octobre
3. M. à m. f baus et joians et liés », selon l'expression usuelle aux chansons de geste.
joint à eux et avec B. Jordan de l'Isle1. Celui-ci resta en sa ville * ; les autres poursuivent leur chemin, [2670] et de l'Isle, où ils avaient couché, se dirigent vers Verdun où ils ont dîné. Le lendemain les routiers se sont mis en chemin. Us coururent jusqu'aux fossés de Castel- Sarrazin, prenant force brebis et butin. [2675] On les a estimés à plus de mille cavaliers. Le bruit ne s'en était pas plutôt répandu par le pays, que Guillaume de Contre s'est armé, ainsi que messire Morel, qui chevauche à ses côtés, et Perrin de Saissi qui s'est vite apprêté. [2680] Ils ne sont pas plus de soixante, une fois sous les armes. Si peu nombreux qu'ils aient été, ils les ont mis en déroute et poursuivis jusqu'à Montauban, tellement qu'il y en eut assez de noyés dans le Tarn. La nuit les a dérobés à la poursuite, contrariant les croisés, [2685] outre que les chevaux de ceux-ci étaient très-fatigués de courir. Ils délivrèrent les prisonniers et leur ôtèrent leurs liens, et recouvrèrent le butin3.
1 . Ce seigneur parait avoir été assez longtemps le partisan de 8imon de Montfort, ou du moins avoir gardé la neutralité. En juin 1215 encore, il est présent à l'hommage prêté par le comte de Fézensac et d'Armagnac à 8imon de Montfort (Molinier, Catal. n° 105). En décembre 1217, au siège de Toulouse, le comte de Fézensac et d'autres seigneurs se portent garants auprès de Simon, de la fidélité de B. Jourdan, dès lors suspect, parait-il (id. n° 148). En effet, après la mort de Simon de Montfort, nous le voyons se déclarer pour le jeune comte (v. 8543, 9535). Il était neveu du comte de Foix ; voir plus loin la note sur le v. 3262.
2. Le sens est que B. Jordan reste à l'Isle qui était sa ville. Le texte est mal rédigé et obscur; Fauriel rapporte le él du v. 2669 à Guillaume de Contre et non pas à B. Jordan, mais cette interprétation ne convient pas à la suite du récit.
3. C'est probablement à cette affaire que se rapporte le passage ci-après de P. de V.-G. (cb. lxv, Bouq. 71 o) : c Dum hœc agerenc tur apud Apamias, hostes fidei, a Tolosa egressi, discurrere
cxxvm.
C'est ainsi que Guillaume de Contre les combattit cette fois et leur enleva leur proie. [2690] Il gagna sur eux, et il y eut grande mêlée ; puis il s'en retourna avec sa mesnie. De l'avoir qu'ils ont pris sa troupe est joyeuse. Ils vinrent, lance levée, à Castel-Sarrazin. Quand ils furent rentrés au logis, il était minuit passé ; [2695] et lorsqu'ils eurent fini de manger, aux approches du matin , ils dormirent , je crois bien , jusqu'à tierce sonnée. Une autre fois les routiers se mirent en campagne et coururent toute la contrée d'Âgen. À peine si leur troupe pouvait aller, tant elle était chargée. [2700] Guillaume de Contre , à qui cela ne plaisait pas , s'est jeté au-devant d'eux avec toute sa mesnie. Là il y eut frappé maint coup de lance et d'épée, tellement que la terre en était tout ensanglantée et jonchée de tronçons de lances tout à l'entour. [2705] Vous en eussiez vu de ces gloutons, sanglants, la bouche béante ! Il ne leur laissa pas d'avoir la valeur d'un denier. Tous il les déconfit avec sa troupe vaillante qu'il avait amenée de Bourgogne et de France en ce pays-ci.
[271 0] Guillaume de Contre, ainsi que je vous l'ai dit, vainquit tous les routiers et leur enleva ce qu'ils
c ceperunt per Wasconiam, et facere mala quœcnmque potuenint. c Venerabilis autem episcopus Convenarum, assumptis secum t aliquibus de militibus nostris, perrezit in Wasconiam, terramque c illam ab hostibus fidei viriiiter defendebat. »
[4242] croisade contre les albigeois. 449
avaient pris, et gagna sur eux chevaux et roncins. Une autre fois ils coururent le pays vers Gastel-Sarrazin, mais je vous donne ma parole [271 3] que du sien ils n'emportèrent pas la valeur de deux poitevines1 : ils furent déconfits, et obligés de se jeter dans le Tarn. Guillaume de Contre eut un cheval blessé de cinq ou six dards, et fut renversé à terre sous les yeux des siens. En homme vaillant [2720] il mit la main à l'épée, et s' élançant en avant, il pousse son cri de guerre8: Paris ! Messire Morel pique son destrier de prix, et tous les autres ensemble y vinrent, courant à la mêlée, n'étant pas sûrs de le pouvoir délivrer, [2725] et [craignant] qu'on le leur enlevât. À haute voix il crie : c Dieu aide ! » et c saint Denis ! » Là vous auriez vu maint écuyer occis, dans la mesnie [de Guillaume], et le bailli3 y fut blessé. Guillaume monte sur un cheval hennissant, [2730] et frappe sur les routiers, tellement qu'il les déconfit, jusqu'au Tarn ; puis il rit de sa chute.
Seigneurs, Dieu fait force grâces et miracles pour Guillaume de Contre, qui se donne tant de peine [2735] que tout homme qui l'a vu une fois lui veut du bien. Certes, de Bourgogne il n'est pas venu en ce pays, et il ne viendra jamais un homme plus preux, à moins d'être plus riche ou plus puissant4. J'en reviens à mon
1. Monnaie de valeur minime : Du Gange, picta 3; cf. Huon de Bordeaux, v. 4960-2.
2. M. à m. : c II cria hautement son enseigne de Paris 1. Gela n'est pas clair.