‹ La chanson de l'enfantChapitre 28 sur 58 · COLIN-MAILLARD · texte numérisé non relu

COLIN-MAILLARD

Un enfant frêle et blond, dont la mine éveillée Laisse voir des pâleurs, quoiqu'un peu barbouilke Conduit le pauvre aveugle et marche à petits pas. A l'angle du chemin ils vont s'asseoir, là-bas, Muets, l'un contre l'autre, et jamais ne demandent. Ils ne poursuivent pas notre aumône, ils l'attendent Il faut les plaindre, enfants; ils sont si malheureux! Et c'est touchant de voir comme ils s'aiment entre eux. Et de voir ce garçon de huit ans dont l'enfance Aurait encor besoin de guide et de défense, Si petit! attentif aux pierres du chemin, Surveiller un vieil homme et lui donner la main.

Le sourire à la lèvre ou les pleurs sur la joue. Fils de pauvre ou de riche, il faut qu'un enfant joue;

La Chanson de V enfant.

C'est pourquoi, l'autre jour, l'enfant pâle à l'œil bleu

Avait naïvement imaginé ce jeu

De courir tout autour de l'aveugle débile

Qui, sur la terre assis, posant là sa sébile,

A droite, à gauche, vite, étendant les deux bras,

Cherchait à le saisir selon le bruit des pas.

L'enfant, que chaque erreur du pauvre aveugle amuse, S'éloigne plusieurs fois d'un petit air de ruse, Sur la pointe du pied, sans souffler, doucement, Et le vieillard écoute, immobile, un moment... Puis, troublé tout à coup d'un si profond silence. Il appelle; l'enfant rit alors et s'élance, Accourt et vient tomber dans les bras du vieillard ; Et l'aveugle riait d'être colin-maillard.

Moi, j'admirais l'enfant, dont la candeur suprême Peut jouer, sans l'accroître, avec la douleur même. Et qui fait naître au cœur d'un malheureux pareil La gaîté, le bon rire et l'oubli du soleil!

LE GRESIL

Blondinette, voyant par un matin d'avril Sur les vitres tinter les perles du grésil, A voulu sortir pour en prendre; Cette pluie, au jardin, fait un doux et long bruit: Là-haut le soleil brille, et le grésil reluit

Dans le ciel d'un bleu jeune et tendre.

Les arbres sont mouillés : on les dirait en pleurs Sur les feuilles pourtant, si fraîches de couleurs,

La gaîté du soleil ruisselle; L'entant tient à deux mains son tablier tendu, Sans voir qu'en y tombant le fin grésil foniu

Perd soudain sa vive étincelle.

94 La Chanson de V enfant.

Enfin, quand elle veut admirer son trésor,

Pius rien!... Pauvre mignonne! il faut subir encor

Le sifflet de messieurs les merles ; Et son riant visage en larmes est pareil A ce matin d'avril où rit le blond soleil Sous l'averse faite de perles.

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A BR1GHTON

Douze ans. 11 est couché, rose et pourtant malace, Depuis quatre ans déjà, sans s'être mis debout Etendu sur le dos, même à la promenade, Dans son lit qu'on voiture, il rêve, observant tout.

Elevant son album d'une main, — l'habitude! Il dessine, couché, comme on peint un plafond; C'est ainsi qu'il soutient son livre pour l'ét. de. Et son œil est paisible, et son rêve est profond.

Chacun saisit pour lui ce qu'il ne peut atteindre: Tous les fronts sont souvent au niveau de son li'.

Mieux aimé que les forts, ce faible a m .uns à craindre. Et, sûr qu'on vient s'il parle, il dort, crayonne ou lit.

L'album contient surtout des bateaux, des marines. Qu'il traça, de son lit, au bord même des mers, Dans les pins de Provence aux utiles résines, Sous un ciel plein de force et d'arômes amers.

Maintenant, de re'.our à Brighton, plage grise, Il est dans le salon vitré, le doux ami, Et, vers la hau e mer ho lieuse sous la brise. Ses yeux, qui sont d'azur, se tournent à demi

« C'est juillet. Cependant, comme le ciel est triste! » Nous pensions à cela tous les deux à la fois. Mais lui, dès qu'il soupire, il sait bien qu'on l'assiste, Et la plainte n'est pas dans l'accord de sa voix ;

Seulement, il a pris, avec sa main câline, Son instrument qu'il a lui-même mis d'accord, Et m'a chanté, vibrant comme sa mandoline, Un vieux air du Midi devant le ciel du N rd.

Figure* d'enfants. c»y

Alors, j'ai dit : « Oli ! sois, enfant, tête chérie, Dans tes veilles béni, béni dans ton sommeil! Ta voix, pour un instant, m'a rendu ma pairie.. Un jour, je t'y verrai courir au grand soleil. »

Londres, juillet iSjtj.

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