Voir plus haut, p. 58, n. 2 et
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CLXVUI.
Pour prendre conseil le comte s'est tiré à part, et, prenant la parole, il expose la situation, soupire et gémit : [4730 J c Seigneurs, avec vous tous, en raison de l'affection et de la déférence que je vous porte, je veux délibérer de ce que nous ferons désormais, si nous lèverons le siège ou si nous y resterons plus longtemps . Si nous nous retirons présentement, c'est la honte et le blâme ; si nous restons , c'est doubler la honte et le dommage. [4735] Car, telle est mon opinion , je crains que jamais nous ne recouvrions par force le donjon, et que nous perdions les hommes, les armes et les chevaux. Les perdre sans combat me navre le cœur. Pourtant, des deux maux je désire que nous choisissions le moindre., > [4740] Les barons r écoutent tous, et se poussent l'un l'autre, c Seigneurs, > dit Foucaut, c entendez ce que je vais dire. Quitter le siège, ce serait vraiment faillir; y rester c'est nous exposer à un tel désastre que votre réputation et la nôtre en seront abaissées à tout jamais. [4745] Si vous voulez m'en croire, je vous dirai ce que nous ferons. Nous resterons tranquillement et en paix, nous abstenant de toute hostilité à l'égard de la ville et de ses défenseurs ; et s'ils viennent nous attaquer, nous nous défendrons. Au bout de peu de temps nous fixerons un jour. [4750] Par la viergeMarie mère, nous sommes déshonorés, si, leur offrant la bataille, nous n'entrons pas avec eux [dans la ville] ! Nous choisirons cent de nos meilleurs chevaliers, guerriers accomplis, et les placerons en embuscade derrière la
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chatte, [4755] et au devant d'eux nous disposerons le ehâteau et le bélier1. À la méridienne, quand nous saurons que là dedans ils reposent, nous nous armerons. Tous ensemble nous assaudrons le portail de la Lice*. De toutes manières nous les provoquerons [4760] jusqu'à tant qu'ils nous frappent, et nous les frapperons à notre tour. Nous ferons tant de bruit et de tumulte que les défenseurs de la ville viendront tous de ce côté ; en plein combat nous tournerons bride , et viendrons, nous et notre embuscade, à la porte3. [4765] Si nous la trouvons non gardée, nous y entrerons avec eux. Et quand nous serons mêlés dans la ville, avec l'épée ou la masse nous ferons un tel abattage que nous les tuerons tous, ou tous nous y périrons. Et si de ce coup nous échouons, il n'y a plus rien à faire , [4770] sinon d'abandonner la Provence et Beaucaire, ou de conclure un accord avec eux pour la délivrance des nôtres4. — Foucaut, » dit le comte, t c'est ce que nous ferons ; et si nous échouons, ce qui n'arrivera pas, nous enverrons un message droit au jeune comte, [4775] lui demandant de nous rendre nos
1. Qui étaient placés, comme on l'a vu plus haut (v. 4609-11), en lace le portail de la Vigne.
2. Le portail de la Lice, qui eut successivement les noms de Porte du Gancel et de Porte Neuve, était situé au nord de la ville, au pied du château (Eyssette, Bis t. de Beaucaire, II, 205). Il devait être difficilement accessible pour les assiégeants, dès l'instant que les assiégés occupaient la Redorte qui le domine (voy. p. 213). Aussi, comme on le verra plus loin (v. 4852), ce n'est pas contre ce portail que fut dirigée la fausse attaque des croisés, mais contre celui de la Croix, situé au sud-ouest de- la Lice.