‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 153 sur 303 · Ceux qui sont assiégés dans le donjon · texte numérisé non relu

Ceux qui sont assiégés dans le donjon

252 CROISADE COIfTRB LB8 ALBIGEOIS. [4216]

t hommes, et après nous partirons. S'il refuse, nous

€ donnerons tant à ses officiers que nous les gagne-

c rons. De cette façon nous recouvrerons nos hommes,

c et plus tard nous réparerons nos pertes. [4780] Nous

c chevaucherons droit à Toulouse ; l'avoir que nous y

c trouverons nous le partagerons équitablement entre

c nous, et prendrons des otages pour ce que nous

c laisserons1. Avec ces richesses nous viendrons en

t Provence, nous prendrons Avignon, Marseille et

c Tarascori [4785], et recouvrerons Beaucaire.

c Nous recouvrerons Beaucaire, le donjon couronné de créneaux, et les traîtres qui ont rendu la ville, je les ferai pendre à la palissade ; et si je ne les prends par force, il n'y a plus rien à faire ! > Mais Hugues de Laci lui répondit sévèrement : [4790] c Par Dieu, beau sire comte, vous en jugez à votre aise, mais il vous y faudra mettre du sel et du poivre8, avant d'avoir recouvré Beaucaire et le donjon. C'est grave chose d'enlever un château à son seigneur légitime. Ils aiment le jeune comte du fond de leur cœur [4795] et le préféreraient à Jésus-Christ. Et s'ils furent onques traîtres, maintenant ils veulent être

1. P.-ô. le sens serait-il meilleur si on corrigeait (y. 4782) c«f[#] que remanha[n], c pour ceux (de nous) qui resteront i ? C'est ainsi qu'a entendu Fauriel.

2. Se disait d'une entreprise laissée incomplète; ainsi G. de Bergadan (Taian* m? es près; Milâ, Trov. enEsp. p. 305) :

Pero non ai tant après Qu'encar no i agues obs m1.

loyaux; car lorsqu'ils jurèrent sur le missel, ils chantèrent1 par force, et ne pouvaient s'y soustraire ; car c'est bien le tort et la force qui régnent là où le droit n'est rien, [4800] et serment extorqué n'a point de valeur en droit. Celui qui s'empare de la terre ou de la demeure d 'autrui, qui abaisse droiture et a recours à la tromperie et au mal, celui-là perd ' la terre qu'il a conquise, rente et capital. Et si vous m'en voulez croire, nous passerons à autre chose. [4805] Jamais je n'ai vu siège si extraordinaire : les assiégés ont joie, repos, ombre, bon pain, eau claire, bons lits, logis, et le vin de Genestet qui leur vient à flots. Cependant nous demeurons dehors, exposés aux dangers, [481 0] avec la poussière, la sueur, la chaleur, n'ayant que du vin tourné, de l'eau et du pain dur sans sel ; et jour et nuit nous sommes sous les armes, attendant le moment où ils viendront nous combattre et nous chanter une autre chanson. [481 5]. Et pour peu que cet infernal péril dure nous aurons plus souffert qu'un ardent de saint Martial *• — > Par Dieu, Hugues, » dit le comte, t ne vous plaignez pas : ce n'est pas encore le moment, car, par la sainte hostie qu'on consacre dans le corporal, vous ne verrez pas Castelnaudari ni Alain Montréal8, [4820] jusqu'à tant que j'aie recouvré Beaucaire avec les revenus qui en dépendent. — Sire comte, » dit

4. Le sens est un peu forcé; torneron, au lieu de comeron^ ne serait guère meilleur. M. Ghabaneau propose {Rev. de» 2. rom. 2, 1, 200) El çor n'eron, c ils étaient dans le cœur forcés. »

2. On sait que le c mal des ardente i était une sorte d'érésipôle gangreneux; voir Du Gange, ardentes.

3. On a vu plus haut Hugues de Laci qualifié de seigneur de Castelnaudari (p. 45 n. 4), et Alain qualifié de seigneur de Montréal (p. 429 n. 2).

254 CRorsiDE contre les albiobois. [4246]

Alain, c vous avez, puisse Dieu me venir en aide! un c vrai cœur de roi. Je vous donnerai un conseil qui c vous fera gagner1 à tout jamais en prix et en puisc sance . Pensez à nous procurer en abondance du pain, c du vin, de la viande, [4825] et aussi des chevaux et c des roussins, puisque ceux que nous avons dépéris» c sent ; car nous passerons bien ici Pâques, la Pente* « côte et Noël avant (jue vous ayez recouvré Beaucaire c ni le sénéchal Lambert. » Gui de Lévi dit : c Sire t comte, il nous faut penser à autre chose : puisqu'ils c ne veulent pas nous attendre en bataille, [4830] ils t peuvent à leur gré entrer, sortir et se mettre à l'abri. » Ils passèrent ainsi le temps en paroles et en conseils jusqu'à la fête annuelle de la Vierge Marie , mère de Dieu2. Alors le comte et les autres, barons et capitaines, ses fils et son frère dans le pavillon comtal, [4835] et l'ost tout entière, s'armèrent en secret, chacun en son logis. Ils étaient là cent chevaliers, puissants, vaillants et durs à la guerre, expérimentés, adroits et coura» geux, n'ayant pas leurs maîtres pour les armes; [4840] parmi eux Jean de Berzi3, Robert4, Tibaut5, P. Mir, Âimon6et le sénéchal7 ; derrière la chatte et dans

1. Traduit d'après la correction proposée au t. I, v. 4823. On pourrait aussi, ce qui conduirait au môme sens, remplacer Don par Non.

Page 1