Ceux de Beaucaire, lee partisans du comte de Toulouse
5. Cest ce que confirme P. de V.-G. quand il remarque que les chevaliers du pays (milites indigente) qui se rendirent à l'appel de Simon « tepidi erant et trepidi, et in modico vel in nullo exercic tui proficientes » (Bouq. 106 f).
venu de Rome, il vous a remonté, voulant que vous recouvriez la terre que tinrent vos ancêtres, [4405] tandis que vos plus grands ennemis ne cessent de perdre du terrain. Tromperie et fausseté aboutissent à déshonneur, car je n'ai jamais vu sermon de faux prédicateur qui finalement n'aboutisse à Terreur; et les sages nous apprennent [4410] que mieux valent les trahis que les traîtres. Par le corps de sainte Marie, que je prie et adore, si vous ne vous montrez preu et sage, nous ne savons rien plus sinon que Prix et Parage perdent la graine et la fleur. Le comte de Montfort, de son côté, a prouesse et valeur, [441 5] hardiesse et courage et bons conseillers. Il construit château et chatte, croyant nous faire peur ; mais [la chatte] ne se lève ni ne s'abaisse plus que si elle était un fantôme produit par enchantement1, car c'est œuvre d'araignée, et argent perdu. Pourtant sa catapulte a tant de force [4420] qu'elle tranche et brise tout le portail et le jette bas. Mais nous porterons de ce côté nos forces principales, et ceux qui tirent la catapulte y seront pris, les plus hardis, les plus vaillants et les plus habiles. — Dragonet, > dit le comte, c nous ferons pour le mieux : [4425] Guiraudet Adémar aura l'honneur de garder la porte, lui et les siens, Joan de Nagor, Datils, Austor ; R. de Montauban et vous serez avec eux jour et nuit, ainsi que les chevaliers bannis, [4430] qui sont vaillants guerriers et bons combattants. Et dans les moments critiques, en
1. Je paraphrase un peu pour mieux faire ressortir le sens que je crois devoir attribuer à ce passage.
[4246] ceoisadb contre les albigbois. 237
homme qui sait venir à l'aide , j'y serai moi-même partageant le péril, et désireux de savoir s'il y a des lâches. » Richart de Garon dit : c Francs chevaliers, [4435] si le comte Simon avait l'audace de venir assaillir la porte , défendons-nous contre lui et les siens ; que de sang et de cervelles , de chair et de sueur, il y ait telle effusion que les survivants en pleurent. — Seigneurs, » dit P. R. de Rabastens, c'est une faveur [4440] que nous fait le comte de Montfort, de ne vouloir point aller ailleurs, car ici il perdra bonheur, sens et puissance. Nous sommes ici dans la joie et l'abondance; nous avons repos, tranquillité, ombre et fraîcheur et le vin de Genestet qui nous adoucit le tempérament. [4445] Nous mangeons bien et nous buvons de même. Eux, au contraire, sont là dehors, misérables pécheurs, n'ayant ni bon temps ni repos, mais tristesse et langueur. Ils peinent à la poussière et à la chaleur; nuit et jour ils sont en guerre, [4450] par suite de quoi leurs troupes ne cessent de perdre des chevaux, ce qui leur vaut la compagnie des corbeaux et des vautours. Avec cela les morts et les blessés répandent une telle puanteur qu'il n'y a [parmi eux] beau garçon qui ne perde ses couleurs. » Ceux du donjon montent à la guette, [4455] et du haut de la tour ils montrent au comte de Montfort une enseigne noire en faisant des signes de douleur. Par tous les logis les corneurs de trompes crient ! que
4. Faute de sonneries spéciales ayant chacune leur signification précise, on avait sans doute recours au procédé très-primitif qui consiste à appeler l'attention par un son quelconque, puis, les hommes avertis, le corneur proclamait les ordres.
tous prennent les armes et se garnissent eux et leurs chevaux, [4460] car voici que ceux de Marseille arrivent avec allégresse. Au milieu du Rhône chantent les rameurs; à l'avant sont les pilotes, qui dirigent la manoeuvre des voiles, les archers, les matelote. Les cors, les trompes, les cymbales, les tambours [4465] font retentir et résonner la rive et l'aube du jour. Les écus et les lances, Tonde qui fuit, l'azur, le vermeil, le vert et blanc â, l'or fin et l'argent se mêlent à l'éclat du soleil et de l'eau , là brume s' étant dissipée. [4470] Par terre Àncelmet* et ses cavaliers chevauchent avec allégresse, à la lumière du jour, leurs chevaux garnis de housses, et l'oriflamme en avant. De toutes parts les meilleurs s'écrient Toulouse! en l'honneur du révéré fils du comte qui reconquiert sa terre, [4475] et ils entrent à Beaucaire.
L'entrée à Beaucaire [de ces renforts] leur 3 causa une telle joie que chacun se réjouit et se tient pour sauvé ; et par les tentes 4 on se répète qu'un renfort est venu à ceux de Beaucaire. [4480] Là-dessus ils s'apprêtent et se tiennent en état. S'armer et combattre est leur joie et leur salut. Le retentissement