‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 180 sur 303 · CLXXXIII · texte numérisé non relu

CLXXXIII

Le comte a reçu Toulouse dont il avait grand désir, mais il n'y a plus tour ni salle ni parapet ni étage ni haut mur ni bretèche ni créneau ni portail ni clôture ni guette ni portier [5890] ni haubert ni armes ni armure entière. Néanmoins ils le reçurent avec telle allégresse que chacun en son cœur pense avoir Olivier1. Et ils s'écrient : « Toulouse! désormais nous serons vainc queurs, puisque Dieu nous a rendu notre seigneur c droiturier. [5895] Et encore que les armes et l'ar- « gent nous manquent, nous saurons pourtant recou-

1. C.-àrd. se croit aussi vaillant qu'OUivier, le célèbre compagnon de Rolant.

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c vrer la terre et celui qui en est le légitime héritier1, € car F audace, la fortune, le courage exigent que c chacun fasse tête à l'attaque. » Et on prend masse, pique ou bâton de pommier; [5900 J les crieurs et les porte-bannières remplissent les rues; on massacre tous les Français qu'on trouve, et les autres cherchent un refuge au Château *, poursuivis par les cris et les coups. Alors du Château sortirent maints vaillants chevaliers [5905] armés de. toutes armes et vêtus du haubert double; mais les habitants leur inspirèrent une telle crainte qu'aucun n'ose pousser son cheval en avant, ni échanger des coups.

La comtesse cependant se tenait pleine d'anxiété, sous la voûte, au balcon de la riche et large salle ; [5910] elle s'adresse à Gervais, à Lucas8, à Garnier, â Tibaut de Neuville4, et brièvement les interroge : c Barons, » dit-elle, c quels sont ces c routiers qui m'ont enlevé la ville, et qui faut-il en c accuser? — Dame, » répond Gervais, c il n'y a pas à c en douter, [591 5] c'est le comte Raimon qui revenc dique Toulouse, avec Bernart de Comminges que je

1 . c Héritier » au sens du moyen-âge : celui qui possède une eretat (anc. fr. évité) ^ propriétaire.

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