‹ La chanson de l'enfantChapitre 43 sur 58 · GAGNER SON PAIN · texte numérisé non relu

GAGNER SON PAIN

y^->y u'avais-je entendu dire? un mot très juste en somme :

V^/«Tant qu'on ne gagne pas sa vie, on n'est pas homme!

Et je voulais gagner mon pain. Oui, mais comment?

« Je serais, si j'avais deux chevaux seulement,

Le cocher dont le fouet claque dans la grand'rue.

Je me ferais pêcheur de thon et de morue

Si j'avais seulement un bateau, recouvert

D'une-tente à festons, tout neuf et peint en vert! »

Or, je me répétais un jour ces belles choses,

Quand, sous un grand fagot de bruyère à fleurs roses,

i5 2 La Chanson de l'enfant.

Pierre vint à passer, le petit paysan.

Je dis : « Les belles fleurs ! » Et lui : « Ramassez-en !

— Les portes-tu bien loin ? Qu'en fera-t-on, dis, Pierre ?

— Je ne sais pas, fit-il, mais c'est de la bruyère ; Je vais dans la colline; il en vient tant là-bas ! Je coupe la bruyère et je l'arrange en tas,

Puis je fais des bouquets que le monde m'achète.

— Si j'allais avec toi? » La chose aiusi fut faite. Nous partîmes tous deux en vaillants journaliers.

On eut beau me chercher dans mes coins familiers, Dans la niche du chien, près du puits, sous la treille... o Je vais vous ramener mon Jeannot par l'oreille, » Dit grand-père, qui crut m'avoir sans me chercher Lorsqu'il vit le repas de midi s'approcher. Mais Pierre avait du pain, de l'eau pure et des pommes, Et nous mangions là-haut, tout seuls, comme des homni'

O souvenirs charmants! quel poème il ferait,

L'homme resté naïf qui vous raconterait !

Tout m'est encorprésent : mon compagnon qui chante,

Le soleil inondant la colline penchante,

Nos outils, bientôt lourds, oubliés sur le sol

Pour quelque papillon trop brusque dans son vol,

Impressions d'enfants. i 53

Les fagots commencés, la bruyère fleurie

Qui nous semble un vrai bois plein de sauvagerie,

Les bêtes qu'on poursuit d'un regard attentif.

Et l'orgueil d'être là, seul, libre... un peu craintif !

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