant mal cuyda venir, se n'eust esté Gerin, qui pour bien se mella et en fit l'accort, et comme la belle fille de Anceis surtout fut enamorée de Gilbert et envoîa secrètement ses messaiger parler à luy.

Des parolles que Gerin dit au duc Gilbert touchant la beaulté de la fille, l'en cuydant faire énamourer, et comment Gilbert lui respondit en louant seullement la beaulté de son cheval Flory, lequel il amoit mieulx qu'il ne faisoit la fille, ne tout le remenant du monde.

Coment le duc Gilbert parla au Roy, et se partit de sa présence tout correscié, et avec ce renfuza le dit Gilbert tous les biens qu'il luy offroit pour l'amour du bon cheval Florey, et coment, à la requeste de la Royne, retorna arrière le noble duc et des parolles qu'ilz eurent ensemble.

Coment la Royne fit tant devers le Roy qu'il rendit au noble duc son bon cheval Flory, pour lequel eust moult grant joie, et coment ladicte Royne, cuydant venir à son attainte de la folle amour qu'elle avoit au noble duc, fit encor tant que la cité de Mets luy fut rendue avec plusieurs aultres pays entour, terre et seigneurie, et du noble secours qui vint de Mets, de quoy le duc Gilbert en oit grant joie.

Cornent après ce que tout fut bien appaisentés entre le roy Anceis et le vaillant duc Gilbert, ledit Anceis mist cy très fort son amour audit Gilbert, qu'il n'estoit possible de plus, et pour ce grant amour luy présenta Beaultris, sa fille, en mariaige, laquelle le noble duc reffuza, et coment Gerin si l'en reprint et promist au Roy pour luy.

Coment le noble duc Gilbert retourna en France luy et son armée, et des beaulx dons que luy fit le Roy, tant en or, en argent, comme en hommes, en chevalx et en harnois, et à despartir le conduit jusqucs à Ais la Chappellc, et coment Fromon leva le siège de devant Gironvillc et s'en vint à Orliens devers le Roy, auquel se complaindit Fromont de Hcrnault et de ses consors, et de la responce qu'il luy fit.

Coment le noble duc Gilbert arriva à Orliens et en sa compaignie quatre mil hommes, gens de faict et bien empoint ; et coment ilz y ont trouvés les gens Fromont, lesquelx par force ilz les ont fais de leur logis widier, et plusieurs leur en ont tués, et des requestes que ledit Fromon en fit au Roy, lesquelles furent rebouléeS par la Royne, comme vous oreis.

Coment le duc Gilbert s'en vint en court noblement accompaigniés, et comment il salua le Roy et la Royne et mauldit Fromon et son lignaigc ; et des parolles qu'il eust au Roy qui soubtenoit ledit Fromon, lequel avoit sa foy mentis, de quoy grant huttin se ensuivit en la salle, et j)lusieurs y fuissent demeurés, se n'eust estié le Roy qui s'en niella, comme en lisant vous serait dit.

Coment, ainsy que le Roy voulloit parler, Fromon se leva en piedz et dit au Roy plusieurs parolles, contre lesquelles replicquoit le duc Gilbert, el monstra si bien son cas que chascun luy en donna le droit, et fut dit que Fromon ne debvoit estre receu en court ; et coment, par le conseil que en oit ledit Fromon, il en présenta son gaige, lequel fut reccu du Hoy, comme cy après orez.

Coment ce temps durant que le Roy esloit allé en son conseil, Fromon et Gilbert se reprindrent de parolles ; de quoy la Royne se volt nieller ; et des injurieuses parroUes que Fromon luy dit; de quoy se rea ni ust arrière grant huttin en salle, et coment la Royne en demanda au Roy vaugeance

et en donna Gilbert son gaige contre Fromon, et des parrolles qui en advinrent, comme en lisant vous trouverés,

Coment Fromondin jecta son gaige pour combatre contre Gilbert et furent les deux battailles convertie en une, et coment Fromon par sa cautelle fit armer cent hommes d'armes, pour assommer et tuer le duc Gilbert, s'il veoient que Fromondin en eust de pire ; aussi oreis coment le noble duc gaingna les champs et rua à terre Fromondin, auquel il eust coppés la teste, se n'eust esté le conte Guillaume qui luy corrust sus avec l'embûche et fut ledit duc Gvillaume rués jus de son cheval, et malgrey eulx cschappa le noble duc de ce péril.

Coment la Royne enflemma le Roy contre Fromon, lequel, quant il en oyt nouvelles se mist en voie, luy et les siens, et emportèrent Fromondin ainsi navrez ; et comme ladicte dame fit armer de ses gens une grant multitude avec les gens dudit Gilbert, pour courrir après ; et du conseil plain de trahison que donna Goudris le Viez chenus, par quoy, se le Roy ne les eust despartis, y eust heu grosse bataille.

Coment Fromon s'en alla arrière en Gascongne, et reprint de rechiefz ses terres du roy Yon ; si renforça encor son armée, et vint remettre le siège devant le fort chaisteau de Gironville ; et coment ung jour le preux Hernault et ses consors saillerent hors en la cuysine de Fromon, et par force prindrent la viande, car ilz en avoient nécessitez, et firent ung grant desrois, puis ce faict retornerent arrière sains et saulfz dedans leur places.

Coment le viez Framon cuydoit decepvoir Hernault, et le volloit tirer aux champs pour luy trenchier la teste, et coment il lui faisoit accroire que Gilbert estoit à Collongne, là où il triomphoit et avoit espousé la fille de Enceis, roy d'icellui lieu ; aussi coment ledit Fromont volloit donner à Hernault Ludias sa fille en mariaige, moyennant que Geronville luy fut rendue, de quoy la fille, advertie de tout le fait, rescript à Hernault la trahison.

Coment quant Hernault fut advertis de la trahison, ilz eurent conseil ensemble de saillir hors au tref Fromon, auquel n'y avoit pour lors que luy XXe tant seullement, et avec eulx estoit Ludie apprestée comme pour

la donner à Hcrnault, et des parolles qu'ilz eurent ensemble, et cornent après plusieurs langaiges, descouvrit Fromon sa trahison, et y oit grosse mellée, en laquelle furent prins Gaidon et Poince, et furent retenus au tref Fronion et Ludie y fut prinse à force, et fut menée à Geronville.

Coment le viez Fromon envoia son fik Fromondin devant la porte de Geronville, luy X« tant seullement, et là y oit grosse mellée selon la quantité de gens, en laquelle furent plusieurs abatus que jamaix n'en relevèrent, et coment Fromondin y fut prins et emmenez, et des parolles rigoreuscs qu'ilz eurent ensemble luy et Hcrnault, par quoy Fromondin en fut batus et de faict eust estés estranglez et pendus, se Fi omon n eust renvoiez Gades et Poinces incontinent.

Coment le roy Pépin print Bourdeaulx dessus Fromon et n'y souffrit à faire aulcuns dommaîges, et coment le duc Gilbert et Gerin se remembrèrent de Hernault, auquel ilz cnvoicrent une ncfz chergée de vivres et de secours, avec lequel eust grant baltaille ledit Fromon, et y perdit beaucoup.de ses gens.

Coment le preux Hernault et ses consors furent resjois, quand ilz cognurent la venue de Malvoisin ; puis coment il fut menés veoir Fromondin, auquel il eust plusieurs parolles très rigoureuses; puis s'en retourna arrière dedans sa neif et s'en reva au roy Pépin, auquelle il conta de ces nouvelles, tant à lui, à la Royne, comme au duc Gilbert et à Gerin, de quoy la Royne oit grant joie pour la prinse de Fromondin.

Coment le Roy avec le duc Gilbert firent une grosse armée pour aller assaillir et mettre affin Fromont, et coment une espie en vint adverlir ledit Fromon, lequel, quant il scent les nouvelles, moult durement se lamentoit et fut très csbahis.

Coment Guillaume de Mouelin donna conseil à Fromon de envoier devers le Roy lui présenter plusieurs offres et beaulx dons, et qu'il se mectoit du tout à la mcrcy de luy et de Gilbert, et coment ce le Roy ne voulloit ce faire, qu'il fut deffié et vivement recuillez et assaillis, et pour en faire le messaige, y fut envoiè luy meyme ledit Guillaume de Mouelin.

Coment le preux Hernault, voiant tout le train et la conduite de l'ost,

saillit aux champs luy de compaignons ; et cornent, quant Guillaume apperceust les gens du Roy, il se despartit de son armée et s'en alla parler à luy, et luy fit tant d'offres, de promesses et de dons, que ja y en eust esté la paix faicte, ce n'eust esté la Royne qui y vint; et coment le Roy se corresça à elle et la fit reconduire dedans Bourdeaulx par Gilbert et par Gerin.

Coment le conte Guillaume, après ce que le Roy l'en eut fait retorner, print trois poilz de sa barbe et au Roy les rua en sa faice, disant : « de par Fromon, je te deffie », et cuida illec frapper Gilbert, et il tua Amaury, et comme le Roy se correça et fit courrir après, et de la piteuse battaille qui fut ce jour, en laquelle receut mort le filz audit Guillaume, nommez Guerin, de quoy son pere fit grant complointe, comme en lisant pourrés oyr.

Des parolles que eust Gerin contre Gilbert pour et ad cause du bon cheval Florey, lequel Guillaume conquesta dessus Gerin, et coment le roy Pépin sceust les nouvelles par ung chevalier blecié qui se partist de la battaille ; de quoy le Roy, mal content de ceste entreprinse, fit marchier ses gens avant, et se vinrent frapper en la mellée, et coment plusieurs grans personnaiges y morurent ce jour et d'un cousté et d'aultre, entre lesquelx y morust Bernard du Naicil.

Coment le duc Gilbert rencontra le conte Guillaume en la grant presse et le rua jambes levées mort estendus, et coment le bon cheval Florei s'enfoyt parmei les champs, pour lequel à ravoir le duc Gilbert se mist en grant dangier luy et les siens.

Coment Gerin et Malvoisin ont tant fait qu'ilz ont trouvez Gilbert, qui avoit reprins son bon cheval Florei, de quoy ilz furent bien joieulx; et coment le viez Fromon s'enfuyoit de la battaille, luy XXX« de ses gens, lequel par fortune a rencontré les trois dessus nommez, et cortient ilz furent assaillis et navrés jusquez à la mort.

Coment Mal voisin en se enfuyant rencontra le preux Hernault, lequel au matin avoit partis luy X^ de Geronville, comme devant avés oys; et coment, quant il sceut les piteuses adventures de Gilbert et de Gerin, il corrust aprez Fromont, mais Fromont retourna arrière, et se n'eust esteis le roy

Pépin qui sourvint, ledit Hernault estoit tués et mort ; et cornent Fromont s'en fouyt amont Gironde, et le poursuyvit tousjours Malvoisin, jusques dedans la neif, en laquelle il se salvoit et s'en fuist.

Coment, en retournant que faisoit Malvoisin, il a rencontrez le Roy auquel il conta les piteuses nouvelles, et des regretz et complaintes que le Roy fit pour l'amour de ses bairons, et coment le duc Gilbert plaindoit sur tous son bon cheval Florey,

Coment le roy Mercille le paien fit grosse armée pour aller à Orange, et coment partie de ses gens ont rencontrez la neifz en laquelle estoit Fromont, et fut celle neif, assaillie des Sarrazins, et aprez grant dcfTencc fut ledit Fromon prins et loiés et emmenés présenter devant le Roy, et renoia ledit Fromont la loy de Dieu, en se faisant Mammellus ; et coment il fit acroire grant bourdes au Roy, desquelles il fut trouvés manteur, par quoy il le fit mettre an prison.

Coment nouvelles vindrcnt au roy Mercilles que ung puissant roy païen nommez Beaufumes estoit entrés à force d'armes en son pays, et avoit desjay prins XII chasteaulx, et coment Fromont fit tant par force de parolles qu'il eust cherge de gens d'armes et tua ledit Beaufumes, et fut la batlaille gaingnée par le conseil dudit Fromont, comme cy après vous sera dict.

Coment par la bonne diligence des mcdicins furent reguerris le duc Gilbert, Hernault et Gerin assés pour aller et venir et pour porter armes, s'il en fut esteis besoing ; et coment le Roy fit amener Fromondin de Gironville à Bourdeaulx avec sa suer Ludic, et coment ledit Fromondin se humilia tant envers le Roy et la Royne, que la paix en fut faictc et fut donnée à Hernault sa suer Ludie en mariage, puis retourna chascun en son pays.

Coment Fromondin manda Hernault, son beau frère, Ludie, sa femme, et plusieurs aultres, pour estre à une sienne fcste qu'il faisoit de l'cglise Sainct Sevcrin, et du grant bruit qui se csmut à l'ocasion d'aulcuns paillars qui avoient desrobcz dedans la ville, par Icsquelx fut racommencé la guerre.

Coment ung bourgeois de la ville rua une pierre à ung fraudoil, de laquelle il tua Dos le Veneur, et coment Hervois d'Orliens le vint dire au

preux Hernault qui se dormoit avec Ludie, lequel incontinant s'arma et se frappa en la mellée, et du messagier qui le dit à Fromondin, lequel, en mal disant les Lorrains, cuidoit estre trahis; et coment, quant il cognut la vérité du faict, se humiliait envers Hernault, et jay eust estés la paix faicte, se n'eust esté Malvoisin.

Coment Thiery d'Ardaine, gardes et princes, voians venir gens à cheval, se sont armés et saillirent partie aux champs pour secourir le preux Hernault, et du dueil que fit ledit Hernault pour l'amour de Doon mort; aussi firent à Bourdeaulx pour leurs amis, et coment touttefois Fromondin fit sepulturer Dos le Veneur honnestement et luy fit faire son obsecque et office.

Coment Hernault envoia à Bourdeaulx devers Fromont pour sçavoir s'il voulloit faire et achevir le contenus de la promesse qu'il avoit faict audit Bourdeaulx : c'est de luy amener les malzfaiteurs à Geronville pour en faire la punicion et plusieurs aultres choses, comme cy devant avés oys ; et coment la paix eust esté faicte par le conseil de Huon, se ne fut esteis par malvais conseill de Heuquignon.

Comment les messaigiers se mirent en voie pour aller au roy Pépin et firent tant par leurs journées qu'ilz vinrent à Monlaon ; et coment, après ce que le Roy fut de ceste entreprinse advertis, respondit laichement au duc Gilbert, de quoy se correscerent luy et Gerin ; et coment la Royne en parla au Roy, lequel lui en donna la cherge, en disant qu'il ne s'en voulloit plus meller, comme cy après vous sera dict.

Coment la Royne assembla gens de tous cousteis et fit une grosse armée, laquelle fut donnée en cherge au duc Gilbert avec Gerin et Malvoisin ; et comme ung jour le preux Hernault, luy estant à Bellin, fut sousprins et enclos dehors de son chasteau et par Fromondin, et tellement que à grant peinne escheppa et s'en fouyt auz champs en ung moustieraquel Fromondin l'ait assaillis.

Coment Fromondin, luy et ces gens, à force de frapper, ont gectés l'huis dedans le moustier en terre, et ont assaillis le preux Hernault, lequel se deffendait tellement qu'il rompit son espée et son espiez, puis s'en fouyt

devers l'autel ; et cornent, aprez plusieurs parolles, se salva ledit Hernault dessus le cuer et se enferma tellement c'on ne le povoit avoir ; mais Fromondin fit alumer l'église, et fut ledit Hernault en danger d'estrc brullés ; et comme les gentilzhommcs prioient à Fromondin pour sa saulveté, et des piteuses complaintes qu'il faisoit, comme cy après trovés escript.

Coment le preux Hernault se lessa cheoir du hault en bas, et le recuillirent les gentilz hommes sur leurs espiez; et coment Fromondin illec le desheaulma et le voulloit tuer, et jay en eust fait la fin, se n'eust estés Hues le bon conseillicr, qui rcthint le coup et l'en blâma, comme cy après vous sera dit; et coment, à la prière des chevaliers, Fromondin le lessa illec gisent, cuydant touttefois qu'il fust dcsjay mort, et s'en allèrent luy et les siens mettre le siège devant Bellin.

Coment le gentil Gilbert coucha à Blois et chcvaulcherent toute la nuyt, tant qu'ilz vinrent devant Bourdeaulx; et coment, quant ilz virent la fumiere du moustier Sainct Martin, courrurent les aulcuns celle part ; aussi coment Hues le conseiller reprint Fromont, lequel, congnoissant sa faulte, lui cria mercy, et coment aulcuns de Bellin saillirent dehors pour quérir ledit Hernault, et l'ont trouvés qui avoit vie, de quoy ilz furent tout resjoys.

Coment, après ce que Hernault fut revenus à sa santé et congnoissance, il se fit armer et fut montez sur son cheval pour courrir après Fromont; et comme il trouva l'armée de Gilbert et celle de Fromont, lesquelles furent pretz et en ordre, et se niellèrent les ung parmei les aultres et coment Hernault se boula dedans, en criant à haultc voix : « Où es tu F'romont le traistre, qui m'as vouUus bruUer en ung moustier? » de quoy ledit Fromont l'oyant cryer fut fort csbays.

De la battaille corps à corps qui fut faicte de Gilbert et de Fromondin, et coment le duc Gilbert le rua en terre homme et cheval, et navra en la teste et ou cousteis, et l'eust illec tueis, s'il ne se fut rendus, et coment ledit F'romondin promit à se faire moinne et rcnoncicr à toutes honneurs, et parmei ce compromis le print le vaillant duc à mercy.

Coment Gerin fut mal content contre Gilbert, pour ce qu'il prenoit Fromondin à mercy, et luy voulloit ledit Gerin oster la teste, et aultant en voulloit

faire Hernault, et pareillement et Malvoisin, pour vangier la mort Doon, son père; et coment Hue le bon conseiller donna conseil aux gens Fromon qu'ilz allessent au duc Gilbert pour luy demander pardons, et il les receupt tous à mercy.

Coment Fromondin fut pourteis à Bourdeaulx, et receupt l'abit de relligieux par l'abbel de Sainct Severin, et y donna plusieurs rentes; et comment il fit son hoirs de Hernault et de Ludie et les fît seigneurs de Bourdeaulx, et les baisa et accoUa au despartir, tellement que tout le monde faisoit plorer.

Coment ce temps durant, arriva ung messaigier de par roy Anceis, roy de Coullongne, lequel, au nom dudit roy, requist le duc Gilbert qu'il les veinst secouris et aidier à l'encontre des Sarrazins, qui le tenoient assegié, et coment le duc Gilbert se excusoit et n'y voulloit aller, se n'eust esteis le gentil Gerin, lequel l'en pria tant qu'il promit luy et les siens de y aller.

Coment ung secret messaigier apourta les nouvelles de ceste entreprinse à Fromondin, lequel alors estoit si bien regueris qu'il povoit aller, venir et porter armes; et coment il se remist en abit séculier et des parolles qu'il eust, luy et son abbel, par quoy enfin il baptist le dit abbel et Je contraindit tellement qu'il luy soingnit ? cent hommes d'armes du tout auz frais de l'abbaye, comme cy après oreis.

Coment le duc Gilbert, Gerin et Malvoisin se sont partis de Blois avec leur armée et s'en vont droit à Paris, et coment Fromondin saichant leur despart courrut après pour les cuydier tuer; aussi coment le Roy ne volt laiscer entrer Gilbert en court ne à lui parler, et coment la Roync excusoit le Roy et abandonnoit tous ses trezors audit Gilbert.

Coment par le conseil de Haguignon, Fromondin fit présenter plusieurs presens au roy Pépin, par lesquelx il fut receu en graice et fut le bien venus en court; et coment il soit si bien avoir le Roy, qu'il luy rendit toutes ses terres et dit qu'il luy garentiroit.

Coment à ces parolles vint la Royne et trouva Fromondin devant le Roy, auquel elle eust plusieurs parolles, et luy dit plusieurs injures; et coment le Roy se corresça, et la volt ferir de son gant, se n'eust esteis

Helie, evesques de Laion, qui le rethint ; et du conseil traicteur que donna Haigucgnon à Fromondin, par lequel il courrut après le duc Gilbert, jusques au camps des Sarrazins; et comme, quant il vit si grant nombre de paiens, il eust peur et se voulloit allier à luy, comme cy aprez vous sera dit.

Cornent ledit Huon, le bon conseillier, conta tout le faict au duc Gilbert et l'intcncion que avoit élue Fromondin par le conseil de Haiguignon ; et cornent le duc mei'veilleusement fut embahis, quant il soit qu'il estoit sortis de son cloistre; puis cornent les trêves furent bien asseurées et d'un cousté et d'aultre, et ne neantmoins se firent très bien guetter, et du conseil que donna Gerin au duc Gilbert.

Coment le duc Gilbert se ferrit en la battaille et après luy vint Fromondin, Hue de Bourdeaulx et Malvoisin et plusieurs aultres; lesquelx, après plusieurs coups donnez et receups, ont tuès plusieurs rois paiens, comme serait dit ; et comment la battaille fut gaingnèe, et furent paiens tous desconfis, et y ont gaingniez les crestiens moult grant buttin.

Coment le roy Anceis vint embrasser le duc Gilbert et le baisier et accollcr, et après plusieurs parolles, le senioinsl à espouser sa fille, et des responces négatives que luy fit le duc Gilbert touchant le faict de Fromondin, de quoy le Roy fut merveilleusement ^emballais]; et coment ledit Fromont envoia Hue devers Gilbert pour traictier de avoir sa paix, et tout par le conseil dudit Huon, comme cy après vous sera dict.

Comment, pour fournir ceste ambaxade, y fut envoiès ledit Huon, et cornent ledit Gilbert volt avoir sur ce conseil, lequel tenus, fut respondus que Fromondin n'auroit paix ne amitié, jusques à tant c ou lui eust trenchié le chief ; et coment, après ce dit, se sont mellès les ung parmei les aullres et y oit une cruelle battaille, en laquelle y fut ledit Huon mort navreis, i t coment le duc Gilbert rua à terre Fromondin et jay lui eust trenchié le chief, s'il ne luy eust criés mcrcy.

Cornent après toutes choses apaisaiitées, et que Fromondin estoit en chartre, le roy Anceis de Collongne présenta au duc Gilbert tout son pays et seigneurie, et le requist de espouser sa fille ; laquelle chose le duc sans grant conseil s'en excusa, comme cy après vous sera dict, et coment le

gentil Gerin l'en reprint, de quoy le duc Gilbert luy en fit le don, en renunsant en sa main de la fille et du pays, et de faict en fut le mariaige faict de la fille et de Gerin, et celle meysme heure furent espouseis sans contredict.

Cornent Fromondin, luy estant en prison, oit le bruit et la noise, et fut advertis de celle feste; par quoy il pria tant qu'il fut mis à délivre pour servir aux nopces ; cornent il fit, et coment par son grant orgueil, il osta la neif à Malvoisin qui servoitleduc de vin, et des parolles oultraigeuses qu'il respondit au duc Gilbert, par lesquelles fut venus grant noise, s'il n'eust repaisez le huttin.

Coment le duc Gilbert fit tant par ses journées luy et ses gens, qu'ilz arrivèrent à Sainct Denis, auquelle lieu pour lors estoit le Roy en son conseil ; et coment le duc, après le biaulx recueille que le Roy lui fist, luy rendit Fromondin pour ung traistre ; mais le Roy aulcunement excusa ledit Fromondin, sur laquelle cause le duc Richair de Normandie proposa à rencontre et raconta toute sa vie, comme cy après vous sera dict.

Coment un messaigier arriva en court, lequel dit et nunça au Roy que Marcilles, roy des paiens, et Carmodas, son filz, accompaignez du viez Fromont, estoient descendus avec grant armée au pays de Rourdeaulx, à Rlois et à Geronville, et destruisoient tout le pays, et coment à ceste heure arriva la Royne qui revenoit du moustier,- laquelle quant elle vit Fromondin, luy dit plusieurs injures, et coment ledit Fromont se humilia et leur cria à tous mercy ; et après plusieurs parrolles, à la requeste de gens de bien, luy fut tout pardonnez et furent arrier fait bien amis.

Coment, après celle paix ainsi faicte, le Roy fit crier son ban et arriereban, tellement qu'en brifve espace, il assembla grosse armée, lesquelx furent donnez en cherge au duc Gilbert ; et coment ung chevalier navreis dit au duc qu'il y avoit environ XXX mil paiens vivandiers dessus les champs, contre lesquelx le noble duc y envoia Fromondin et tua Carmodas le paiens, et Gilbert tua Malpriant, et furent iceulx paiens tous desconfis.

Coment dedans Geronville estoit enserreis Hernault et durement assegiés par force de famine ; et coment ledit Hernault saillit dehors luy XXXe,

avec lesquelx il a conquis de la viande ; et cornent les fuyans vinrent de devant Blois, qui contèrent à l'admirai leur desconfiture et la mort de son filz, pour lesquelles nouvelles en oit plusieurs parolles au viez Fromont, comme cy après vous oreis.

Cornent le filz l'admirai fut appourteis mort devant son père, pour laquelle mort oit moult de dueil, et coment il en print question au viez Fromont, et luy donna ung si granl coup d'ung eschequier d'ivoire qu'il le rua mort en terre devant ses piedz.

Coment le noble duc Gilbert fit monter ses gens en grant navires dessus Gironde pour tirer droit à Gcronville ; et parreillement fit l'admirai armer plus deL mil de ses paiens pour leur aller à devent; et là y oit une merveilleuse tuerie et battaille, an laquelle Gerin tua Haccbier, et Fromondin Menestiei\ et le duc Gilbert y tua le roy Marcilles, chief de l'armée, et furent paiens tous desconfis, et coment le duc fit crier que quiconque y prenront le viez Fromont, que on luy amena vifz.

Coment la fille du roy de Gascongne envoia ses messaigiers devers le duc Gilbert, luy priant qu'il la veint secourrir et aidier à l'encontre des infidelles Sarrazins; et coment le duc Gilbert estoit du secours refusant, se n'eust esteis le gentil Gerin qui l'amonesla tant qu'il y alla.

Coment au londemain le duc Gilbert fit mander la pucelle, laquelle des noble du pais luy fut amenée richement acoustrée et vestuc, priant au duc qu'il la print en mariaige avec la corronne et tout le pays, laquelle chose il refusoit, tant qu'il eust parlé au roy Pépin, se n'eust esté Gerin qui luy conseilla tant qu'il la print; et coment Fromondin en oit granl dueil, neantmoins il servit le vin aux nopces, ausquelles fut démenés grant joie, puis retourna arrière chascun en son pays ; aussi coment Ludie fut acouchée de deux bcaulx filz.

Coment Amadias, roy de Sarragosse, vint à granl puissance de Sarrazins à frapper tout dedans le pays de Gascongne jusques à Saint Gille, et coment le conte de Saint Gille envoia demandci" aydo au roy Gilljcrl, lequel envoia tantost à Collongne devers Gerin, à Geronville devers Hernaull, et à Bourdeaulx pour Fromondin ; et coment en briefve espace, les trois dessus

nommez firent leur armée, et s'en vinrent à Ais en Gascongne devers le roy Gilbert.

Coment au lendemain se partit l'armée et firent tant par leur journées qu'ilz vinrent à rencontrer les Sarrazins, avec lesquelx y eust une merveilleuse tuerie et grant battaille, et coment le preux Hernault y tua Coursabrin, qui estoit nepveulx à Amadras, et plusieurs aultres, tellement que par. la vaillance des crestiens, furent à la fin paiens tous mis en fuite et desconfis.

Coment le roy Amadras s'enfouyt à Airles le Blanc, en laquelle ville fut haultement receu; et comme le roy Gilbert et ses gens alerent après et mirent le siège à Tarasgonne, à laquelle donnèrent plusieurs assault; et coment Amadras manda son frère Carion, roy de Toulouse, lequelle y fut tués en la baitaille, comme ycy aprez oyrés.

Coment au lundemain fut raccommencée la battaille plus que devant, en laquelle y oit plusieurs paiens mors et tués, et plusieurs en y oit de prins, affoulleis et navreis; et coment enfin fut roy Amadras abatus de son cheval, et se rendit à vie saulve, et promit au roy Gilbert de se faire crestien et baptiser comme il fist.

Coment Amadras fut baptisé et lavez, à laquelle office affaire furent plusieurs prelas, et fut nommez Gerin, et luy furent errier rendues toutes ses terres et seigneurie ; et coment après ce faict retourna arrière chascun en son pays ; aussi coment Amadras fut bon crestien et fit fonder plusieurs églises, et coment nouvelles vinrent, c'on avoit brullé le moustier Saint Severin, comme cy après sera dict.

Coment après ce que le roy Gerin se fut despartis et retournez arrière à Collongne, comme cy devant avés oy, le roy Gilbert, luy, Fromondin, Hernault et Malvoisin s'en sont alleis à Bourdeaulx pour reffaire l'église de Saint Severin ; et coment ledit Gilbert fit faire ung neuf sepulchre aux ossemens du viez Fromont, et en les y mectant print l'os du tois de la teste dudit Fromont pour faire envaneller en une couppe, pour laquelle tant de mal advint depuis.

Coment le roy Gilbert manda ung orfèvre et fit faire une couppe de fin

or, en laquelle fut subtillement enclos le haicte de la teste du viez Froraont ; et cornent par ung jour de Pantherouste ledit Gilbert thint court ouverte, et fit grant feste à laquelle avoit mandés tous ces amis, entre lesquelles y vint Fromondin, qui ce jour servoit le Roy d'icelle coppe plaine de vin.

Coment, durant que Fromondin se disnoit, ung chevalier que Dieu mauldie, encusa et dit audit Fromont que l'os du haictel son pere estoit enclos en celle couppc, et coment ledit Fromondin s'en alla au gerdin bien correscié et dollant, et adjura le Roy de luy dire la vérité; puis coment, quant il sceut la chose estre ainsi faicte, il deffia ledit Gilbert, et se despartit tout courrescié de luy.

Coment, quant Fromondin oit fait ce coupt, il s'en fouyt en voie, et coment Gilbert courrut après luy et ses gens, et se donnèrent des grans coups de lances, c'est assavoir Gerin et Fromondin ; aussi coment ledit Fromont s'en alla à Geronville, par quoy Ludie sa suer fut fort esbahie, quant elle le vit.

Coment, quant le roy Gilbert fut advertis de ceste affaire, ilfitparreillemcnt une grosse armée, et s'en vinrent devant Bourdeaulx, pour tirer droit à Geronville ; aussi coment Fromondin les sentant venir se mist aux champs en armes, et coment enfin après grosse baitaille s'en retourna arrier et se mist à Geronville à saulveté.

Coment le roy Gilbert assegea Fromondin à Geronville, et aussi coment ledit PVomont parla au roy Gilbert, le mauldissant luy et tout son lignaige, desquelles parolles oit le Roy grant dueil ; et coment, ce nonobstant, il se humilia en priant audit Fromont qu'il print la coppe et plusieurs aultres presens, lesquelx, en despit de lui, il refi'usait.

Coment par l'espace de trois mois ne se meurent ne d'un cousté ne d'aultre, jusques à ung jour de Saint Remei que Fromondin saillit hors, luy et les siens, et vint assaillir le roy Gilbert qui se disnoit en son tref avec ces amis; et cornent ce jour y oit une merveilleuse escarmouche en laquelle mourut Gerin, cousin Fromont, et plusieurs aultres, de quoy se fut pitié et dommaige.

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Cornent Fromondin cheut comme eu desesperacion pour la mort dudit Gerin ; par quoy comme ung fellon cruel et sans pitié, il tua et murtrit ses deux petis nepveulx, filz de sa suer, Fromont et Begonnet ; et comme inhumain les rua en dehors de Geronville en ung fousseiz, et du grand dueil que mena le preux Hernault, quant il vit ses deux tendres eniTans^ ainsy descolloreiz, pailles et murtris.

Coment par ung jour de Noël de nuyt vint Fromondin à grant puissance se ruer dessus le camp, et coment il se mellerent les ung parmei les aultres, et y oit dure escarmouche, de laquelle, aprez plusieurs coups donnés et receups, s'en fouyt ledit Fromon, et coment ces gens, qui estoient en gairnisson à Geronville, se vindrent jecter aux pieds du roy Gilbert, et il les print et ressent à mercy.

Coment Fromondin s'en alla secrètement, luy et son escuier ; et tant a chevaulchié de nuyt et de jour qu'il arriva en Espaigne en la ville de Pampelune ; et coment ung jour ei\ penssant aux fais du passeis, conscience le remort, et coment son hoste le mena au bois parler à ung sainct hermitte, devant lequel ledict Fromont se confessa, et se rendit hermitte dedans ce bois.

Coment le roy Gilbert, luy estant à Geronville avec ses amis, triste et pensif pour ses nepveulx ainsy murtris, luy sont venues nouvelles, qui l'ont tout resjois ; car la Royne sa femme estoit acouchée d'un beau filz ; et coment le roy Gerin retourna à Collongne, et le roy Gilbert retourna en Gascongne, son pays ; mais avant qu'il y vint luy vint ung messaigier au devant, qui luy dit coment la Royne, sa femme estoit morte en sa gessine, par quoy il fut moult correscié et dollent et plusieurs complainctes en fit.

Comment ung messaigier blessié vint de par la fille Emmery de Nerbonne au roy Gilbert demander aide encontre les Sarrazins qui l'avoient asseyée, et coment ledit Gilbert y alla à grant puissance, accompaignié de ses amis, lesquelz rencontrèrent en leur voie xxx mil Sarrazins, de quoy Lutaire, filz à l'admirai, estoit chief, et coment ilz se frappèrent en eulx, et fut tuez ledit Lutaire et tous les aultres pareillement, et n'en eschappa que ung en vie.

Comment les crestiens et les Sairaizins se frappèrent les ung parmei les aultres, et y oit une merveilleuse battnille, en laquelle ledit Gilbert tua le roi Codroey et le roy Ysoris, et Malvoisin tua Ludemars, roy d'Arabie ; et coment ung roy d'Affricque, nommés Malatry, y tua le roy Gerin de Tarasgonne ; mais le roy Gilbert en vengeance de lui le tua ; aussi y fut tués le conte Ramon par Coursuble, chief de l'armée, de quoy le roy Gilbert en oit despit et mist à mort ledit Coursuble, et furent lors paiens tous desconfis, comme cy après vous oreis, ce escoutter le voullés.

Coment, après celle desconfiturs, le roy Gilbert, accompaigné du roy Gerin et de tous les aultres ses amis, s'en entra dedans Narbonne, .et là fit faire le service du conte Raimon et de Gerin ; et coment les prelas du pays vinrent présenter la fille au roy Gilbert pour la prendre en mariaige, lesquelx, aprez plusieurs langaiges, par le conseil de ses amis, la print.

Coment le roy Gilbert Icssa Narbonne en garde à ung gentil cbevalier et s'en va à Tarasgonne, et fit chevalier le filz au roy Gerin, et luy mit la terre, qui fut à son pere, en main ; puis comment il s'en vint à S' Gille, et donna la contesse en mariage au vaillant Malvoisin; et coment, après les nopces faictes, s'en retournèrent à Ays en Gascongne, et mena sa femme avec luy ; puis après plusieurs jours print congié le roy Gerin, lequelle s'en retourna à Collongne son pays.

Coment quatorze ans durant se passèrent sans avoir débat ne noise, après lesquelx print volunté au roy Gerin de aller à Sainct Jaicques en Gallice, et coment le roy Gilbert se accompaigna dudil Gerin, et ont mandeis à S' Gille pour Malvoisin, lesquels trois ensembles, se sont mis en chemin.

Coment au londcmain ledit hoste conduict le roy Gilbert, Gerin et Malvoisin parler au sainct bermitte dedans le bois, lequelle aprcz plusieurs paroles, congnut que c'estoit le roy Gilbert, cl coment cest hcrmilte esloit Fromondin, lequel print dilacion de les oyr jusqucs à leur retour de Sainct Jacques, affin qu'il les occit.

Coment, après le despart des trois seigneurs, envoia Fromondin son escuier en la cité pour acheter trois neuf cousteaulx, pour tuer le roi

Gilbert et pareillement Gerin et Malvoisin ; et cornent l'escuier proposa en lui meisme de les saulver, et descella tréstout le faict au roy Gilbert, et cornent Fromondin cuida ferrir le roy de son cousteaulx, mais Gerin s'en apercenst, et donna si grant (1) de baston audit Fromont qu'il l'abatit mort à terre.

Coment après ce que Fromondin fut mort, ilz sont retournés en leur pays, auquel ils furent festoiés plusieurs jours avec Hernaut et avec tous les aultres leurs amis, et coment, après la bonne chiere faicte, retourna arrière chascun en son pays, là où partie d'entre eulx demourerent en paix le remenant de leurs vies.

Cy après s'ensuyt la fin totalle et generalle destruction de la noble lignée, qui sortait du duc Pierre de Lorraine et du noble Hervei de Metz, qui espousa la gentille damme la belle Beaultris, de laquelle saillit des nobles comme cy devant est esteis dit, et lesquelz, pour les granth aynes et guerres mortelles qu'ilz eurent au lignaige du conte Fromont et Fromondin, son filz, furent enfin tous mortz et destruicz, comme cy après vous sera dict.

Coment ung jour le conte Hernault proposa de se aller tenir à Lan en Lanoy sur la terre qui solloit estre à Fromondin, et comme il y semont le roy Gilbert ; et de faict il luy pria qu'il vint à une feste de Panthecouste, car il voulloit faire chevallier son filz Loys, comme cy aprez oreis, se vous le voulés oir, et de la complainte que fit Ludie quant elle sceut la vérité de son frère Fromondin.

Coment le conte Hernault envoia ses messaigiers au roy Gilbert luy priant qu'il vint vers lui alans en Lanoy, et qu'il amena avec luy Yennet son filz, et coment ledit Hernault envoia aussy querrir le roy Gerin et plusieurs aultres ces amis.

Coment la folle Ludie admonnestoit Lowis son filz de mettre le roy Gilbert à mort ; mais l'enffant pour celle fois la refuza ; et coment tantost après les deux enffans s'en allèrent esbatre aux champs avec leurs oyseaulx

(I) Probablement cop, sauté.

'inncnt et bonnet ^'m allèrent esbattrt cnu cljatnps cnuc leurs nij|S<aulx ()e proie

Cornent Xopis enlasalU ou le I|o-^ Gilbert j-aoit axis esdjos priut sera, espée 5e laquelle il îcmtia par traljisou UTysijTttnS coupt au T^oi^ Silbert qu'il cl]eut illec tout mort eu terre

— So-

dé proie, pour lesquelz se esmut entre eulx ung merveilleux huttin ; el en vint une si grant guerre, que jamais depuis ne print fin, tant qu ilz lurent tous destruictz et tués, comme ci après sera dict.

Cornent par l'anhortement de Ludie, le dit Lowis s'en est allés en la salle là où le roy Gilbert et plusieurs aultres juoient aux eschas, et coment ledit Lowis print son espée, de laquelle il donna en trahison ung si grant coupt dessus la teste au roy Gilbert, qu'il luy fendit en deux moitié, et cheut illec tout mort en terre.

Du grand dueil que démena le conte Hernault le roi Gerin et Malvoisin pour la mort du roy Gilbert, et coment rentrant Yonnet, oyant le bruit, y envola son escuier, lequel lui rappourta nouvelles de la mort de son pere ; aussy coment ledit Yonnet manda à ses gens que le corps dudit son pere lut appourtés el le lit mettre hors de la bière pour l'empourler sur des espiez, laquelle chose esloil signe de guerre.

Du conseil que donnoit Ludie, la faulce femme, disant que l'on deusl avoir retenus l'enlTant et le mettre en une prison, par quoy le roy Gerin la volt ferrir, et coment ledit enlTant chevaulcha tant avec le corps, luy et ses gens, qu'ilz arrivèrent à Tarasgonne, auquel lieu y oit grant pleurs cl plains de la Royne et des barrons, ces subjects.

Coment le joune enlîant Yonnet ce desconfortoit et s'en voulloit aller en exil, oultre la mer, pour serchier son adventure, se n'eussent esteis ses barrons qui le réconfortèrent, et luy promirent or et argent pour son osl à entretenir; et puis coment il proposa d'envoier à Collongne dessus Ir Kin pour avoir aide et secours, comme icy après vous serait dit.

Coment l'enlTant envoia ses messaigiers à (Collongne devers le viez ros Anceis, auquel lieu ilz trouvèrent desjay le roy Gerin qui estoit venus (le part Hernault pour sçavoir coment .le Roy se vouldroit maintenir, el coment, ùprès plusieurs langaiges, par le conseil d'un evesque, le roy Anceis se thint de la partie son fillieux;de quoy fut bien em))ahis le roy Gerin, et coment il fit présenter deux bons chevaulx aux messaigiers, lesqucK ne les prinrent pas, comme cy après il serait dit.

Coment le conte Hernault, Ludias, et leur filz Lowis vinrent au devant

du roy Gerin, et des injures que ledict Gerin dit à Ludie en présence de son marrit ; et cornent il luy conta tout le faict de la promesse que avoit faicte roy Anceis.

Cornent le conte Hernault, le roy Gerin et Malvoisin ont menés devers le Roy l'enffant Lowis à Paris, pour le faire chevalier, et du maulvais recuiel que le Roy leur fit ; et cornent ilz s'en retournèrent alans tristes et marris, et des parolles que Hernault en oit à Ludias, comme cy après vous sera dict.

Cornent la faulce femme Ludie fit escripre plusieurs lettres et par plusieurs messaigiers les fit porter en diverses contrées et lieux ; et cornent Anceis, roy de Collongne, manda à Yonnet que en brief terme, il le viendroit secourrir, et coment ledit Yonnet fit grosse armée, avec laquelle il s'en vint par Bourgongne jusques à S' Miel en Barrois au devent dudit Anceis, son parrain.

Coment Yonnet le joune filz print conseil à ses barrons pour envoler devers Collongne annoncer sa venue à Anceis, lequelle incontinant avec ces gens ce mist en voie, et chevaulcherent tant par leurs journées, qu'ilz vinrent à la ville de St Mihiel, auquel lieu ont trouvés le joune filz, lequel alors fut faict chevalier par la main dudit Anceis son pairain.

Coment Yonnet, le nouveau chevalier, par le conseil de Anceis, envoia à Hernault ses messaigiers pour annoncer sa venue, et des responces gracieuses que fit ledit Hernault aux messaigiers.

Coment, après plusieurs complaintes que le conte Hernault a faict, il fit armer ses gens et les fit mettre en ordonnance sur la montaigne hors de la ville, et se mellerent les ung parmei les aultres, et y oit grosse battaille et tuerie, en laquelle fut tués le roy Anceis, le conte Hernault, le comte Amaris et Malvoisin, avec plusieurs aultre de leur amis.

Coment le vaillant roy Gerin sercha le corps de Hernault, son frère, parmei les morts, et pareillement cellui de Malvoisin, et honnorablement les fit ensepvellir ; et coment à Ludie trenchea la teste, et la fit enterrer emprès son marrit ; puis après, coment, par le conseil du roy Gerin, Lowis,

le filz Hernault, envoia son messaigier à Arras, vers Yonnet, pour avoir paix, et pour se mettre en sa mercy.

Cornent le messaigier fist si bien son messaige que Yonnet en fut content, et coment le petit Lowis se trouva sur la montaigne accompaigné du roy Gerin et plusieurs aultres ; et coment ledit Gerin donna conseil audit Lowis de se mettre tout nudz en braies, tenant en sa main le branc d'aicier et que à Yonnet criât mercy ; pour quoy la paix fut faicte entre eulx deux, comme cy apreis poureisoyr.

Coment le roy Gerin s'en alla en estrange terre, se teint en ung granl bois ; et coment ung jour songcoit ung songe du roy Gilbert, de Yonncl et de Malvoisin, et coment ce temps durant print voluteis (sic) à Loys de Lans de aller à Collongne veoir Yonnet son cousin.

Des grandes complainctes et lamentacions que fit le roi Gerin pour la mort de Yonnet, qui ainsy povrement avoit esté murtris, et coment ilz le firent honnorablement enterrer à Saint Pierre de Collongne, puis print congié ledit Gerin, et avec son abit incongnus s'en vint à Metz, en laquelle il trouteit Loys et l'occit, puis ç'en aillait en telle lieu, que oncque/. depuis on ne le vit.

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