LE POÈME DE LA MÈRE
Nul poète, si grand qu'il soit, fût-il Homère. N'a jamais fait briller au jour Un poème si beàTi que celui de la mère :
L'enfant, pur chef-d'œuvre d'amour.
Déjà, comme un projet lorsqu'il s'agite en elle,
Dieu modifie à son insu, Selon les mouvements de l'àme maternelle.
L'homme futur qu'elle a conçu.
Sa vie et sa beauté qui passe, elle les donne Aux fils qui lui ressembleront ;
Une idée a suffi parfois, mauvaise ou bonne. Pour leur faire une marque au front.
Nul ne dira comment Dieu lui-même travaille
Au poème qu'elle a rêvé; Or, la mère une nuit s'éveille; elle tressaille...
C'est l'enfant, mais inachevé.
Toi seule tu le sais, — toi qui veux la première Le voir, le baiser, le nourrir, —
Au prix de quels travaux il a vu la lumière Et ce qu'il te reste à souffrir.
Dieu qui t'aidait naguère à présent t'abando.me;
L'enfant qu'il a mis dans tes bras, Désormais, l'être à peine ébauché qu'il te donn.\
Toi s-ule tu l'achèveras!
Pour la mère à présent plus de nuit, plus de somme Sait-on bien ce qu elle entreprend?
Faire parler, marcher l'enfant, — créer un homme! Que fera l'homme de plus grand?
Voyez-la se courbant, veiller à l'équilibre
Du petit qui ne marche pas.
Entre ses bras ouverts le laisser un peu libre
Pour attendre le premier pas.
Lis Berceaux.
Du plus près qu'elle peut elle le suit, l'excite,
Elle l'amuse et le défend...
A toute heure inclinée, elle se fait petite
Et pour lui redevient enfant.
C'est vraiment un muet qu'il faut qu'elle entretienne
Ce mot que dit la faible voix, La mère patiente, avant qu'il s'en souvienne,
A dû le répéter cent fois.
Le secret de parler, et c'e voir et de prendre,
La mère donne tout cela ; L'idée avec le mot, le cœur fort, l'âme tendre,
Elle donne tout ce qu'elle a!
Si bien que dans son fils, sa gloire et son poème, La mère avec bonlieur plus tard
Tout entière parfois se retrouvant soi-même
Dit : C'est ma voix, c'est mon regird!...
Les œuvres de ce!ui que l'on nomme un poète
" Ne sont que fumée et que vent, Près du petit enfant, bleu regard, blonde tète, Seul poème qui soit vivant.
La Cha son de V enfant.
Le poète, lui, rêve un bonheur illusoire :
Il veut, ce solitaire altier, Obtenir seulement le bruit que fait la gloire
Pour ne pas mourir tout entier !
Mais sans nos chersenfants, tous les hommes au monde Craindraient, près du sépulcre ouvert,
Plus que devant leurs pas la mort noire et profonde Derrière eux l'horreur du désert!