‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 118 sur 303 · Voy. ci-dessus, p. 87, n · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p. 87, n

sentiments; et si on méjuge selon le droit, je suis sauf et absous. [3285] Jamais je n'ai aimé les hérétiques, ni les croyants, ni les hommes noirs1. Loin de là, je me suis rendu, offert, donné à Bolbone*, où je me suis bien trouvé, où tout mon lignage s'est rendu et fait ensevelir. Quant au Puy de Montségur, la vérité est [3290] que je n'en ai jamais été, même un jour, seigneur en possession. Et si ma sœur a été mauvaise femme et pécheresse, je ne dois pas, pour son péché, être exterminé. Si elle séjourna dans le pays, c'était par droit déterminé, car le comte mon père ordonna, avant de mourir, [3295] que s'il avait enfant qui ne pût s'établir en aucun lieu3, il n'avait qu'à revenir en la terre de son enfance pour y avoir son nécessaire et y être bien accueilli. Et je vous jure par le Seigneur qui fut mis en croix que onques bon pèlerin ni aucun roumieu 4 [3300] faisant un saint pèlerinage établi par

1. J'interprète le texte qui dit simplement les t vêtus »; voy. le vocab. du t. I au mot vestitx.

2. Abbaye cistercienne du diocèse de Mirepoix, Gall. christ. XIII,

3. Qu'e nulh loc fos marritx veut dire proprement c qui fût • errant (c.-a-d. sans établissement fixe) en quelque lieu. » Il est sans doute fait ici allusion à la situation des cadets, qui allaient chercher fortune au dehors.

4. Ici peregris et romeus sont à peu près synonymes. Cependant chacun de ces deux termes avait son sens propre qu'un passage de la VUa nuova (§ xli) définit ainsi : c Peregrùti si possono inc tendere in due modi, in uno largo ed in uno stretto. In largo, in c quanto è peregrino chimique è fuori délia patria sua; in modo < stretto non s'intende peregrino se non chi va verso la casa di c Santo Jacopo o riede. E perd è da sapere che in tre modi si c chiamano propriamente le genti che vanno al servigio delT Altis- « simo. Chiamansi pcUmieri (anc. fr. paumier) in quanto vanno

178 CROÎSADK CONTRE LES ALBIGBOIS. [4245]

Dieu n'a été par moi maltraité, ni dépouillé ni mis à mort ; que jamais la voie de telles gens n'a été envahie par mes hommes. Mais de ces brigands, faux traîtres et parjures qui portaient la croix pour ma perte, [3305] aucun n'a été pris par moi ni par les miens qu'il n'ait perdu les yeux, les pieds, les poings, les doigts. Et je me réjouis de ceux que j'ai mis à mort, comme je regrette ceux qui m'ont échappé. Quanta l'évêque, qui montre tant de véhémence, [3310] je vous dis qu'en sa personne Dieu et nous sommes trahis : qu'avec ses chansons mensongères1, ses dits insinuants, qui sont la perte de tout homme qui les chante ou les récite, et avec ses satires* aiguisées et polies, avec nos dons, grâce auxquels il s'est maintenu en l'état de jongleur, [331 5] avec sa doctrine mauvaise, il s'est élevé si

c oltremare, là onde moite volte recano la palma ; chiamansi perec grini in quanto vanno alla casa di Galizia....; chiamansi romei • in quanto vanno à Roma. »

1. On sait que l'évoque Folquet de Marseille avait été troubadour et des plus célèbres.

2. c Satires » est évidemment impropre , puisque c'est un mot antique; mais je ne trouve pas d'équivalent moins mauvais pour rcproverbis. Ce mot peut signifier (par ex. v. 5410) un dicton, une sentence, comme dans Fez. cité par Raynouard, Y, 505 a; d'autres fois c'est un mot vif et mordant (6380, 8290), une répartie (5456); mais le voisinage de cansos et de mot» (3311), qui désignent sûrement des compositions littéraires, donne à croire que repraverbis doit être entendu en un sens analogue. C'étaient probablement des tirventes. Proverbium se trouve au même sens en latin. Dans la chronique du Bec une pièce française de 16 vers est précédée de ces mots : c Unde illud proverbium gallice » (Bouquet, XXIII, 456 b). — On ne possède de Folquet que des chansons amoureuses, antérieures, sans doute , à son entrée en religion , et une ou deux poésies pieu ses.

haut qu'on n'ose rien dire pour défendre ce qu'il attaque. Et par suite, alors qu'il fut devenu moine et abbé \ la lumière fut si fort obscurcie en son abbaye, qu'il n'y eut bien ni repos jusqu'à ce qu'il en fût sorti. [3380] Et quand il a été élu évèque de Toulouse, un tel incendie embrasa toute la terre que jamais il n'y aura assez d'eau pour l'éteindre. À plus de cinq cent mille, grands et petits, il y a fait perdre la vie, le corps et l'âme. [3325] Par la foi que je vous dois, à ses actes, à ses paroles, à son maintien, il semble être plutôt l'Antéchrist qu'un légat de Rome !

c Car le légat de Rome m'a dit et octroyé que le seic gneur pape me rendra mon héritage. [3330] Et que « personne ne me tienne pour sot ni pour fou, si je c désire recouvrer le château de Foix ; Dieu sait comc bien je l'aurais (le pape) en estime* [s'il me rendait c mon château] . Monseigneur le cardinal sait ce qu'il c en est, comme je l'ai rendu de bonne foi, sagement

i. Du Toronet, diocèse de Fréjus, de 1201 (au plus tôt) à 1205, époque à laquelle il fut nommé à Févêché de Toulouse; voy. Gall. christ., I, 450 et 648-9, et Vaissète, nouv. édit., IV, 354.

2. Col tendria membrat est malaisé à entendre, à cause du sens vague et étendu de membrat , qui signifie non- seulement c ce dont c on se souvient », mais encore c connu favorablement, réputé, t digne d'une haute estime » (cf. 3352, 4254, etc.; voir le vocab.). — Si oh adoptait la correction ténia, proposée dubitativement en note, le sens serait c Dieu sait combien je le tenais (mon château) t présent à l'esprit (= combien je l'aimais) », ce qui est assez faible. L'interprétation de Fauriel t que je le garderai (mon c château) loyalement », exigerait membrat*. La faute ne serait pas extraordinaire dans ce texte-ci, mais il est difficile d'attribuer à membrat le sens de f loyal ».

et de bonne grâce. [3335] Celui qui retient un dépôt, au nom du droit comme de la raison , il encourt le blâme. — Comte, » dit le pape, c tu as bien exposé ton droit, mais tu as un peu amoindri le nôtre. Je saurai quel est ton droit et ce que tu vaux ; [3340] et si tu as bon droit, quand je l'aurai vérifié, tu recouvreras ton château tel que tu l'as livré. Si l'Église te reçoit à titre de condamné, tu dois trouver merci, pourvu que tu sois dans la voie de Dieu. Tout pécheur mauvais , perdu , enchaîné [ dans le péché ] , [ 3345 ] l'Église doit le recevoir lorsqu'elle le voit en danger, pourvu qu'il se repente sincèrement et se soumette à sa volonté. » Puis il

dit aux autres : c Entendez cette parole, car à tous je veux répéter ce que j'ai ordonné : que tous mes disciples marchent illuminés [de la lumière céleste?], [3350] portant feu et eau et pardon et clarté, et douce pénitence, et humilité ; qu'ils portent croix et glaive, signe de la justice, et bonne paix en terre; qu'ils observent la chasteté ; qu'ils fassent régner droiture et vraie charité ; [3355] qu'ils s'abstiennent de rien faire qui ait été défendu par Dieu. Quiconque en dit plus, ou prêche autre chose, ne le fait pas d'après mon ordre ni avec mon assentiment. » Raimon

de Roquefeuil1 s'est écrié : € Sire droit pape, aie merci et pitié [3360] d'un enfant orphelin, banni malgré sa jeunesse, fils du vicomte honoré qui a été mis à mort

1. Les ruines du château de Roquefeuil existent encore sur le mont Saint-Guiral, aux limites des communes de Dourbie, d'Arrigas et d'Alzon (6. Durand, Die t. topogr. du dép. du Gard). Raimon de Roquefeuil fit, en termes très-humbles, sa soumission entre les mains de l'archevêque de Narbonne, le 16 mars 1226 (n. s.),Teulet, Layettes du Tréâor, n» 1747.

par les croisés et par Simon de Montfort lorsqu'on le

lui eut livré1. Et quand il reçut le martyre à tort et à

péché, alors Parage baissa du tiers ou de la moitié f.

[3365] Tu n'as pas en ta cour cardinal ni abbé qui

ait été chrétien plus croyant. Et puisque le père est

mort, sire, rends au fils déshérité sa terre, et sauve

ton honneur ! Et si tu refuses de la lui rendre, puisse

Dieu t'en récompenser [3370] en chargeant ton âme

de oçtte iniquité! Si tu ne la lui livres à terme bref U ftiifttftif ktf 4*

et fixe, je te réclame la terre, le droit et l'héritage au ** ftnfc

jour du Jugement, où tous nous serons jugés ! —

Barons, 1 se dit-on l'un à l'autre, c il a bien présenté sa revendication. — [3375] Ami, > dit le pape,

justice sera faite. > Il entre en son palais, avec lui ses privés, tandis que les comtes demeurent sur le pavé de marbre historié. Arnaut de Gomminges8 dit : c Nous avons bien travaillé ; maintenant nous pouvons c nous en aller, car on a expédié tant de besogne c [3380] que le pape rentre. >

CXLVn.

Le pape se rend du palais en un jardin pour cacher

1. Voy. p. 46, n. 3. Le jeune Raimon Trencavel II, dont il est ici question, était né en 1207. Il était alors, et fat encore pendant plusieurs années, sous La tutelle du comte de Foix (Vaisséte, m, 184).

2. J'opère, en traduisant, la transposition proposée à la note des vers 3363-4.

3. Figure, avec Bernart de Gomminges son cousin, parmi les défenseurs de Toulouse, en 1218 (v. 9507). On possède de lui un sirventes imprimé dans YArchiv fiir d. Studùun d. neutre* Sprachen, XXXIV, 197, et que YHist. litt. a, par mégarde, analysé deux fois, XVIII, 557, et XIX, 615.

son affliction et se distraire. Les prélats de l'Église viennent, prononçant des paroles discordantes \ par devant le pape pour faire une démarche *, [3385] et ils accusent les comtes avec dureté et violence : c Sire» si tu c leur rends leur terre, nous sommes tous demic morts ; si tu la donnes à Simon, nous sommes sauvés, c — Barons, » dit le pape, c ne vous déplaise que je me t consulte. > lia ouvert un livre, et reconnu par un sort8 [3390] que le comte de Toulouse peut arriver à bon port. — c Seigneurs, * dit le pape, c en cette c affaire, je suis en désaccord avec vous. Contre droit « et raison , comment aurais-je l'injustice de déshét riter à tort le comte qui est vrai catholique, de lui « enlever sa terre, de transporter son droit [à autrui] . c [3395] Il ne me semble pas que ce soit raison ; mais c je consens à ceci : Que Simon ait toute la terre ! car c je la lui confirme en ces termes : toute celle des c hérétiques du Puy jusqu'à Niort4, et du Rhône jusc qu'au Port5, moins celle des orphelins et des

1. C.-à-d., si j'entends bien vengro a un descort, parlant sans ordre, tous à la fois, de façon que leurs paroles ne formaient point un ensemble harmonique, un accord.

2. Per traire j. bel conort est bien obscur; p.-ê. obtiendrait-on un sens un peu meilleur en corrigeant .j. bel en ab et, c pour prendre conseil avec lui » ?

3. Allusion à une superstition, venue de l'antiquité, restée trèsvivace au moyen âge, et sur laquelle on a une infinité de témoignages; voy. Du Gange, Sortes banctohux , VI, 304; Hist. littéraire^ III, 11 et suiv. ; Flamenca, v. 2300, etc. On sait par P. de V.-C. (fin du ch. xvn) que Simon de Montfort avait ainsi, en ouvrant au hasard un psautier, pressenti l'avenir avant de se croiser.

4. Niort, qui est une limite beaucoup trop septentrionale, a sans doute été suggéré par la rime.

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