Voy. plus loin la note sur le v
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en retraite. > Le comte de Toulouse prit la parole : Sire roi d'Aragon, si vous voulez m' écouter, je vous dirai mon sentiment, et ce qu'il est bon de faire. Faisons élever les barrières autour des tentes, [304 0] de façon qu'aucun cavalier n'y puisse pénétrer. Et si les Français viennent nous assaillir, nous, avec les arbalètes, nous les atteindrons tous; lorsqu'ils auront la tête baissée1, nous pourrons les poursuivre, et ainsi les déconfire entièrement. » [301 5] Miquel de Luzia* parla ainsi : c II ne me semble pas bon que le roi d'Aragon commette cette indignité ; et c'est grand péché, quand vous avez la place pour combattre, de vous laisser dépouiller par votre lâcheté. — Seigneurs, » dit le comte, c je ne puis rien de plus. [3020] Qu'il en soit à votre volonté ! Avant la nuit on verra bien qui sera le dernier à lever le camp. » Là-dessus, on crie : Aux armes! et tous vont s'armer. Jusqu'aux portes ils vont piquant des deux , tellement qu'ils ont forcé les Français de s'enfermer. [3025] A travers la porte ils jettent leurs lances, si bien que ceux du dedans et ceux du dehors se battent sur le seuil, et se jettent dards et lances, et s'assènent de grands coups. De part et d'autre on fait
1 . Sur le cou du cheval, pour fuir. Cf. G. de Puyl. début du en. xxii.
2. C'était un seigneur aragonais, que Jacme I nomme en effet dans sa chronique (ch . ix) parmi les hommes de la maynade du roi. Il est témoin à des actes de 1194, 1197, 1211 (n. s.) (Marcakispanica, col. 1385, 1398, 1399; P. de Bofarull, Los Condes de Barcelona vindicados, II, 227). Il parait dans la biographie de Peire Vidal et dans une des pièces de ce troubadour (p. 32 de l'édition de M. Bartsch). Raimon Vidal le mentionne dans sa nouvelle Abril issia (Bartsch, Denkmâler d. provent. LiUratur, 166/33). Il fut tué à Muret (Bouq. XIX, 233 b). Luzia est maintenant Ztteria, dans le nord de l'Aragon, partido de Sos : voy. Milà y Fontanals, Trovadores en Espanay p. 331, note 9.
jaillir le sang : vous eussiez yu la porte toute rougie. [3030] Ceux de dehors, ne pouvant pas entrer, s'en retournent droit aux tentes : les voilà assis tous ensemble au dîner. Mais Simon de Montfort fait crier par Muret, par toutes les maisons, de faire seller, [3035] et de faire jeter les couvertes sur les chevaux, afin de voir s'il sera possible de prendre ceux de dehors au dépourvu1. Il les dirige sur la porte de Salles* ; et une fois dehors, les harangue ainsi : c Seigneurs barons de France, je n'ai rien à vous dire, [3040] sinon que nous sommes venus ici pour risquer notre vie. De toute cette nuit je n'ai fait que réfléchir, et mes yeux n'ont pu dormir ni reposer ; et j'ai trouvé à force d'étudier que par ce sentier il nous faudra passer, [3045] pour aller droit aux tentes comme pour livrer bataille ; et s'ils sortent dehors disposés à nous assaillirs, ... et si nous ne pouvons les faire sortir de leurs tentes, il ne nous restera plus qu'à fuir tout droit à Àutvillars' . » Dit le comte Baudouin : c Allons essayer! [3050] et s'ils sortent dehors, tâchons de bien frapper, car mieux vaut mourir honorablement que vivre en mendiant. » Là-dessus l'évèque Folquet les bénit, Guillaume de la Barre6 les ordonna ; il les forma en
1. L'auteur ne dit pas qu'avant de commencer l'attaque, Simon de Montfort fit porter des propositions de paix au roi d'Aragon (P. de V.-G. 85 b; Chronique de Jactne I, ch. ix).
2. Salles est une commune de Tarr. de Muret, à 20 kil. au sud de cette ville, sur la rive gauche de la Garonne.