‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 114 sur 303 · Locution proverbiale, cf. ci-dessus, p. 97, note · texte numérisé non relu

Locution proverbiale, cf. ci-dessus, p. 97, note

tomba mort tout étendu *. Les autres à cette vue se tiennent pour trahis. Qui fuit çà, qui fuit là : pas un

1. Le roi d'Aragon aurait donc été frappé sans avoir, pour ainsi dire , combattu , en même temps que ses troupes étaient surprises et mises en déroute sans avoir eu le temps de se mettre en ligne. C'est aussi ce que fait entendre le roi Jacme I", son fils; lorsqu'il nous montre son père tellement épuisé des excès de la nuit précédente, qu'il pouvait à peine se tenir sur ses pieds; lorsqu'il nous apprend que l'armée royale ne sut pas se ranger en bataille ni marcher ensemble, mais que chacun combattait isolément (ch. ix). U est donc difficile d'admettre avec P. de V.-C. que l'armée d'Aragon fût rangée sur plusieurs lignes dans la seconde desquelles se trouvait le roi : « Ipse enim, utpote superbissimus, in secunda acie c se posuerat, cum reges semper esse soleant in extrema • (Bouq. 87 b). L'historien ajoute qu'il avait changé ses armes, c armisque • se induerat alienis, » fait dont on a bien d'autres exemples (p. ex. au combat de Gisors, 1198, voy. Récits <Fun Ménestrel de Reims, éd. de Wailly, § 112), et que mentionne aussi Baudouin d'Avesnes, voir plus bas. — Un récit fort circonstancié de la bataille de Muret se trouve dans la lettre circulaire que les prélats de l'armée adressèrent aussitôt après la victoire • ad universos Ghristi fidèles. • Ce récit s'accorde sensiblement avec celui de P. de V.-C, ce qui est d'autant moins surprenant que ce dernier connaissait la circulaire, puisqu'il l'a insérée dans son histoire (ch. lxxu). Mathieu Paris, qui rapporte la même lettre, y a intercalé l'anecdote suivante : c Per exploratores noverat cornes Simo quod rex Aragonum c se paravit. Tarn securus fuit ut ad mensam sederet pransurus; c unde cornes jocose dixit, super hoc certificatus , cum exiret : i Gerte serviam ei de primo ferculo. » Unde primus, vel de primis i unus, rex ip6e Arragonum gladio transfossus, antequam très c buccellas panis deglutiret, interemptus occubuit » (Chron. majus, éd. Luard, II, 568). — Le récit de la Chronique de Baudouin d'Avesnes cité par D. Yaissète (t. III, note xvn), bien que notablement postérieur à l'événement, semble en somme assez digne de confiance. Il s'accorde, avec le poème, à dire que le roi se fit reconnaître au moment le plus critique, mais place ce fait dans

des circonstances particulièrement honorables : c il virent

c celui qui avoit vestu les armes le roi d'Aragone : si lui cou- « rurent sus tout ensemble ; cilz se deffendi au mieulx qu'il peut, c Mais mess. Alain s se percent bien que li rois estoit meilleurs

ne s' est défegjlu ; et les Français leur courent sus et les ont tous taillés en pièces, et les ont combattus de telle sorte [3075] que celui qui échappe vivant se tient pour miraculeusement sauvé. Le carnage dura jusqu'au Rivel. Et les hommes de Toulouse qui étaient restés au camp se tenaient tous ensemble terriblement éperdus1. Dalmatz de Creixell* s'est jeté à l'eau [3080] en criant : c Dieu nous aide ! grand mal nous est advenu, c car le bon roi d'Aragon est vaincu et mort. Jamais c si grande perte n'avait été éprouvée ! » Alors il sortit de la Garonne, [3085] et le peuple de Toulouse, le

c chevaliers de trop; si s'écria ... : c Ge n'est il mie! » Quant ii « rois d'Àrragone, qui estoit assez près du chevalier, oï ces c paroles, il feri des espérons, et ne se volt plus celer, ains hucha « à hante voix : c Voirement, ce n'est-il mie, mais veés le ci ! » Et c'est alors qu'il fut tué en combattant.

1. La chronique de Jacme ne s'occupe pas des Toulousains; mais P. de V.-G. dit positivement qu'ils ne furent attaqués qu'après la déroute des Aragonais. Pendant la bataille, dont ils ignoraient entièrement les péripéties, l'évéque de Toulouse les engagea à déposer les armes, afin d'échapper à un désastre imminent, mais ils méprisèrent ses avis, et furent à leur tour taillés en pièces.

2. D'Enteùehl, dans le texte, mais il y a là une faute de copiste, car ce personnage ne peut être différent du catalan Dalmatz (en catalan Dalmau) de Creiseilk ou Creissil, qui figurera plus loin (v. 6735, 6789 et 7134), entre les défenseurs de Toulouse. C'est le même encore, selon toute apparence, qui est désigné par le seul nom de Dalmatz aux vers 6658, 7491, 8294. Jacme mentionne c en i Dalmau de Grexel » parmi ceux qui prirent la fuite à Muret (ch. ix). Dalmatz de Creixell est témoin à plusieurs actes importants : en 1208 (Marca hispanica, ool. 1393); en 1209 (Publication* de la Soc. archéol. de Montpellier , n° 17, p. 54). Le 18 avril 1214 il assista à la profession de foi catholique du comte de Gomminges (Doat, LXXV, 44 v°), et à celle du comte de Foix (Doat, GLXIX, 182 ci). — Creixell est un village situé près de la mer, dans la province de Tarragone, partido de Vendrell.

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grand comme le menu, s'est, comme un seul homme, mis à courir vers l'eau ; passe qui peut, mais il en est resté bon nombre : l'eau qui est rapide en a emporté et noyé [beaucoup] \ et dans le camp reste tout leur bagage. [3090] Alors retentit par le monde la nouvelle de ce grand désastre, car il y resta maint homme étendu mort, dont le dommage fut grand.

Grand fut le dommage et le deuil et la perte, quand le roi d'Aragon demeura mort et sanglant, [3095] avec beaucoup d'autres barons, et ce Ait grande honte pour la chrétienté, pour tout le monde. Et les hommes de Toulouse, tristes et dolents, ceux qui ont échappé, qui ne sont pas restés [sur le champ de bataille] , rentrent à Toulouse dans les retranchements : [3100] tandis que Simon de Montfort, allègre et joyeux, reste maître du champ de bataille, où il recueille quantité d'équipements, et fait le partage du butin. Le comte de Toulouse est triste et dolent, et dit au Capitule, et cela secrètement, [3105] de traiter dans les meilleures conditions qu'ils pourront ; que pour lui il ira porter sa plainte au pape, [lui remontrant] que Simon de Montfort, par ses menées coupables, l'a chassé de sa terre en lui infligeant de cruels tourments. Puis il quitta son pays avec son fils2. [3110] Les hommes de Toulouse,

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