‹ La chanson de l'enfantChapitre 4 sur 58 · LE POÈME DE LA MÈRE · texte numérisé non relu

LE POÈME DE LA MÈRE

Nul poète, si grand qu'il soit, fût-il Homère. N'a jamais fait briller au jour Un poème si beàTi que celui de la mère :

L'enfant, pur chef-d'œuvre d'amour.

Déjà, comme un projet lorsqu'il s'agite en elle,

Dieu modifie à son insu, Selon les mouvements de l'àme maternelle.

L'homme futur qu'elle a conçu.

Sa vie et sa beauté qui passe, elle les donne Aux fils qui lui ressembleront ;

Une idée a suffi parfois, mauvaise ou bonne. Pour leur faire une marque au front.

Nul ne dira comment Dieu lui-même travaille

Au poème qu'elle a rêvé; Or, la mère une nuit s'éveille; elle tressaille...

C'est l'enfant, mais inachevé.

Toi seule tu le sais, — toi qui veux la première Le voir, le baiser, le nourrir, —

Au prix de quels travaux il a vu la lumière Et ce qu'il te reste à souffrir.

Dieu qui t'aidait naguère à présent t'abando.me;

L'enfant qu'il a mis dans tes bras, Désormais, l'être à peine ébauché qu'il te donn.\

Toi s-ule tu l'achèveras!

Pour la mère à présent plus de nuit, plus de somme Sait-on bien ce qu elle entreprend?

Faire parler, marcher l'enfant, — créer un homme! Que fera l'homme de plus grand?

Voyez-la se courbant, veiller à l'équilibre

Du petit qui ne marche pas.

Entre ses bras ouverts le laisser un peu libre

Pour attendre le premier pas.

Lis Berceaux.

Du plus près qu'elle peut elle le suit, l'excite,

Elle l'amuse et le défend...

A toute heure inclinée, elle se fait petite

Et pour lui redevient enfant.

C'est vraiment un muet qu'il faut qu'elle entretienne

Ce mot que dit la faible voix, La mère patiente, avant qu'il s'en souvienne,

A dû le répéter cent fois.

Le secret de parler, et c'e voir et de prendre,

La mère donne tout cela ; L'idée avec le mot, le cœur fort, l'âme tendre,

Elle donne tout ce qu'elle a!

Si bien que dans son fils, sa gloire et son poème, La mère avec bonlieur plus tard

Tout entière parfois se retrouvant soi-même

Dit : C'est ma voix, c'est mon regird!...

Les œuvres de ce!ui que l'on nomme un poète

" Ne sont que fumée et que vent, Près du petit enfant, bleu regard, blonde tète, Seul poème qui soit vivant.

La Cha son de V enfant.

Le poète, lui, rêve un bonheur illusoire :

Il veut, ce solitaire altier, Obtenir seulement le bruit que fait la gloire

Pour ne pas mourir tout entier !

Mais sans nos chersenfants, tous les hommes au monde Craindraient, près du sépulcre ouvert,

Plus que devant leurs pas la mort noire et profonde Derrière eux l'horreur du désert!

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