Voy. p. 273, n
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cher seigneur, entrez à Toulouse, car n'y mettriezvous que ces barons armés, que vous ne trouveriez homme qui vous résistât. [5780] Celui qui court le monde, en quête de dons, sollicitant les bontés d 'autrui, mieux lui vaudrait la mort ou n'être jamais né1. — Barons, » dit le comte, t Dieu soit loué de ce que je trouve vos cœurs fidèles et purs. Je vous vois désireux d'entrer dans Toulouse : [5785] allons donc la recevoir, puis c'est votre avis à tous. » Ainsi fut conduite et conclue la délibération, et par suite le feu s'allume et la clarté resplendit; car le comte puissant chevauche rapidement, droit vers Toulouse, par monts et vallées : [5790] traversant les combes et les grands bois sombres, il vint à la Garonne et la traversa2. Rogier Bernart, qui s'est porté en avant des autres, chevauche avec une faible troupe des hommes les mieux montés, avec trois autres Rogiers 8, gonfanons déployés, [5795] et s'en va droit vers la Salvetat 4, et se rencontre avec Joris5.
1. Des idées analogues ont déjà été exprimées v. 3625 et 3710.
2. Parti vraisemblablement de Saint-Lizier, l'ancienne capitale du Couserans (la terre de Rogier de Gomminges, voy. p. 295 n. 1), le comte de Toulouse et les siens auraient pu, en faisant un détour vers l'ouest, trouver dans la vallée du Salât un chemin assez facile. Ils préférèrent aller en droite ligne par les montagnes et durent traverser la Garonne à Muret ou un peu plus bas, p.-ê. à Pinsaguel. A quelques kilomètres de là, sur la rive gauche se trouve un lieu appelé la Salvetat.
3. Probablement Rogier de Gomminges, Rogier de Montaut et Rogier d'Aspet (5801).
4. U existe un lieu de ce nom dans l'an*, de Toulouse, cant. de Leguevin; une autre Salvetat, cant. de Caraman, n'est pas dans la direction indiquée. Toutefois, il est bien possible qu'ici il soit question d'une partie de la banlieue de Toulouse, connue en ce temps sous le nom de Salvetat ; voy. Gatel, Comtes de Tolo$e, p. 194.
5. Quoique du parti des croisés, ce Joris devait être méridional,
À la rencontre avec Joris s'élève la rumeur et le cri, et il y en eut beaucoup parmi les nôtres qui furent ébahis ; mais Rogier de Montaut les a vivement poussés, [5800] les arrêtant, leur faisant obstacle, l'épée à la main. Rogier d'Aspet l s'est porté en avant : il frappe Ainartde la Bêcha2 sur le haubert treslis, et l'abat et le renverse à terre le cœur brisé. Là vint Rogier Bernart, au bruit de la lutte, [5805] porté par le rapide coursier arabe. Il frappe Ricart de Tournedos8, lui brise l'écu, lui perce le haubert, et l'abat à terre, lui faisant jaillir la cervelle. La mêlée s'engage entre les autres : [581 0] on se frappe, on se tranche là où on s'atteint, et maints demeurent brisés et meurtris. Joris prit peur, quand il sentit l'effort des assaillants,
et, se dégageant de la mêlée, il s'éloigna. On le pour-
à en juger par la forme de son nom (= Georges). Il y eut un troubadour nommé Joris (var. Joxis) dont il nous reste deux tensoiis. Un R. Joris est témoin à un acte de 1245 (ce ne peut guère être le nôtre), analysé par Teuletr Layettes du Trésor , n° 3373.
1. Aspet, ch.-l. de c. de l'arr. de S. Gaudens. £n sept. 1226 Rogier d'Aspet fit sa soumission à l'Église (Teulet, Layettes du Trésor, n<> 1797; Vaissète, III, pr. 317).
2. P.-é. La Bége, cant. de Gastanet (Haute-Garonne)? • Arc taud de la Brua » dans la rédaction en prose.
3. Ricart de Conados dans le poëme, Sicart de Tornados selon la réd. en pr. Il y a un Toumadous dans l'Aveyron et un autre dans le Gard, et Tournedos se rencontre dans l'Eure et dans le Doubs. Un • Ricardus filins Seree de Tornedos » fit une donation à la commanderie de Renneville (Eure) vers 1205; voy. Le Prévost, Notes sur les communes de l'Eure, III, 289. Le sceau de ce chevalier, appendu à une charte de 1209, est décrit dans Douët d'Arcq, Collection de sceaux, n° 4371.
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suivit bien, mais il sut fuir mieux encore. [584 5} À ce moment, voici le comte [de Toulouse] galopant, les rênes lâchées ', et voyant ses adversaires morts, il en eut grande joie. Bernart de Gomminges, homme plein de sens, dit : « Sire, il me semble c que Dieu sera avec nous, puisque déjà, au passage c de la rivière9, nous les avons déconfits. [5820] c Nous recouvrerons Toulouse, en voilà l'heureux € présage! — Beau neveu, » dit le comte, c nous c ne serons pas trompés dans notre attente8. >
Tout le jour ils chevauchèrent par les chemins unis jusqu'à la tombée de la nuit ; alors le comte choisit ses bons et fidèles messagers, et leur donna brièvement Tordre [5825] d'aller à Toulouse dire à ses amis jurés qu'il est arrivé là dehors de la ville avec les bannis, et qu'il les prie de venir le recevoir, sans y manquer. Mais à l'aube, quand le jour brilla, le comte, à la vue du jour, fut effrayé, [5830] craignant d'être aperçu, et que par toute la terre se répandit le bruit et la rumeur. Mais Dieu fit pour lui un miracle : le temps s'obscurcit et le brouillard vint assombrir l'air, permettant au comte de se retirer dans les bois où il fut bientôt caché. [5835] Le premier de tous Ugo Joan4 sortit de la ville , avec Raimon Bernier qui était bien capable de remplir un message. Ils trouvèrent le comte tout seul , et quand ils se montrèrent , ce fut