Palagrilh, mot que je n'entends pas; voir le vocab
3. Je ne traduis pas exactement le v. 5564, qui n'est qu'une vaine accumulation de mots.
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un tremblement de terre, un roulement de tonnerre oa de tambours. Par toutes les rues.il y a tant de malheureux se lamentant, que les soupirs et l'angoisse rappellent sans cesse la terreur1, et qu'une noire douleur abat les corps et les coeurs ; car Toulouse et Parage soqt entre les mains de traîtres ; [5570] et on le vit bien à l'œuvre.
Et on le vit bien à l'œuvre, à la conduite qui fut tenue, aux riches et admirables palais, aux somptueux bâtiments, aux tours antiques et aux nouvelles <wnstructions(?), aux murs, aux clôtures, aux édifices, [5575] qu'ils ruinent et rasent partout de même, au point qu'homme ou bête y pourrait entrer à la course.
Cependant on emmenait les otages, avec menaces, en les couvrant d'insultes, d'injures, de mauvais traitements. Destinés à se voir dispersés en des terres étrangères, [5580] ils allaient chargés de lourds fers et de chaînes, souffrant les maux , les angoisses, les dangers; morts et vivants étant liés ensemble2.
Le comte de Montfort mande promptement son conseil ; l'évêque, le prévôt, les hommes et les membres de la famille du comte [5585] s'entretiennent secrètement dans la tour antique. € Seigneurs, » dit
1. Je traduis comme s'U y avait : Quel iùspir e Pangoicka remembran la tremor.
2. Gela parait vouloir dire que lorsqu'un des prisonniers succombait à la fatigue, on ne prenait pas la peine de le détacher de ses compagnons de chaîne.
le comte, c mon cœur «t ma pensée me disent de livrer la. ville au pillage, puis au fer et à la flamme ardente. Car on ne peut voir si orgueilleuses créatures; [5590] car. sans l'évêque, qui est subtil et savant, qui les a joués avec des paroles et des conventions, toute ma mesnie était perdue, ma personne honnie et ma valeur anéantie. Et si je n'en tire pas vengeance, j'en serai triste et dolent. — [5595] Sire comte, » dit Tibaut, c c'est chose jugée que tout homme, quel qu'il soit, lorsqu'il se révolte contre son seigneur, doit recevoir la mort par le glaive. — Tibaut, » dit Alain, t voilà un conseil qui coûtera cher au comte si Dieu ne l'en défend. [5600] Est-ce que monseigneur le comte ne leur a pas juré sur les reliques d'être pour eux bon et loyal, et de les gouverner honnêtement, de même qu'ils se sont engagés envers lui par serment? Et puisque l'engagement est réciproque, il faut voir laquelle des deux parties y a manqué la première. [5605] Je suis votre homme, je me comporte loyalement, je vous aime de bon coeur et vous obéis, vous n'avez tort ni faute à me reprocher, ni rien en quoi j'aie démérité ; vous, au contraire, vous êtes un mauvais seigneur, vous ne tenez pas vos serments, et venez me ruiner par le fer tranchant : [561 0] est-ce que je ne dois pas me défendre? Mais si vraiment, je le dois! le privilège du seigneur est simplement que son homme n'a pas le droit de l'attaquer le premier. — Frère, » dit le comte Gui, vous êtes si preux et vaillant, que chez vous le sens doit triompher du ressentiment, [561 5] et vous amener à avoir pour eux égards et merci, de façon
que ni eux ni la ville ne soient détruits ; mais faites payer à la ville une contribution. — Sire comte, » dit l'évêque, c soyez envers eux si sévère que vous ne leur laissiez que leur peau. [5620] Que toute la richesse, deniers et argent, soit à vous : je suis d'avis que d'une Toussaint à l'autre ils doivent vous payer 30,000 marcs, rien de moins. Ce sera pour commencer; ce qui leur restera ne sera pas grand chose. [5625] Et tenez-les toujours comme on tient des serfs qu'on a obligés à se rendre, de façon à ce qu'ils ne soient plus en état de vous montrer les dents avec colère. — Sire, > dit Tibaut, c prêtezmoi un instant d'attention : tels sont leur présomption et leur énergie, leur malice et leur penchant naturel, [5630] que vous et nous devons être sur nos gardes ; car si vous ne les tenez pas abaissés et faibles, nous et vous et l'Église y trouverons encore à lutter. > Telles furent les conditions auxquelles on s'arrêta. Le comte de Montfort envoya ses sergents cruels [5635] qui commencent à imposer des tailles et à faire toute sorte de vexations, d'insultes, de dommages, d'affronts, et vont par la ville , menaçant et frappant, demandant et recevant partout. Alors vous auriez vu par toutes les rues les dames et les barons dolents, [5640] marris, pleins de tristesse, pleurant et souffrant , les yeux remplis de larmes cuisantes, le cœur de soupirs, ceux du dehors prenant, ceux du dedans donnant1, car il ne leur est laissé ni farine, ni froment, [5645] ni ciel a ton, ni pourpre, ni aucun
4. M. àm.i ceux du dehors achetant, ceux du dehors vendant », mais c'est une expression proverbiale qu'il ne faut pas prendre à la lettre ; voy. an gloss. comprar.
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290 CEOI8ADB COWTBB LES ALBIGEOIS. [4246]
bon vêtement. Ah! noble Toulouse, vous voilà les os brisés ! Gomme Dieu vous a livrés aux mains de brigands !
Le comte de Montfort séjourna longuement à Toulouse pour la détruire et pour en faire sa volonté1 ; [5650] puis il passa la Garonne et se rendit à Saint- Gaudens, tout droit en Gascogne.
Le comte alla en Gascogne, rempli d'allégresse, après avoir fait sa volonté de Toulouse, où il fit paraître grande colère et grande méchanceté, [5655] détruisant, massacrant et chassant Parage, par suite de quoi les personnes les plus notables s'expatrièrent en grand péril, tandis que les bourgeois restaient dans la douleur. Le comte passa en Bigorre, où il maria son fils*, et lui donna la terre, mais non pas
1. c Anno .m ce xvi. mes lo foc lo coma de Montfort a Tholosa, c e setembre. » Chronique de Toulouse, dans Vaissète, II, pr., 14.
2. Son second fils, appelé Gui. P. de V.-C, fin du en. lïxxhi (fiouq. 107 g) : < Peractis cornes nobilis apud Tolosam aliquantis c diebus, ivit in Vasconiam, ibique contractum est matrimonium c inter Guidonem , filium ipsius comitis, qui erat secundus natu, c et comitissam Bigorra, et post paucos dies cornes rediit Tolo- « sam. > Le contrat de mariage (imprimé dans Martène, Thésaurus anecdot. I, 856 ; Molinier, Cotai, n* 136) est des 6 et 7 nov. 1216.. La comtesse de Bigorre, qu'épousa le fils de Simon de Montfort, était Pétronille, fille de Bernard IV, comte de Comminges (sur lequel voy. ci-après v. 5743), et de Stéphanie, comtesse de Bigorre. Elle avait épousé vers 1193 Gaston de Béarn (mentionné ci-dessus p. 145) et, devenue veuve en 1215, elle s'était remariée à Nunyo Sanchez (voy. la note de la p. 159), mais Simon fit rompre aussitôt ce mariage par l'Église, afin d'assurer à son fils le riche héritage de la comtesse. Gui de $fontfort fut tué
tout le comté, [5660] car du côté du Gave * on le lui a écorné en telle manière qu'il ne reçut pas lia seigneurie du château de Lourdes. Puis il revint à Toulouse, où il a doublé le mal, faisant payer ses pertes aux justes comme aux coupables. Il réclama les contributions de ceux qui avaient quitté la ville, [5665] et ceux qui ne payèrent point, il les fit souffrir en leurs personnes, en leur avoir, en leur héritage2. Puis il rassemble ses hommes : il assiège Montgranier8, le cœur plein de ressentiment et de colère. Il y trouva l'habile Rogier fiernart4, [5670] et maint bon chevalier, bien garni et armé, des damoiseaux de bonne naissance, et forcé sergents choisis. Mais un malheur et un dora-
au siège de Gastelnaudari en 1220, et sa veuve épousa successivement Aimar de Rançon (1221) et Boson de Matas, seigneur de Cognac (1228), et mourut en 1239 (Vaissète, 111, 295 ; d'Avezac, Essais hist or. sur le Bigorre, I, 253-73).