A UNE MÈRE
Madame, votre enfant, ce petit être rose, Sourit tant que vous le bercez; Et prêt à s'endormir, calme et paupière close, Il pleure dès que vous cessez.
Pour tout langage il n'a qu'un sourire, une larme.
Eclairs de ses yeux étonnés...
Que ne sait-il conter le mystérieux charme
Du sommeil que vous lui donnez !
O mère, il vous dirait comment ce qu'il redoute
C'est d'être loin de vous, perdu!
Et que c'est votre amour palpitant qu'il écoute
Dans le bruit du lit suspendu.
Il veut que votre main légère le balance
D'un mouvement égal et doux, Quand il voit que la nuit prochaine et le silence
Viennent le séparer de vous.
Il a fermé les yeux, et la crainte le gagne :
Adieu les gaîtés du soleil !... Mais, par le mouvement, le rythme l'accompagne
Jusque dans le fond du sommeil.
Quand il ne vous voit plus, quand votre voix lointaine Fuit en chantant comme un ruisseau,
Il sent votre présence attentive et certaine Au va-et-vient de son berceau.
Pour l'enfant, c'est entrer dans une salle obscure,
C'est être seul qu'être endormi ; La palpitation du berceau le rassure :
Il y sent battre un cœur ami.
rceaux.
El le cher innocent vogue au pays du rêve, Plus haut que l'azur éternel,
Dans le petit berceau qui s'incline et s'élève, Rythmé sur le cœur maternel.