‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 121 sur 303 · Un piège à prendre les oiseaux · texte numérisé non relu

Un piège à prendre les oiseaux

c condamne ni le juge, quelle bouche oserait proc noncer sa perte, le condamner à vivre des secours c d' autrui? [3540] Sera-tril donc à ce point abandonné c de Dieu, de raison, de merci, lui qui devrait donner, c qu'il lui faudra recevoir1? Car celui qui va de maison c en maison pour obtenir les secours d' autrui, mieux c lui vaudrait la mort, ou qu'il ne fût pas né. » De toutes parts les assistants lui disent : € Sire, ne craignez point ; [3545] que le père et le fils aillent à

c leur destinée, et adjugez le pays au comte Simon, et c qu'il tienne la terre !

c Que Simon tienne la terre et la gouverne ! — c Barons, > dit le pape, c puisque je ne puis la lui c enlever, [3550] qu'il la garde bien, s'il peut, et ne c se la laisse pas rogner, car jamais, de mon vouloir, c il ne sera prêché pour venir à son secours. > Alors l'archevêque d'Obezin * prend la parole : c Sire, puis-

1. Cf. p. 194, n. 2, et v. 3625 et 3710. N'avoir rien à donner était, dans les idées du moyen âge, le dernier degré de l'abaissement. Déjà dans Boëce (v. 89) :

Non ai que prenga ne no posg re douar.

2. c L'archevêque Obicin i, Fauriel, traduction, • l'archevêque tfObicin i , le même, table. U est superflu de faire remarquer qu'il n'existe pas d'archevêché de ce nom. La réd. en pr. porte c l'evesque d'Osma », ce qui ne saurait convenir à la mesure du vers. Nous avons la liste des personnes qui furent convoquées au Concile de Latran (Innoc. epist. 1. XVI, ep. zzz), mais aucun des noms qui y figurent ne me met sur la voie de la correction. Le nom ie moins improbable est p.-ê. Embrun, Ebreun dans Girart de Roussillon, ms. d'Oxford fol. 27 V, ms. de Paris fol. 14 (v. 973 de l'édition de M. Hofmann, qui commet la faute d'imprimer E

[4245] CBOISADK C02ITBI LB8 ALBIGEOIS. 494

sant pape, juste et vrai sauveur, bien que le comte de Montfort t'ait ici envoyé son frère, [3555] et l'évêque Folquet, qui se fait son avocat, malgré tout Simon de Montfort ne recueillera pas un fort héritage, car l'honoré neveu du roi 4 a bien le droit de lui en rogner; et s'il perd, à tort, la terre de son père, par droit et par raison il la tiendra de sa mère , [3560] car j'ai vu l'acte où le notaire a écrit que la cour de Rome a confirmé le douaire '. Et puisque tu es chef et gardien du mariage, l'enfant n'est pas condamné, ni perdu, ni coupable. Et puisqu'il est fils légitime, noble, de bonne origine [3565] et du meilleur lignage qu'on puisse dire, lui faudra-t-il donc aller par le monde, abandonné, comme un mauvais larron ? Alors Parage sera mort, et Merci sans force. — Non, » dit le pape, c car ce n'est pas à faire, et je lui donnerai terre comme il

Breugapy au lieu à'Ebreu, Gap). La forme qui conviendrait à la langue du poème serait Ebrexun, lequel, écrit eb'xun, aurait pu aisément être transcrit obexin. La difficulté est ailleurs. Elle consiste en ceci que l'archevêque d'Embrun , Bernart Chabert, qui assista en effet au concile de Latran, fat chargé de porter à Rome la lettre par laquelle les prélats réunis en concile à Montpellier (ci-dessus, p. 169, note 3), priaient le pape de transporter à 8imon de Montfort les terres du comte de Toulouse (P. de V.-G. en. lxxxi, Bouq. 101 ab); ce qui semblerait indiquer chez cet archevêque dee dispositions toutes différentes de celles que lui prête le poète.

1. Le jeune Raimon était petit-fils de Henri II par sa mère Jeanne, et par conséquent neveu du roi régnant Jean Sans-Terre. Cf. v. 3583, et ci-dessus v. 3176. (Dans la traduction, p. 172, une erreur de l'imprimerie a rendu les notes inintelligibles. Voir aux Additions et corrections.)

2. Le douaire constitué en laveur de la comtesse Jeanne. Nous n'avons plus cet acte.

me conviendra : [3570] le Venaissin, et la terre qui appartenait à l'empereur1. Et s'il se montre dévoué à Dieu et à l'Eglise sa mère, s'il n'est envers eux ni orgueilleux ni traître, Dieu lui rendra Toulouse et Agen et Beaucaire. > L'abbé de Beaulieu* parla ainsi : Sire, toi qui nous éclaires, [3575] ton fils le roi d'Angleterre, ton fidèle ami, qui s'est fait ton homme, et t'aime d'un coeur sincère, t'a envoyé son sceau, et un messager chargé de ses paroles, pour qu'il te souvienne de Merci, et du jugement de Darius3. Que ta réponse le comblé d'une joie dont son cœur s'illumine ! — [3580] Abbé, » dit le pape, t je n'y puis rien faire : chacun de mes prélats opine contre moi; c'est pourquoi en mon cœur je dissimule, [voyant] que le neveu du roi ne trouve ami ni défenseur ; mais j'ai souvent ouï dire [3585] qu'homme jeune au cœur* vaillant, quand il sait donner et endurer, et qu'il a de l'énergie, recouvre son héritage. Et si l'enfant est preux, il saura ce qu'il doit faire ; car certes le comte de Montfort ne l'aimera guère, et ne le tient pas pour son fils, ni l'enfant lui pour son père. [3590] Merlin, qui fut bon devin, l'a prédit : qu'encore viendra la pierre et celui qui la

1. A l'empereur d'Allemagne, c.-à-d. la rive gauche du Rhône.

2. Beaulieu (ou, selon la prononciation actuelle, BewUy) dans le New-Forest, Hants; abbaye fondée par Jean Sans-Terre. Nous savons par Roger de Wendover, éd. Goxe, III, 344 (reproduit par Mathieu Paris, Rut. Jftnor, éd. Madden, H, 168, Chron. maj., éd. Luard, II, 633; cf. Mansi, Concilia, XXII, 1070) que le roi d'Angleterre avait envoyé au Concile de Latran trois c procuratores », au nombre desquels l'abbé de Beaulieu, pour soutenir sa querelle contre l'archevêque de Ganterbury, Etienne de Langton.

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