LE PANIER DU GOUTER
Mes livres ficelés battant sur mon échine, J'allais par les sentiers à l'école voisine, Le long du petit bois, puis le long du marais, Tous les matins; j'allais ainsi, plein de regrets, Triste quoique distrait pour un frelon qui vole, Portant dans un panier mon goûter à l'école. Cher petit panier blanc qui pendait à mon bras! Comme je regardais dedans à chaque pas Et comme j'y songeais tout le long de la route! Eh! quoi! par gourmandise? hélas! un peu sans doute, Mais surtout par plaisir d'avoir dans mon panier, A. l'école où j'étais tout un jour prisonnier,
Quelque chose qui vînt de la maison chérie. Tel l'exilé voudrait emporter la patrie, Enclos, maison, j'aurais voulu tout emporter Dans le panier d'enfant où j'avais mon goûter.
Un jour, pour ce panier, bien plus que d'habitude
Je laissai voir mes soins et mon inquiétude.
Qu'a-t-il donc? quels beaux fruits, quels gâteaux merveilleu
Se disaient les moineaux, dévore-t-il des yeux?
Et le maître, au moment où je passais la porte :
« Qu'est-ce, dans ce panier, que cet enfant m'apporte ? »
Je le revois toujours qui s'avance et le prend ;
Il l'ouvre et moi je tremble, et, pour me faire grand,
Sur la pointe des pieds tout debout, je regarde :
« Elles volent déjà, disais-je, prenez garde!
C'est un cadeau qu'hier mon grand- père m'a fait,
Voyez-vous!... » Et, tandis que je parle, en effet,
Du fond de mon panier, où je n'avais rien qu'elles,
S'élancent toutes deux mes chères tourterelles !
Ainsi, le même jour, amis, j'appris enfin
Que la joie et les pleurs dispensent d'avoir faim.