BLANCHE
Elle vint près de moi, comme à son habitude. Tandis que sur ma table, incliné pour l'étude, J'écrivais un matin.
J'écrivais... quoi? des vers sur un thènu farouche; Rien de beau ni de bon, rien qui plaise ou qui touche Hélas! rien d'enfantin.
Blanche a quatre ans à peine, et quand elle soulève Ses yeux vagues, où Hotte un ineffable rêve.
La Muse me sourit; J'achevai donc mes vers sous ce regard suave. Elle s'assit d'un air de femme ; elle est plus grave
Quand « monsieur Jean » écrit.
La Chanson de V enfant.
J'écrivais... Je devrais, quand elle est là, pauvre homme Ne plus voir que ses yeux, moi qui veux qu'on me nomme
Un poète! vraiment!
Mais enfin j'écrivais, il faut que je l'avoue. L'enfant me regardait, une main sur sa joue,
D'un air grave et charmant.
Mes vers finis : « Je vais te les lire, mignonne; » Alors, se redressant, la petite personne
Ouvrit ses yeux tout grands...
J'aime à chanter les vers comme une mélopée : Je fis donc retentir la strophe, entrecoupée
De petits vers pleurants.
Et mignonne, qui sait? je t'oubliai peut-être,
Mes vers me paraissaient, — puisqu'ils venaient de naître,
Sonner franc comme l'or; Je t'oubliais... mais toi, ma lecture achevée, Regrettant le long bruit des vers, tu t'es levée,
Et tu m'as dit : « Encor! ■
Amour du rythme ! étrange amour, je te retrouve !
Qui pourra nous conter ce qu'un enfant éprouve.
O rythme, en t'écoutant?
Figures d'enfante.
N'es-tu pas un écho des mers frappant les terres? N'es-tu pas le frisson du sang dans les artères Ft dans le cœur battant ?
Ah! je te resterai fidèle, Rythme ou Nombre,
Toi qui des cœurs déniant aux feux de l'éther sombre
Règles l'ordre éternel !
Qui pourrait te nier, puisque l'enfant t'écoute, Puisqu'il te prête un sens, et qu'il t'aimait sans doute
Dès le sein maternel !