LES DEUX LYRES
Ce petit inventeur de lyres se nomma Alphonse île Lamartine
Je sais comment on fait des lyres! — Si tu veux, Dit l'enfant (et sa soeur l'écoute recueillie), D'un bout à l'autre bout d'une tige qui plie, Pour cordes, je tendrai sept de tes longs cheveux. >.
Il courbe savamment, selon la règle apprise. Un brin de coudrier qu'il choisit souple et fin; Les sept fils d'or vivant y sont fixés enfin, Les blonds cheveux tendus que le soleil irise.
Ces fils qu'à peine on voit, tout mêlés aux rayons. Quelle main, sans briser ces fibres de lumière, Y tentera l'accord d'une gamme première? Quel frôlement léger d'aile de papillon ?
Les enfants suspendront parmi les jeunes roses La lyre éolienne au rosier parfumé, Et les âmes qui sont dans les souffles de mai, Les esprits du printemps seront les virtuoses.
Et les enfants, la joie éclairant leurs grands yeux, Vers la lyre tous deux penchés, prêtent l'oreille, Et chacun tour à tour de plus près s'émerveille D'ouïr chanter au vent les sept fils d'or joyeux.
« Dieu! la belle musique! » Or, l'enfance est changeante, — « Dis, si nous essayions avec des cheveux blancs? » L'aïeule rêve, assise. Us ont, voleurs tremblants, Pris de ses blancs cheveux à l'aïeule indulgente.
Sinon qu'elle a des fils d'argent et non plus d'or, Une seconde lyre, à l'autre e*i tout pareille, Déjà vibre... Eux, penchés, déjà prêtent l'oreille... Les deux luths rendront-ils un seul et même accord?
Figures d'enfants.
— .( Oh! disent les enfants, oh! la belle musique! >■■ ... Nous n'y pourrions ouïr que des soupirs plaintifs: Mais les enfants, ravis, l'écoutent attentifs Comme au récit joyeux d'un beau conte féerique.
C'est que, — lyre d'argent, — ils ignorent encor Ce que tu dis pleurante au vent qui te caresse... Et nous n'entendrons plus l'histoire enchanteresse Que tu leur dis tout bas, petite lyre d'or.