Voir ci-dessus-, p. 191, note
3. J'ai lu, v. 4174, R. d'après la réd. en pr. qui fait intervenir ici Rolant. Mais la lettre est peu distincte, et on pourrait lire aussi bien B. Bertran, fils de Raimon de Saint-Gilles (l'un des chefs de la première croisade) était le grand-oncle de Raimon VI, père du jeune prince de qui il est ici question.
4. Je rapporte peeaire kfassa (4175), ce qui, pour être correct, exigerait la forme du régime, pecador, mais on peut admettre ici
premier coup, a amené le six1. Et puisque tu demandes un conseil , il n'est pas droit que tu le repousses : envoie-lui deux messagers qui sachent bien parler, afin qu'il te rende tes hommes et tous les chevaux : [4180] ne pouvant les secourir, si tu faisais une si grosse perte, grande serait la honte et le dommage. S'il veut te les rendre, fais-lui dire que tu lui abandonneras la Provence, sans pensée de revendication; car avec ce qui te reste de terre tu peux encore te faire une belle situation. — [4185] Alain, je doute que ce conseil soit à propos et convenable. Mon poing et ton épée* seront sanglants avant que le jeune comte et moi fassions accord ni pour bien ni pour mal. S'il m'a tué du monde, je lui en ai tué deux fois autant, [4190] et s'il m'en prend de vive force, je n'en aurai pas le blâme, car, puissent Dieu et saint Jean m'aider, aussi vrai que je resterais sept ans à ce siège jusqu'à tant que j'aie la ville et puisse la traiter à ma volonté ! » Gela dit, il commande aux
siens [4195] de casser des branches et d'apporter du feuillage pour faire des barrières et des palissades par les champs, pour qu'on ne puisse les surprendre ni dormants ni veillants. À la tombée de la nuit se
une irrégularité, peeaire, forme du sujet, étant resté en usage jusqu'à nos jours; j'entends pecaire au sens de c malheureux », de môme que pecat signifie bien souvent c malheur, infortune », par ex. v. 931, 3370.
1. G.-à-d. qui, pour son début, a obtenu un grand succès. Voir au vocab. (setuu) d'autres exemples de cette locution empruntée au jeu de dés. J'ai quelque doute sur en/ans, 4175.
2. Ou c son épée » (l'épée du jeune comte) , selon la correction proposée en note.
226 CROISADE CONTRE LR3 ALBIGSOI8. [4246]
fait entendre le bruit des avant-postes qu'on place et des trompes qui sonnent, [4200] car au dedans comme au dehors on est acharné et ardent à pousser la guerre.
A pousser la guerre ils sont tellement animés que toute la nuit ils demeurèrent prêts, les chevaux sellés, de façon qu'aucune des deux armées ne pût surprendre l'autre. [4205] A l'aube du jour, lorsque le temps s'éclaircit, des deux côtés ils ont revêtu les hauberts et les heaumes au cercle d'or bruni; des écus et des lances tout le camp resplandit. Le comte prit la parole , et parla assez haut pour être entendu de tous : [421 0] « Barons , nous devons être valeureux et avisés, car la chrétienté nous a choisis comme l'élite de tous; et après un tel choix, si vous me laissez perdre la terre, vous en serez tous honnis. Tout ce que j'ai gagné et conquis avec vous [4215] je vous l'ai largement donné et distribué, et personne ne peut dire que je lui aie fait tort. Eh bien ! après que je vous ai tant donné et tant fait profiter, si je perdais la terre, vous m'auriez fait pauvre service. Du château de Beaucaire j'ai été dépossédé , [4220] et si je n'en prends vengeance , mes exploits sont minces. Puisque j'en avais été saisi par l'archevêque d'Arles1, j'ai bien raison d'être dépité quand on me l'enlève. Et dedans sont
4. L'acte existe et a été imprimé (Molinier, Cotai, n* 95). Il est daté de Beaucaire, 30 janv. 1215 (n. s.).
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mes hommes, pris et marris; ils me font signe qu'ils vont périr [4225] et le cœur me fend de ne les pouvoir secourir. Mais, je vous le dis pour certain, puisqu'ils (mes ennemis) m'ont fiait échec, si je les trouve en bataille, ce sera vite décidé, car j'aime mieux livrer bataille que me laisser honnir de la sorte» a Et les barons répondent : Nous sommes tous engagés envers vous : [4230] nous devons donc obéir à vos ordres. » Cependant le vaillant jeune comte a fortifié le portail ' , avec les barons de la terre , les chevaliers bannis, les sergents, les archers, bien armés et couverts. Rostan de Carbonières' leur dit : [4235] c Barons, nous avons c tous pris un engagement : c'est que tout fuyard < sera regardé comme traître à son seigneur. Donc, c que l'on prenne garde d'avoir revêtu le mauvais c chapeau8, > Bertran d'Avignon dit : « En bref
4. Le portail de la Vigne ou celui de la Croix; voy. p. 244 a. 4 et 255 ii. 4.
2. Ce personnage figure dans une charte datée de Tarascon , février 1209 (n. s.), comme bailli du comte de Provence pour YAutavès, territoire voisin de Tarascon; voyez le texte de cette charte, JRomanta, n, 431. Il paraît encore dans un acte de la môme année publié par Papon, Ris t. de Prov. II, pr. n* xxzvi.
3. Fauriel traduit : c que chacun prenne garde à ne point se f couvrir de mauvais heaume, » mais je pense que mal capel est pris en un sens métaphorique, par allusion à l'usage de faire porter un chapeau ou guirlande d'une certaine nature à certains condamnés ; on voit, par ex., dans le Registre criminel du Ckâtelet p. p. M. Duplès-Agier (I, 305), des voleurs de raisins exposés au pilori c ayans environ leurs testes chappeaulx de vignes. • C'est ainsi qu'on disait c avoir acquis un mauvais chapeau » (Le Roux de Lincy, Livre des Proverbes, II, 160), pour « avoir une mauvaise t réputation » ; (l'expression c faire porter le chapeau rouge • (t&itf.),
temps sera décidé [4240] qui doit avoir la terre et ' désormais commander, car nous avons connu le mal, et nous avons éprouvé que les clercs mentaient quand ils disaient qu'en mettant tout à feu et à sang, qu'en forçant notre seigneur à fuir exilé, [4245] nous obéissions à Jésus-Christ. Désormais nous suivrons une voie par laquelle chacun pourra faire le salut de son âme. Pensez à vous servir de toutes vos armes; tenez-les prêtes pour en bien frapper. [4250] Celui qui se comportera en homme vaillant en aura bonne récompense de Dieu et du comte, et son lignage sera à tout jamais enrichi. » Guiraut Àdémar leur a dit : c Barons, soyons vaillants, solides et prêts à bien faire, [4255] car nous allons recevoir l'attaque : je connais leur hardiesse. Si à la première attaque nous pouvons tenir, à nous sera l'honneur de les avoir déconfits. » À ce moment commence l'attaque , le bruit , le cri ; et les cornes , les trompes , les clairons retentissants [4260] ont mis en rumeur toute la rive et le camp. Ils1
signifie c être décapité », voy. Cotgrave). Cf. aussi ces vers du surventes de Gr. Figueira (Bartsch, Càrest. provenç. 203-4) :
Car de mal capel EU vos e Cislel, C'a Bezers fezelz faire Moot estranh mazel.
Marcabrun, parlant de la décadence de Jeunesse (Jovens)y dit : Capel a vestit (Pavois critx (Mahn, Ged. d. Troub. n° 306) ; et on lit dans une pièce de P. Vidal (édit. Bartsch, p. 59) :
Liatz a la coa d'un tour Degr'esser frustatz pel mazel D'Ast, on vesti l'orre capel De tracion...