‹ La chanson de l'enfantChapitre 5 sur 58 · ENCORE DIVINS · texte numérisé non relu

ENCORE DIVINS

Ils ont, les chers enfants, nos yeux, notre visage; Ils agitent de petits bras ; Les anges sont ainsi, créés à notre image, Mais ils ne nous ressemblent pas.

Ils ont de petits pieds, mais délicats et roses.

Mais qui n'ont pas encor touché Ce sol dur où nos pas heurtent à tant de choses;

Leurs petits pieds n'ont pas marché.

Ils ont aussi des mains, frêles, qu'ils savent tendre,

Qu'ils savent joindre pour prier, Mais leurs doigts transparents sont trop faibles pour prendre

Et ne pourraient pas travailler.

Ils ont des yeux, mais purs, qui ne cherchent encore

Que ie sourire maternel ; Beaux yeux d'enfants, joyeux et frais comme l'aurore,

Tous bleus des souvenirs du ciel.

Ils ont l'oreille aussi, mais qui n'est attentive

Qu'aux rythmes et qu'aux chants légers,

Et le bruit de la voix humaine les captive. .Mais les mots leur sont étrangers.

Et la parole, ils l'ont, mais juste assez pour dire « Ma mère ! » dans un bégaîment:

Oh! langage divin qui s'achève en sourire! Parole qui jamais ne ment!

Ils ont, les chers enfants, nos yeux, notre visage ;

Ils agitent de petits bras Les anges sont ainsi, créés à notre image.

Mais ils ne nous ressemblent pas.

LES BERCEAUX

Berceaux, frêles berceaux, vous êtes des nacelles Qui, sous un souffle calme et pur, Venez en frémissant vers nou*, ô barques frêles. Du fond de leternel azur.

Vos légers rideaux blancs s'enflent comme des voiles, Berceaux, et sous les vents amis,

Vous nous portez du bord des heureuses étoiles Vos passagers tout endormis.

Ils dorment, ces mignons, les poings fermés, la tête

Sur le duvet mol et profond, Ignorant les périls, recueil ou la tempête.

Et le grand voyage qu'ils font.

i6 La Chanson de l'enfant.

Le rivage inconnu qui vers nous vous envoie,

Vous et vos petits passagers, Est un monde idéal où tout est rythme et joie,

Où tout plane, ô berceaux légers !

Et quand vous arrivez des rives du mystère, Fins esquifs construits pour le vol,

Nous, nous vous empêchons de vous fixer sur terre, Et même de toucher au sol ;

Et longtemps, confiés aux douces mains des femmes Qui vous balancent nuit et jour,

Vous êtes entourés, comme au pays des âmes, D'allégresse et de chants d'amour.

Et jusqu'à ce qu'enfin l'ange qui n'a plus d'ailes

Pose à terre son pied mal sûr, Nous vous faisons un port qui vous berce, ô nacelle;

Qui venez du fond de l'azur.

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