COMMENT IL Y AVAIT GRANDS MEFAITS EN LE DOUX PATS DE FRANCE
En ce temps-là, c'était grande soufiPrance Aux pauvres gens du royaume de France, L'horrible guerre ayant de toutes parts Poussé son cri par-dessus les remparts .
Le roi fuyait Paris, sa bonne ville,
Tout déconfit, traité de façon vile
Par les Anglais qui buvaient notre vin.
Le sang luisait aux herbes du ravin;
Pas un lambeau de champ qui n'eût ses gardes.
Créneaux et tours, sous le jet des bombardes.
Branlaient, hélas I ainsi que vieilles dents ;
Mais les soudards qui ferraillaient dedans
Ne tremblaient point tout ainsi que les pierres,
Et leur flambait Tire sous les paupières ;
Car ils étaient, de par la France et Dieu,
Très décidés, fût-ce en boutant le feu,
A repousser des murs et des collines
Les étrangers, grands faiseurs de rapines,
Qui leur donnaient force peine et souci.
L'afFreux Bedford, oppresseur endurci.
Ayant, malgré le Lys héréditaire.
Proclamé roi de France et d'Angleterre Un enfançon plus frêle que roseau, Tenait pour lui la campagne et le sceau, Tant débonnaire aux bandits de Tépéè Que la patrie était de sang trempée.
Ce garçonnet, à l'âge où nous voyons Enfantelets chasser aux papillons.
Pesait déjà sur les cités en larmes Du double poids de l'impôt et des armes; Car tous craignaient messire le Régent.
Philippe, duc de Bourgogne, vengeant Son père occis de vingt lames traîtresses, Avait livré l'honneur des forteresses^
DE JEHANNE DARG
Menait rumeur comme un fleuve qui sourd, Jetait aux fers ou pendait haut et court Ceux de ses gens qui voulaient se soumettre, Et, reniant le Dauphin, son vrai maître, Usait cuirasse et heaume et gantelet Pour ce Bedford et son vain roitelet.
Quant au Dauphin, monarque sans prestige, Lys effeuillé tout vivant sur sa tige, C'était pitié de le voir quasi seul Et délaissé comme aux plis d'un linceul En son château de Chinon, que les lances Gardaient de loin dans les vastes silences.
Par passe-temps, on raillait volontiers Son Parlement qui siégeait à Poitiers, Tôt ' dédaigné comme un fourreau sans lame.
De plus, sa mère Ysabeau, vile femme, Souple instrument aux mains lâches du sort, Le reniait comme fils du roi mort.
Tout s'écroulait sur lui. Ses capitaines, Nourris de vent, s'abreuvant aux fontaines, Poussaient de ville en ville, devant eux, Quelques milliers de soudards loqueteux, Aragonais à lalèvre bourrue,
yant rasé leur barbe drue,
ris d'honneurs et de combats,
ins, Écossais parlant bas,
i bruit des flamberges brandies,
et rouge des incendies,
îde et plus fols que méchants,
grange et dévastaient les champs.
itait comme une grande morte,
te au travers de la porte,
n furieux des tueurs ;
)nt, blanc de célestes lueurs,
isi qu'une fleur pâle éclore.
t, du côté de l'aurore,
voix qui criaient : « Nous voici ! »
1 tressaillait, comme si
3uve, encore sans cratère,
le sein noir de la terre.
le au prodige annoncé,
lait le mur ou le fossé,
nant de toutes les manières,
IX camps et sous les deux bannières ;
irtris ou de l'âme ou du corps.
Se démenaient dans les affreux discords Ainsi que mouche aux toiles de Taragne.
Des feux, rôdant de montagne en montagne,
Dansaient la nuit au miroir des étangs :
Le lendemain, pareils à des Satans,
Les Bourguignons descendaient vers la plaine;
Et les brebis, l'agneau neigeux de laine,
Le sac de blé gardé pour les labours.
Tout s'engouffrait dans leurs chariots lourds.
Les Anglais roux aux longues jambes grêles
S'abattaient comme un vol de sauterelles,
Vidant si bien la huche et la maison
Que le vieillard et le doux enfançon
Disputaient l'orge au bétail dans les crèches ;
Mais les corbeaux, bien nourris de chairs fraîches.
Le bec en pointe et le ventre en avant.
Tourbillonnaient dans le soleil levant.
Battant le ciel avec leurs ailes grasses
Et plus luisants que l'acier des cuirasses.
Or, dans les temps que cela se passait Sous le Dauphin, Messire Gharles-Sept, Une bergère, une humble bergerette,
Ayant au cœur une peine secrète,
lit dans l'herbe et dans les fleurs, y, tout près de Vaucouleurs.
POURQUOI LA BÊRGERETTE s'aGENOUILLAIT
Jehanne était le nom de la bergère.
Tout son doux être avait grâce légère, Bien qu'elle fût, en son heureux été.
Robuste, grande et rose de santé.
Tels que feuillage épars au tronc du saule, Ses noirs cheveux, dénoués sur Tépaule, Lui descendaient jusque vers les talons ; Ses yeux brillaient sous les cils fins et longs, Comme baignés d'une larme d'étoile ; Son front pensif, rebelle aux plis du voile.
Semblait sculpté dans un marbre vivant ; Ses pieds couraient, plus vite que le vent,
pics OÙ seules vont les chèvres;
mai lui fleurissait aux lèvres ;
[aient comme Teau dans les prés;
t pareille aux fruits dorés,
»ux l'ayant un peu poudrée,
ter de sa ligne éthérée
ir comme beau médaillon.
Lit céleste papillon,
^ait candide et prompte allure ;
ilé flottait à l'aventure.
d'une si tendre voix oyait ouïr tout à la fois ange au milieu des nuées,
de perles remuées, lillis de nids dans les rameaux; id cœur, sensible à tous les maux, ssait en lumière autour d'elle, e fût tant désirable et belle, Jehanne le savait :
iroir pendant à son chevet, imbrette où, blanchette et rosée, sait par l'étroite croisée, issez pour trembloter autour; ifets, pas l'ombre d'unatour
Sur l'étagère, en la muraille grise.
Nul ne l'avait tant seulement surprise A regarder dans les dormantes eaux Fleurir sa lèvre et tourner ses fuseaux.
Sa charité, moins bruyante qu'active.
Se répandait comme une source vive Qui, pour vêtir de feuilles les bois nus.
Se cache et ftiit sous les cailloux menus.
Quand un vaincu, noblement indocile.
Cognait à l'huis et demandait Tasile, Vite elle offrait à l'envoyé de Dieu Sa place au coin de la table et du feu. Voire son lit de paille et de feuillée.
Disant aux siens, pour clore la veillée.
Qu'elle aimait mieux dormir près du foyer Sur le vieux banc d'érable ou de noyer.
Les jours d'hiver, si durs au pauvre monde, Elle portait la belle miche blonde Aux enfançons qui n'avaient pas mangé :
Le pain n'est bon que s'il est partagé.
Souventefois aussi, toute seulette.
Elle cueillait muguet et violette Le long des bois reverdis et penchants.
Vu que la fleur innocente des champs Guérit le mal et ferme la blessure, T o o^ve ayant sous le ciel qui s'azure son secret au joli mois d'avril.
lère Darc, tant brave homme fût-il, iolentait à sa femme Romée :
lias ! alas ! noire Jehanne aimée * )onnement, si ceci doit durer, lous laisser que les yeux pour pleurer, irler franc, cette enfant nous dépouille i bellement que fuseaux et quenouille )nt tantôt veufs de chanvre et de lin.
outefois, sans être un châtelain,
[ues pouvait, du seuil de. sa chaumine,
1er les dents longues de la famine,
at par là, sous l'auvent bien enclos,
ce harnais reluisants de grelots,
is fauchés drus, ramures frais coupées,
[ions soyeux, prometteurs de lippées,
elets, coqs au plumage vermeil,
c assez de terre au clair soleil
DE JEHAMNE DARG 17
Pour bien doter, en usant ses faucilles, Les trois garçons et les deux gentes filles.
Que si là-bas, dans les arbres touffus, Quelque Auteur s'installait sur des fûts, Les villageois, s'entraînant en cadence.
Oubliaient tôt la guerre pour la dansé.
C'est au retour des dimanches bénis Que Ton troublait ainsi la paix des nids, A l'heure pâle et rose où la vesprée Semble saigner dans la nue empourprée.
Chacun aimait la pastoure aux doux yeux.
Qui cheminait en regardant les cieux Comme un archange égaré dans nos routes.
Jehanne aimait à son tour, entre toutes, La belle Haumette avec Mengette aussi ; Et si peu qu'elle eût ombre de souci.
Toutes les deux lui gardaient chaleur d'ailes. Lors le dimanche elle allait avec elles Devers les champs fleuris où l'on musait; Mais, bien qu'elle eût fraîche rose au corset. Ne dansait point l'aimable pastourelle.
C'est qu'elle avait peine toujours nouvelle ;
Car Tétranger triomphait, jamais las De torturer la douce France, hélas!
Brûlant châteaux, rasant tours et villages.
Hideux, féroce, engraissé de pillages Et tant vilain que Jehanne en pleurait.
Voilà pourquoi, s'éloignant sans regret
Du tourbillon des danses sous les branches,
La vierge allait, aux soirs des beaux dimanches,
S'agenouiller seulette et maintes fois
Dans le silence harmonieux des bois ;
Et si, l'ayant hors des sentiers cherchée,
Mengette la trouvait ainsi cachée.
Elle voyait mille oiselets divers.
Cailles, pinsons, rossignols ou piverts.
Vite accourus en folle ribambelle,
Voler devers la pastourelle, belle
Gomme enfançon qui prie en s'endormant,
Et se poser sur elle, doucement.