CLXXX
Rogier de Gomminges est preux et sage, [571 0] accompli en largesse et en toutes qualités. En sa terre est venu se réfugier le comte [de Toulouse] ; il s'entretient et délibère avec ses intimes : « Seigneurs, » dit
4. C'est le même qui en avril 1214, pendant le siège de Lavaur, avait fait hommage à Simon de Montfort, c mansitque in ejtu c servitio diebus multis; sed postea a fidelitate quam ei fecerat f miser et miserabilis resilvit » (P. de V.-C, ch. lu, p. 47 a). Le même auteur (p. 46 e) le qualifie de c consanguineus comitis Fuxi i, d'accord avec le poëme qui fait de Rogier un neveu du comte de Foix(w. 6731 et 6887). Il était parent aussi, probablement cousingermain, de Bernard IV comte de Gomminges. Vaissète pense que c'est par une erreur de copiste que dans l'acte d'hommage à Simon il est qualifié de c cornes Gonvenarum » (p.-é. faut-il lire c Rogerius c Gonvenarum, corne*.. . » ?). Il parait avoir été à la fois seigneur du Savez (pays situé sur la rive gauche de la Garonne) et vicomte du Goueerans (vallée du Salât, affluent de la rive droite de la Garonne). Le poème ne nomme pas cette terre de R. de Gomminges, où se rendit le comte de Toulouse à son retour d'Espagne, mais on peut conjecturer que c'était le Gouserans; car .plus loin nous verrons Raimon VI et les siens passer deux fois la Garonne pour arriver à Toulouse (v. 5791 et 5858), ce qui suppose qu'ils étaient partis d'un point situé sur la rive droite du fleuve, voy. plus loin, p. 299 n. $. Raimon VI avait pu aisément se rendre d'Espagne en Gouserans par un passage très- fréquenté, le port de Salau, qui met en communication la vallée de la Noguera Pallaresa et celle du Salât.
le comte, « conseillez-moi. Vous savez bien, vous, que c'est par violence et injustice [571 5] que je reste si longtemps dépossédé. Mais l'orgueil est abaissé et l'humilité élevée ; et c'est pourquoi sainte Marie et la vraie Trinité ne veulent pas que je demeure longtemps honni et abaissé. J'ai envoyé à Toulouse des messagers, [5720] aux barons de la ville les plus puissants et les plus honorés, à ceux qui m'aiment de cœur et que j'aime, [pour savoir] s'ils voudront m'accueiilir, et quelle est leur intention. Et ils m'ont répondu par leurs belles lettres scellées que le comte de Montfort a pris parmi eux des otages; [5725] mais tels sont l'amour, le bon vouloir, le sentiment de justice et la loyauté qui régnent entre eux et moi , qu'ils . aiment mieux perdre ces otages que me voir ruiné ; et ils me rendront la ville si j'y puis aller en secret. Et puisque je les trouve dévoués à mon service, [5730] je veux savoir quel conseil vous me donnez. — Sire, » dit
le comte de Comminges, « écoutez-moi : si vous recouvrez Toulouse et pouvez vous y maintenir, Parage est relevé et demeure en son éclat, et vous aurez mis en splendeur et nous et vous-même ; [5735] nous aurons assez de terre, tous tant que nous sommes, si vous rentrez dans votre héritage. »
Après le comte honoré, Rogier Bernart prit la parole : Sire comte, je puis bien dire que si vous recouvrez Toulouse, vous tenez les clés de tout votre lignage, vous avez les dés dans la main, et Prix et Parage peuvent être relevés [5740] et suffiraient à la défendre (Toulouse), pourvu que vous y alliez. Mieux vaut pour vous y mourir, seigneur, qu'aller
c par le monde honni et en péril. — Croyez-m'en, * dit Bernart de Comminges1, « mon cœur me dit, et c'est mon désir, [5745] de me conformer en actions et en paroles à votre volonté. Je ne voudrais ni bien ni terre, si vous n'en aviez votre part. Et si vous avez le bonheur de recouvrer Toulouse, il est urgent que vous la défendiez de façon à n'en être jamais dépouillé par personne. [5750] — Beau neveu, » dit le comte, t ainsi ferons-nous s'il plaît à Dieu. » Rogier de Comminges dit : « Sire comte, en avant ! j'y serai (à Toulouse) aussitôt que vous ; [mais d'abord] ayant beaucoup d'ennemis, je mettrai ma terre en défense, pour n'être pas de ce côté surpris ni envahi. * [5755J Rogier de tfontaut* dit : Bonne entreprise, une fois résolue, devient fardeau et dommage quand elle ne s'achève pas ; bien commencée, elle se laisse mieux conduire. — Sire
1. Le fils du comte de Comminges Bernart IV. Il succéda à son père en 1226. On va voir qu'il est appelé c beau neveu • par le comte de Toulouse. Il Tétait en ce sens que son père avait pour mère une sœur de Raimon V, comte de Toulouse, père de Raimon VI (voy. Art de vér. les dates, II, 265). Il est difficile de savoir si c'est lui ou son père que Raimon Vidal de Besalu mentionne honorablement dans sa pièce AbtH issia, Bartsch, Denkwueier der provenxaUsehen Literatur, p. 168, v. 24.
2. Sans doute le même qui figure comme témoin de l'hommage rendu en 1201 par Arnaut de Villemur (voir ci-dessus p. 171 n. 1) au comte de Toulouse, pour le château de Saverdun, et comme juge (avec plusieurs autres) dans un procès entre le comte de Toulouse et le comte de Foix au sujet du même Saverdun, vers 1201, Teulet, Layettes, n» 623. En mai 1208 l'abbé de Boulbone s'engage à recevoir Rogier de Montaut en qualité de convers lorsqu'il conviendra à ce dernier (Doat, LXXXIII, 235). Ce R. de Montant tirait probablement son nom de Montaut de Grieu, entre Saverdun et Pamiers.
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comte, » dit l'Abbé de Montaut1, « soyez sans crainte, et ne faites point demi-tour jusqu'à tant que vous voyez Toulouse : [5760] n'eussîez-vous que nous à vos côtés et les Toulousains en qui vous avez tant de confiance, nous la pourrions bien défendre si vous y entrez sans crainte. » G. Guiraut dit : Sire comte, sachez bien que vous recouvrerez Toulouse et nous nos héritages? [5765] et nous y mettrons tout notre argent, notre force et nos bras, afin que vous la puissiez défendre et demeuriez en paix. » Guillem Unaut * dit : t Si vous y trouvez des Français, la ville vous aime et vous y êtes désiré à ce point que rien ne pourra vous empêcher de les capturer tous. .— [5770] Sire, » dit Aimiric3, choisissez des messagers pour faire connaître vos volontés, afin que dans la ville vous trouviez à votre arrivée les habitants prêts à vous défendre. — Aimiric, » dit le comte, « chargez-vous de cette mission, i [5775] Ceux qui représentent Toulouse, les mieux apparentés, qui étaient avec le comte, lui disent tous d'une voix : « Pour Dieu, notre
1. Gela ne veut pas dire, je pense, que ee personnage fût abbé de Montaut (abbaye au diocèse d'Aire) : c Abbé » était le surnom d'un frère de Rogier de Montaut. En effet, dans la sentence qui termina le procès mentionné à la note précédente, figurent au nombre des juges : « Bernardus de Montaid (B. de Montaut qui parait c aux vers 7616 et 9531) et fratres ejus Hoggerius et Isarnus qui
c vocatur Abbas. »
2. Il était neveu d'Arnaut de Villemur (voir la note 1 de la p. 171) comme on le voit par le v. 9478. Parmi les juges qui rendent la sentence mentionnée dans les deux notes précédentes, figurent R. Unaldus et Geraldus Unaldus (qui parait aux vers 8997 et 9518) et Willelmus Unaldus.