‹ La chanson de l'enfantChapitre 11 sur 58 · DETACHEMENT · texte numérisé non relu

DETACHEMENT

Cest le sang de mon ^ang, c'estlachairde ma chair: « Je l'attends et je l'aime.

■ Ali ! je sens qu'il tressaille et qu'il m'est déjà cher ! < C'est un autre moi-même. ■

...Pas d'accord plus intime et pas d'amour plus grand.

.Mais enfin, joie ainère!

L'enfant nait: en naissant il pleure : il se comprend

Séparé de la mère.

Désormais chaque jour tu t'en éloigneras.

Laisse que demain vienne :

D'abord, elle te prend sur son cœur, dans ses bras:

Ta vie est encor sienne.

Elle t'a; tu la suis où va sa volonté;

De tes lèvres vermeilles Tu pends à son sein mûr — où tu bois sa beauté

Comme la grappe aux treilles.

Fuis te voilà, nourri du meilleur de son sang,

Déjà lourd, baby rose; Déjà dans ton berceau ta mère en gémissant

Plus souvent te dépose.

Et là, tu sens encor, même au fond du sommeil,

Que ton àme est suivie Par le doux bercement régulier, tout pareil

Au souffle de sa vie.

Là, tu te meus encor par elle, à son désir;

Elle inspire ton somme :

.Mais demain tu voudras marcher, — c'est ton plaisir,

Etre à terre, être un homme!

La mère en a pleuré; mais l'enfant à l'envi Va, gauche et plein de grâce,

De sa mère inclinée à son père ravi

Qui se baisse et l'embrasse.

Les Berceaux. 35

S'il ne s'écarte pas dans ce premier chemin. C'est qu'il chancelle encore ;

Mais, hélas! il voudra courir, vienne demain, Vers tout ce qu'il ignore.

Hier l'enfant sans répondre entendit ton appel,

O mère désolée; Il était, sans rien dire, allé seul, le cruel,

Tout au bout de l'allée!

Il s'éloigne, il te fuit, te dis-je. à chaque pas;

Le temps te le dérobe; Il refuse ta main, lui qui ne lâchait pas,

Hier, les plis de ta robe.

Les enfants sont un jour trop grands pour les berceaux Les fleurs sont éphémères ;

Et dans les nids d'antan il n'y a plus d'oiseaux. . C'est le souci des mères !

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