Les défilés des Pyrénées
« bien à faire; nous ne voulons faire opposition à c aucune de vos volontés. » Là-dessus ils se séparèrent pour s'aller apprêter. [2780] Chacun se poussa au mieux qu'il put. Ils trafiquent et engagent pour s'équiper1. Et le roi manda à tous de charger les bêtes de somme et les chariots, car l'été approche ; et ils trouveront les terres et les prés commençant à reverdir, [8785] les arbres et les vignes se couvrant de feuilles menues. — Tandis que le roi d'Aragon s'occupe de ses préparatifs, le comte de Toulouse se prend à songer qu'il peut aller à Pujols* recouvrer cette ville. Il a fait part de son projet aux Gapitouls. [8790] Ceux-ci ont répondu : c Tâchons d'y réussir ! > Ils font aussitôt crier par la ville que tous aient à sortir par la voie Molvar . Ils les assemblent dans les prés de Montaudran. c Seigneurs, > dit le comte, t voici pourquoi je vous ai fait mander : [8795] j'ai fait c épier de près nos ennemis qui veulent nous dé- « truire, et nous serrer de si près que nous ne puisc sions cette année récolter en ce pays ; et voici qu'ils « sont tout près, en deçà de Lan ta. — Seigneur, > dit le peuple, c allons les cerner. [8800] Vous avez assez c de compagnons, grâce à Dieu ! et nous sommes tous
1. P. de V.-G. ch. lu (Bouq. 84 a) dit en effet du roi d'Aragon c ... insuper, sicut audivimus, partem terras suce non modicam c pignori obligavit, ut haberet unde conducere posset stipendia- € rios... i assertion que le roi Jacme I confirme d'une manière indirecte, à la fin du ch. XI de sa chronique.
2. On va voir (v. 2793) que pour aller à Pujols les Toulousains passent par Montaudran. Or il y a dans le voisinage de ce village deux lieux habités du nom de Pujol .- un château dépendant de la commune d'Escalquens à 9 kil. environ au 3.-E. de Montaudran ; et à la môme distance, mais un peu plus au nord, un hameau de la commune de Sainte-Foy-d'Aigrefeuille.
armés et saurons les mettre en pièces. Et le preux comte de Foix (que Dieu sauve et protège !) et celui de Comminges peuvent vous accompagner; ainsi que les Catalans qui sont venus à votre secours. [2805] Et puisque nous voilà tous armés, mettonsnous à l'œuvre, avant qu'ils sachent rien de nous, et qu'ils puissent s'en retourner, les vilains taverniers ! »
Les soudoyers français sont entigs à Pujols ; et le puissant comte de Toulouse les a investis, [281 0] avec lui le comte de Foix et le preux Rogier Bernart, et le comte de Gomminges qui y vint en bel équipage ; avec eux étaient les Catalans que le roi [d'Aragon] leur a laissés, et le peuple de Toulouse qui y vint tôt et vite, nobles et bourgeois et commun peuple1. [281 5] Le premier parla un sage homme de loi, qui faisait partie du Capitule, et savait bien parler*: € Sire, puissant comte c et marquis, s'il vous plaît, écoutez, vous et tous les c autres qui êtes ici assemblés. Nous avons chargé [sur c des chariots] les pierriers et les engins, [2820] afin c de combattre énergiquement les ennemis ; et j'esc père en Dieu qu'ils seront bientôt vaincus ; car le c droit est pour nous, et pour eux le péché, puisque c nous les voyons détruire nos terres . Je vous ai adressé
1. Ce n'est pas ici seulement que l'auteur distinguera à Toulouse ces trois classes de personnes; cf. encore v. 2925-6.
2. Il est probable que l'orateur ici désigné n'est autre que le c maître Bernart, i qui est introduit d'une façon toute semblable aux y. 6818 et 8240.
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la parole, seigneurs, pour vous faire savoir que [2825] nous avons vu des lettres scellées envoyées par nos meilleurs amis, portant que si demain au soir nous n'avons pas forcé les croisés, il leur viendra secours et grande force de chevaliers équipés, et de sergents armés. [2830] Ils nous feront grande honte et le mal sera doublé si nous partons d'ici avant de les avoir mis en pièces. Nous avons abondance d'arbalètes et de carreaux empennés ; allons donc chercher de quoi combler les fossés *, et hâtons-nous, de façon que l'action suive immédiatement les paroles. [2835] Allons tous ensemble chercher de la ramée et du blé9, et apportons-en jusqu'à tant que les fossés soient emplis ; car là-dedans est la fleur des croisés, et si nous les pouvons prendre, alors sera abaissé l'orgueil de Simon de Montfort, notre ennemi juré. [2840] Maintenant, faisons voir pourquoi nous nous sommes assemblés, et allons charger9. »
L'ost va charger, tôt et vite, tellement qu'il n'y a chevalier, bourgeois, ni sergent, qui n'apporte sans tarder une charge à son col. [2845] Ils la jettent dans les fossés et les emplissent si bien que leurs avancées sont au pied du mur, qu'ils se mettent à creuser avec
1. Pertrait dans le texte; voir ci-dessus la note 2 de la p. 86.
2. « Du blé (vert) i, Fauriel. Vert on sec, il n'est pas naturel d'employer le blé à combler des fossés; blatx (2835) est probablement fautif.