‹ La chanson de l'enfantChapitre 35 sur 58 · LE CHAUME · texte numérisé non relu

LE CHAUME

Pas de rieurs; la moisson avait pris dans ses gerbes Les bluets aux yeux bleus, Et le chaume restait, — plein de mauvaises herbes. — Sur un sol rocailleux.

Et l'entant, roi du parc immense, un vrai royaume,

Devant ce dur chemin, Voyant que je voulais traverser l'âpre chaume,

Abandonna ma main.

Viens, lui dis-je. L'enfant refuse et moi j'insiste. Lui, les pleurs l'étouffant,

Répète: Pas par là! — Pourquoi? — L'herbe est trop trist* — « Ah! malheureux enfant!

h Que dis-tu? D'où viens-tu? N'es-tu pas fils des hommes?

De leur limon pétri?

Tu ne connais donc pas l'argile dont nous sommes!

Quel lait t'a donc nourri ?

h Te voilà refusant de marcher dans ma voie

Parce qu'elle est sans fleurs!

Penses-tu que la vie est une longue joie! Ignores-tu les pleurs?

« Penses-tu que les champs, les bois, toute la terre,

Ne soient qu'un grand jardin?

Personne ne fa donc raconté ce mystère :

La perte de l'Eden !

■ Tu crois que tout est jeu dans ce monde, et pares>e !

Mais en es-tu bien sûr?

Viens, avance avec moi sur la terre où se dresse

Le chaume ardent et dur!

Impressions d'enfants. 1 1?

« Viens! je suis le plus tort; tu pleures.J je t'emmène!

Marche donc ! je le veux ! »

Et l'enfant me suivit à la fin, non sans peine.

Des larmes plein ses yeux.

Je lui dis : « Dans ce champ d'herbe triste où nous sommes

Fut faite la moisson; (".'était ton pain qui fut semé là par des hommes;

Retiens cette leçon !

■ Ils ont d'abord creusé sur cet espace immense

Plus d'un sillon étroit...

Quand ils vinrent ensuite y jeter la semence.

Il soufflait un vent froid.

« Fuis la crainte que l'eau noyât les blés en herbe

Leur ôta le sommeil ; Puis ils sont revenus les couper gerbe à gerbe

Sous un ardent soleil.

« L'homme doit travailler, peiner tant qu'il existe ;

Voilà l'himanité!

Quand on pense à cela, là terre est toujours triste,

L'hiver comme l'été! »

...Alors voyant l'enfant, qui comprenait sans doute,

Hardi, presser le pas, En le baisant au front, — pour achever la route

Je le pris dans mes bras.

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