‹ La chanson de Jehanne DarcChapitre 1 sur 34 · LA RÉVÉLATION · texte numérisé non relu

LA RÉVÉLATION

ou LE TROUVERE INVOQUE JEHANNE

Je vais chanter Jehanne-la-Pucelle.

Debout! allons, mon brave écuyer, selle, Harnache' d'or luisant, ferre d'acier ^ Le Vers ailé, mon orageux coursier!

Assez de temps, en ma belle écurie, Je le gorgeai de provende fleurie, Sans qu'il ouvrît dans le firmament clair Ses fins naseaux gonflés d'audace et d'air.

Débridons-le! qu'il parte,. qu'il s'en aille Dans la tempête, à travers la bataille.

Et qu'il se jette aussitôt sur le vent Avec ses pieds, ses deux pieds de devant !

C'est lui qui, prompt aux fîères aventures, Tout hennissant sous le poids des armures, Rouge de sang, de gloire et de soleil, Tenait Homère et les dieux en éveil, Tant il ruait, dans le choc des épées.

Au fronton vaste et blanc des Epopées.

La foudre accourt, Taigle inquiet le suit Au bruit qu'il fait en piaffant dans la nuit ; L'aube revêt d'un haillon d'incendie Son col puissant et sa croupe arrondie, Quand il bondit par-dessus les forêts, Avec la bi&e au long de ses jarrets.

Les troubadours de ma gente Provence, Tout rayonnants d'espoir et de jouvence, L'avaient, emmi les combats meurtriers, Sanglé de fleurs et nourri de lauriers ; ' Puis ces vaillants, ceignant le fer des rimes, L'avaient monté dans la splendeur des cimes.

Le rire aux dents, le fouet du Verbe aux mains.

Et moi je veux, par les mêmes chemins.

Tout au milieu de la nue étoilée.

Monter aussi la grande bête ailée, Dût-elle mordre ou se cabrer au point

DE JBHANNE DARC

De m'arracher sa crinière du poing;

Car j'ai promis à ma douce Patrie,

Aux pauvres morts dont l'âme pleure et crie,

Aux murs béants, aux tours prises d'assaut,

De m'en aller par là-haut, tout là-haut.

Couronner d'un joli brin de fougère

Jehanne Darc, la tant bonne bergère v

Qui délivra mon pays de l'Anglais.

Je la suivrai des chaumes aux palais.

Dans la ferveur innocente et sereine

D'un petit page amoureux de sa reine.

Point de grands mots claironnant dans le Vers !

Je la dirai pleurant sur nos revers,

Je la dirai déployant sa bannière

D'une tant simple et fidèle manière.

Que Ton verra son geste joliet

Scander le rythme au travers du feuillet.

Qu'elle ait aux doigts la houlette ou le glaive,

Jehanne a plus de rêves que le Rêve :

Elle est son chant, sa joie et son sanglot

Comme le flot a pour miroir le flot.

C'est elle qui, pure comme sa gloire.

Profil de songe apparu dans l'histoire,

6 LA CHANSON DE JEHANNR DARG

Fière lionne ayant cœur d'agnelet, le poème qu'elle est.

3 coudre à son manteau de guerre que ou fiction vulgaire lient inutiles grelots, sa vie en des tableaux mme vitraux gothiques, ur où, dans le vol des cantiques, it sous le geste sacré ont du Dauphin délivré.

i j'ai gardé vaillance d'âme, plantant son oriflamme

rempart, devant Paris ; i, les pieds endoloris, rré d'une angoisse infinie, icher où, belle d'agonie,

pour la France et le Roi.

mt, Jehanne, inspirez-moi !

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