‹ La chanson de l'enfantChapitre 44 sur 58 · LA MORT · texte numérisé non relu

LA MORT

Je sais que cet enfant, dont la mère était morte, Un jour n'était pas sage; et comment? il n'importe: Mais sa sœur qui l'aimait beaucoup, sa grande sœur Qui lui parlait toujours avec tant de douceur, Qui l'entourait de soins comme une mère tendre, Lui dit : « Sois sage ! » Et lui semblait ne rien entendre, Et — quand il aurait dû rester — allait courir. Elle lui dit : « Vois-tu, tu me feras mourir ! » Mourir? on ne sait pas ce que c'est à son âge, Et le méchant petit ne devint pas plus sage.

i5ô La Chanson de V enfant.

Elle fit donc semblant d'être morte vraiment, Et resta sur sa chaise immobile et dormant.

L'enfant s'approche d'elle et dit : « Ma sœur chérie? » Sa sœur ne répond pas. Il parle encore, il cri.*, L'appelant par son nom, plus fort, toujours plus fort... Ne plus pouvoir bouger, mes enfants, c'est la mort. Et le pauvre petit : « Tu vois bien que je pleure, Ma sœur! console-moi; tu m'aimais tout à l'heure... Tu ne m'aimes donc plus! Oh! prends-moi dans tes bras! Sois vivante! je fais tout ce que tu voudras... » Elle, les yeux fermés, restait toujours muette.

Lorsqu'on n'obéit pas, lorsqu'on fait à sa tête,

O toi, fille ou garçon qui m'écoutes, apprends

Qu'on fait mourir plus tôt sa mère et ses parents :

C'est vrai que le chagrin les fait mourir plus vite.

Et pour devenir sage il est trop tard ensuite,

Car les morts ne voient pas, les morts n'entendent pas.

Et l'on a beau crier et leur tendre les bras,

Les baiser doucement, leur parler à l'oreille,

Ils sont comme endormis et rien ne les réveille...

Mais la sœur du petit dont je parle riait,

Impressions d'enfants. \b-j

En cachette, de voir que son frère criait

Tout en pleurs, promettant toujours d être plus sage ;

Et son rire à la fin parut sur son visage!

Elle n'eut plus sujet d'être morte, et contents

Tous deux en s'aimant bien vécurent très longtemps.

Page 1