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qu'ils leur font abandonner la lutte. [6485] « Seic gneurs, » dit le comte, c je vous dis en vérité que c jamais nous n'en viendrons à bout de ce côté ; maie, c si vous voulez me suivre, je vais les tromper; » Tous, sans en excepter un, éperpnnent ensemble : ils pensèrent aller dans le Bourg par la porte Gerdane1, [51 90] mais ceux qui étaient là les reçurent si bien que la hltte s'engagea dans les rues. Par l'effort des massues, des pierres, des épées, des coignées, des guisarmes, qui rendaient le carnage terrible, ils (les Toulousains) leur firent vider la rue et la place. [5195] La bataille dura jusqu'au soir; alors le comte se retira , affligé et soueieux , au château Harbonnais où on poussa maint soupir. Puis, il fit venir les barons de la ville qu'il retenait comme otages, et les interpella avec colère et dureté : [5200] t Barons, > dit le comte, c vous ne pouvez vous c échapper; et, par la sainte mort que Dieu a bien c voulu souffrir, toute la richesse du monde de pourra c m'empècher de vous faire couper la tête ou sauter c du haut en bas du Château8. * Quand ils l'entendent jurer et parler avec fureur, [5205] il n'y en a pas un qui ne tremble par crainte de la mort. Mais l'évêque réfléchit et met toute sa pensée à chercher le moyen de ramener la ville et ses habitants8. La nuit il fit aller et venir les messagers, pour presser et conseiller
4. Cerdana, c la porte Sardane •, Fauriel, j'ignore d'après quelle autorité.
2. Réd. en pr. : c Le comte a fait venir tons ceux qui étaient c prisonniers au château, leur disant que, s'ils ne lui rendaient la c ville, il les ferait tous mourir »
3. Le récit de la réd. en pr. est fort différent; voy. au t. I la note sur le v. 5206.
[4 M 6] OlOiBABl COHTRE LB8 ALBI0IOI8. 2M
[les Toulousain!], {5240] qui crurent trouver le salut dans «s conseils et se laissèrent endoctriner par lui. Le matin, à l'aube, lorsque le jour parut, l'évéque les convoqua bon la ville, à Villeneuve1, dès l'aube du jour.
[521 5] Dès l'aube du jour, quand parut la clarté, dans la maison commune se réunirent en grand nombre les notables de la ville, hommes riches et honorés, les chevaliers, les bourgeois, les gens du commun. Et quand ils furent ensemble et que le silence se fut établi, [5220] l'abbé de Saint-Cernin leur a le premier adressé la parole, ayant à ses côtés le prieur, le prévôt et maître Robert, un sage légiste : « Seigneurs c barons, • dit l'abbé, «Dieu, vraie Trinité, et la c vierge Marie de qui il naquit [5225] et monseigneur c l'évèque nous ont envoyés ici. L'évéque est triste, c marri, dolent et chagrin de voir la ville en si mauc vaise passe ; et puisque de part et d'autre le carnage c est commencé , veuille le Saint Esprit intervenir avec c sa clarté, [5230] et entre vous et le comte mettre c l'amitié et la paix, en sorte que personne ne soit c perdu ni trompé ! Et si vous y consentez, s'il vous c plaît et agrée, votre accord est traité et convenu ; c car monseigneur l'évéque a tant parlé pour vous t [5235] que lui et charité sont venus à bout du
1. Où se trouvait la Maison commune, appelée, depuis le xvi6 siècle, le Capitale; voy. Du Mège, But. des instit. de Toulouse, I, 237 et 328, et IV, 586-7. La rue Lafayette, qui longe le Capitale, s'appelait autrefois rue Villeneuve.
comte. L'évèque vous défend à oe point que lé comte en est irrité. Par suite de l'accord qui s'est établi entre eux deux, l'évèque vous mande de vous mettre à la merci du comte ; lui-même vous jure Dieu et ses mérites [5240] et ceux du pape et de tous les clercs, que vous serez saufs de corps et de biens, que vous n'aurez à supporter ni abaissement de la ville, ni perte de vos héritages. Si maintenant vous vous humiliez envers le comte, vous êtes doublement assurés de rencontrer en lui amour et reconnaissance. [5245] Et s'il est aucun homme, étranger ou de la ville, qui n'accepte pas sa seigneurie, il peut s'en aller librement avec congé en règle , sans redouter d'être pris ni contraint par le comte ni par les siens. » Les barons répondent : Sire abbé, s'il vous plaît, [5250] votre loyauté nous inspire de grandes craintes. Vous, le comte et l'évèque, vous nous avez appris à être prudents, car de maintes manières vous avez fait sur nous des tentatives sans jamais en rien nous tenir parole. Et le comte est si cruel et si outrecuidé [5255] qu'il ne nous tiendrait aucune promesse, quand il nous aurait dans sa main. — Seigneurs barons, » dit l'abbé, c écoutez ce que je vais vous dire. Dès l'instant que la sainte Église vous aura donné garantie, le comte n'est pas assez imprudent , assez outrecuidé , pour vous rien faire qui puisse le compromettre. [5260] Et s'il vous faisait chose qui fût tort ou péché, l'Église pousserait vers toutes parts un tel cri, qu'il succomberait sous les coups de Rome et de la chrétienté. Ne redoutez donc aucune conséquence de rien que vous fassiez présentement; et, si vous honorez le
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c comte, vous irez emportant le miel et la cire1, c — [5265] Seigneurs, écoutez-moi, > dit maître Robert : c Le comte de Montfort ne vous tient pas c pour condamnés; il ne veut pas que vous ni la c ville éprouviez aucun dommage, à part un seul c d'entre vous qui est puissant et estimé, et qui est c plus que personne autre compromis envers lui. — c [5270] Seigneurs, > dit Aimiric*, c je suis celui qu'on c menace : j'aime mieux quitter la ville qu'y rester, et c me voici prêt. Moi, et certains des plus notables de c la ville ei des mieux nés, nous partirons, sire abbé, c si vous nous donnez un sauf-conduit. — Ne faites « pas cela, » dit maître Robert; [5275] puis il lui dit à l'oreille : « Vous ferez sagement, car entre le comte c et vous il n'y aura pas amitié sincère. » C'est ainsi que l'entretien fut tenu et conclu, et après ils se rendirent tout droit à Villeneuve où se trouvait le conseil choisi. [5280] Mais tel s'y rendit libre qui en reviendra enchaîné, si Dieu ne leur vient en aide.
4. Locution dont je ne connais pas d'autre ex., et qui par conséquent m'est obscure; Fauriel : « Tout sera pour vous cire et miel c si vous honorez le comte. • Le sens est probablement : t Vous c ne perdrez rien de la récolte, ni le miel ni la cire. i
2. 8ans doute le môme qu'on voit figurer parmi les partisans du comte de Toulouse, v. 5770, 8979, 9182. Il est à croire qu'il avait joué un rôle important dans l'administration de la ville. De 4190 à 4225 les listes des capitouls qui nous sont parvenues (il manque celles de 1191, 4495, 4206, 4208 à 4244, 4243, 4245 à 4248, 4224), ne portent que deux Aimerics : en 4219 Aimeric Anguier (?), et en 4224 Aimeric de Saint-Romain; voy. Du Mège, Ris t. de» inslit. de Toulouse, I, 346 et 348. En outre, un • Aimec ricus de Gastro-novo » est mentionné au nombre des consuls ou capitouls de Toulouse en des actes de 4203 (Gatel, Hist. de» Comte» de Toloee, p. 236), 4244 (Vaissète, m, pr. 244), et reparait encore en 4224 et 4222 avec la qualité de • probus homo » (ibid., 274-4).
274 CR0IS1DB CONTKB LB3 ALIIOBOI8. [4246]
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Si Dieu ne leur vient en aide et ne leur apporte un secoure complet, ils sont arrivés au piège et à l'endroit fatal; car le comte et l'évéque ont un projet caché [5286] pour abaisser Prix et Parage. Et lorsque le jour brille et apparaît dans sa splendeur, l'évéque est sorti pour se rendre à la réunion ; chevaliers et bourgeois et les principaux hommes y vinrent de la ville et se rendent à la guette, [5290] et l'évéque et l'abbé, le prévôt, le prieur et maître Robert se tenaient au devant d'eux. L'évéque commence à parler avec douceur ; il sermonne en poussant des soupirs, la larme à l'oeil : c Seigneurs, > dit-il, c j'ai grande douleur au t cœur, [5295] lorsque je vous vois agités et c excités. Je prie Jésus-Christ, l'adorant du fond du € cœur, de jeter hors de vous la mauvaise sève et la c mauvaise humeur, de vous donner bonne volonté et c de vous ramener à la raison, de façon qu'entre vous c et le comte règne bon amour. [5300] Et puisque c Dieu m'a élu maître et docteur, qu'il m'a donné c comme pasteur à ses ouailles, pourvu qu'elles me c veuillent croire et ne se détournent pas de moi, je les « défendrai du loup et du mauvais ravisseur, puis je c leur ferai paître des herbes de bonne odeur, [5305] c et elles conquerront Dieu et la gloire suprême. Si c j'en perdais une ou la rejetais , quand j'aurais à c rendre mes comptes au saint maître, le meilleur « avocat ne l'empêcherait pas de me la faire chercher, c et je ne saurais où. [531 0] Celui qui agite l'arbre et « en fait perdre la fleur est sûr de ne point récolter de
bon fruit cette année-là. Et donc, si je vous perdais ou vous induisais en erreur, je perdrais le fruit et l'arbre et le saint travail (que j'y aurais consacré) , et Jésus-Christ me tiendrait pour un trompeur. [534 5] Je consentirais volontiers à me laisser manger la chair et le sang4 par les bétes et les vautours, pour vous soustraire à toute violence et à toute perte, et pour vous mettre en la grande splendeur où vivent les apôtres et les saints confesseurs. [5320] Et si vous voulez recevoir la lumière spirituelle, je vous montrerai la voie qui vous conduira à la perfection. Je vous demande que vous me donniez le pouvoir, que vous m'accordiez l'honneur *de rétablir la paix et l'amour entre vous et le comte ; sans perte d'avoirt de terre, de vie, [5325] et sans crainte, mettez-vous en son pouvoir; qu'il vous accorde pardon et amour, et tenez-le pour seigneur. S'il était parmi vous aucun homme au cœur mobile, à qui la personne et le gouvernement du comte causât quelque effroi, il peut sans, aucune crainte se retirer ailleurs. » [5330] Et ils répondirent : c Sire, par bon amour, parce que nous vous avons pour père et pour gouverneur, nous vous prenons pour garant et pour conseiller. Nous vous en prions au nom de la justice et du Rédempteur, est-ce un bon conseil que vous nous donnez, ou ferions-nous folie en le suivant? — [5335] Barons, » dit l'évêque, c je prends Dieu à témoin , et le corps du saint Sauveur, et les ordres dont je suis revêtu, et l'abbé et le prieur,
4. Le texte ajoute cette mauvaise cheville : c la force et la • vigueur. »
c que je vous donne bon conseil, le meilleur que j'aie c jamais donné. Et si le comte vous faisait rien dont la c plainte vint jusqu'à moi, [5340] vous en auriez Dieu c et moi pour défenseurs. » Telles furent les paroles échangées entre eux; mais, tant de gré. que de force, les voilà dans le nœud coulant, car aussitôt l'évêque et Gui se rendent avec eux droit au comte.
[5345] Quand ils furent auprès du comte, l'affliction et l'émoi recommencent, c Sire comte, » dit l'évêque, c vous prendrez ces otages, et des citoyens de la ville € autant qu'il vous plaira : nous saurons bien vous dire t qui choisir. Et si vous m'en voulez croire, vous y c enverrez dès maintenant. |5350] — Barons, * dit le comte1, « vous allez me rendre tous ceux des miens c que vous avez prisonniers. > Et ils répondirent : c Vous allez les ravoir. > Et on les lui amena, sans qu'il leur manquât seulement une courroie*. Ensuite le comte envoie des messagers, tenant de petits bâtons, qui parcourent rapidement toutes les rues, [5355] disant aux prudhommes : c Désormais, il n'y a pas à c se cacher : Monseigneur le comte vous mande d'aller c joindre les otages au château Narbonnais, et de vous c y rendre présentement, sans prendre congé de c vos amis. Et si vous n'v allez immédiatement, vous c y gagnerez [5360] de ne plus pouvoir séjourner en