‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 191 sur 303 · Cf. v · texte numérisé non relu

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[1246] ceoisadb contoi us albigeois.

348 CKOISADB CONTRE LES ALIIGBOIS. [4246]

y sont, [6160] tristes, affligées, pleurant, sans cesse; craignant la mort et les supplices. — Où était Gui mon frère? — Sire, j'ai ouï dire qu'avec une bonne troupe, que vous conduisez d'ordinaire, il voulait marcher droit sur Toulouse [61 65] pour combattre la ville, la prendre et la forcer, mais il ne me paraît pas qu'il y puisse réussir. — Mon ami, » dit le comte, « tâche de garder le secret : car si personne te voyait faire autre chose que rire et plaisanter, je te ferais brûler, pendre ou couper en morceaux. [6170] Et si on te demande des nouvelles, sache te bien expliquer : dis que personne n'ose envahir ma terre. — Sire, » dit le messager, c point n'est besoin de me le recommander. »

Quand le comte reparut, après avoir ouï la lettre, à lui vinrent les princes et tous les pairs. [61 75] Hais le comte est si sage et si habile à dissimuler, à cacher 1 ses pertes, à faire valoir ses avantages, que sa bouche riait, tandis que son cœur soupirait. Ils lui demandent des nouvelles ; et lui de plaisanter : c Seigneurs, » dit le comte, c je vous puis bien dire et prouver [6180] que j'ai bien raison de révérer et de remercier Jésus -Christ, car onques il ne me donna tant de bonheur, ce me semble. Mon frère m'envoie des lettres dont j'ai tout lieu de me réjouir, à savoir que nulle part on ne peut me résister, et que le comte Rairaon est allé à l'aventure [6185] par les royaumes d'Espagne, n'ayant où s'établir, et que les bannis s'enfuient par Bordeaux jusqu'à la mer, et qu'en toute ma terre on n'en trouve plus un seul; et que le roi d'Angleterre veut conclure un accord avec moi , et augmenter ma terre pour que

je le laisse en paix. [6190] Lui-même (Gui) est entré à Toulouse pour réclamer et percevoir les taxes qui me sont dues ; et nous nous ferons adresser tout cet argent, pour que j'aie à suffisance de quoi dépenser, gouverner et donner. Et il me dit de ne rien faire sinon bien guerroyer, [61 95] conquérir la terre et abaisser les ennemis. Mais pourtant, si je pouvais conclure un bon traité1, aussitôt revenu dans ma terre2, on me livrerait le puissant château de Lourdes et j'aurais à gouverner le Béarn et le Bigorre [6200] dans toute leur étendue jusqu'à la Navarre. Et puisque Dieu veut accroître ma terre et améliorer ainsi ma position , si je trouvais moyen de conclure un bon accord, sans perte, sans désavantage, je l'accepterais volontiers pour gouverner selon le droit; puis j'irais prendre possession de Lourdes et de la terre adjacente [6205] dans toute son étendue jusqu'à la côte. » Les barons qui l'aimaient forent pleins de joie, mais il y en eut qui se prirent à trembler en leur coeur, redoutant d'être dépouillés8. Ensuite on traita des conditions du traité qui dut être conclu [621 0] entre les mains de l'évêque et sur les reliques de l'autel. Entre Simon et Adémar fut conclu un accord par lequel le fils de l'un et la fille de l'autre furent engagés, afin d'empêcher toute trahison entre eux4.

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