LE CHAUME
Pas de rieurs; la moisson avait pris dans ses gerbes Les bluets aux yeux bleus, Et le chaume restait, — plein de mauvaises herbes. — Sur un sol rocailleux.
Et l'entant, roi du parc immense, un vrai royaume,
Devant ce dur chemin, Voyant que je voulais traverser l'âpre chaume,
Abandonna ma main.
Viens, lui dis-je. L'enfant refuse et moi j'insiste. Lui, les pleurs l'étouffant,
Répète: Pas par là! — Pourquoi? — L'herbe est trop trist* — « Ah! malheureux enfant!
h Que dis-tu? D'où viens-tu? N'es-tu pas fils des hommes?
De leur limon pétri?
Tu ne connais donc pas l'argile dont nous sommes!
Quel lait t'a donc nourri ?
h Te voilà refusant de marcher dans ma voie
Parce qu'elle est sans fleurs!
Penses-tu que la vie est une longue joie! Ignores-tu les pleurs?
« Penses-tu que les champs, les bois, toute la terre,
Ne soient qu'un grand jardin?
Personne ne fa donc raconté ce mystère :
La perte de l'Eden !
■ Tu crois que tout est jeu dans ce monde, et pares>e !
Mais en es-tu bien sûr?
Viens, avance avec moi sur la terre où se dresse
Le chaume ardent et dur!
Impressions d'enfants. 1 1?
« Viens! je suis le plus tort; tu pleures.J je t'emmène!
Marche donc ! je le veux ! »
Et l'enfant me suivit à la fin, non sans peine.
Des larmes plein ses yeux.
Je lui dis : « Dans ce champ d'herbe triste où nous sommes
Fut faite la moisson; (".'était ton pain qui fut semé là par des hommes;
Retiens cette leçon !
■ Ils ont d'abord creusé sur cet espace immense
Plus d'un sillon étroit...
Quand ils vinrent ensuite y jeter la semence.
Il soufflait un vent froid.
« Fuis la crainte que l'eau noyât les blés en herbe
Leur ôta le sommeil ; Puis ils sont revenus les couper gerbe à gerbe
Sous un ardent soleil.
« L'homme doit travailler, peiner tant qu'il existe ;
Voilà l'himanité!
Quand on pense à cela, là terre est toujours triste,
L'hiver comme l'été! »
...Alors voyant l'enfant, qui comprenait sans doute,
Hardi, presser le pas, En le baisant au front, — pour achever la route
Je le pris dans mes bras.