‹ La chanson de la croisade contre les Albigeois, commencéeChapitre 199 sur 303 · G.-à-d. qu'ils prient Dieu de ne pas défendre la ville · texte numérisé non relu

G.-à-d. qu'ils prient Dieu de ne pas défendre la ville

tintement des clochettes, le brillant des écus dorés raffermissent les cœurs et les remplissent d'ardeur. Les défenseurs de la ville sont tout prêts à frapper et à résister de pied ferme. Par les rues courent les chevaux armés. [6355] Là dehors, au château [Narbonnais], sur les murs crénelés et au dedans des lices, les archers courageux qui lancent maint trait acéré ont rallumé la fureur entre les deux partis. Mais le cri et les trompes et les cors qui mêlent leurs sons [6360] font retentir la Garonne, le Château et la prairie, et on entend crier Mont fort! Narbonne!1 Et Français et Bourguignons8 se sont approchés de si près qu'il n'y a plus d'autre ligne de défense que les lices et le fossé, d'où maintenant on leur envoie des pierres dans les flancs. [6365] Imbert de la Volp3 s'est tellement avancé qu'il a jeté du remblai jusqu'au milieu du fossé. Mais quand il s'en revint arrière vers le gonfanon flottant, Armand de Montlanart4 lui a asséné un tel coup qu'il lui met dans le côté un demi-pied d'acier. [6370] Au dedans de la ville on a dressé un pierrier

1. Le cri c Narbonne! » est assez inattendu; on remplacerait volontiers Narbona par Tolosa.

2. J'imagine que Francis e Bertis est l'équivalent de Fronces e Bergonko qu'on trouve au v. 5124. Fauriel traduit Berxis par c Toulousains. »

3. c Imbert du Goupil, » Fauriel; ce n'est guère un surnom probable. P.-ô. est-ce 1' t Imbert de Laia » du v. 4567? L'un et l'autre manquent dans la réd. en prose.

4. Montlanart est maintenant Mondenard, hameau de la comm. de Cazes-Mondenard, cant. de Lauzerte, an*, de Moissac. La forme c Montdenart > se trouve dès 1243 (Teulet, Layettes au Trésor, n°3087). Armand de Montlanart s'est déjà montré au v. 2581. En 1241 c Arcmannus de Montelanardo » est témoin à un hommage prêté au comte de Toulouse (Teulet, Layettes, n° 2938).

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qui taille, tranche et brise en travers et en large. De son côté, le puissant comte de Gomminges au cœur sans tache a fait tendre une arbalète qu'on lui a apportée ; il y place un trait de fin acier aiguisé, [6375] vise, ajuste et tire en homme qui s'y entend, et frappe Gui de Montfort qu'il vit au premier rang, lui donnant un tel coup sur le haubert safré1 que par le milieu des côtes et par le pan du vêtement de soie, il lui a fait passer l'acier d'outre en outre. [6380] Il tombe à la renverse, et on le relève. Le comte de Gomminges lui dit une parole cuisante : « Je crois vous avoir bien piqué . c Pourtant, comme vous êtes mon gendre2, je vous c donnerai le comté [de Gomminges] . » Puis on crie : Toulouse ! en voyant l'orgueil abaissé ; et Gomminges ! pour le comte; Foix! pour Rogier Bernart; [6385] La Barta! pour Esparc; Saint Béat! pour Ot8;

1. Coloré en bleu avec du safre; voy. ce mot dans Gotgrave et Littré. L'explication que j'ai donnée au vocab. est à rejeter.

2. Gui de Montfort gendre du comte de Gomminges ne peut être que le second fils de Simon de Montfort (voy. p. 290, note). Mais ce personnage ne figure dans le poème que sous le nom de Guiot (vv. 5973, 5979, 6961), et la suite du récit donnerait plutôt à croire qu'il s'agit de Gui de Montfort, le frère de Simon (ainsi qu'ont entendu un ancien lecteur du poème et la réd. en pr., voy. au 1. 1 les notes des vers 6380 et 6433). Ge qui complique la difficulté c'est que le frère et le fils de Simon furent blessés, comme on le verra un peu plus loin (p. 328 n. 6) dans la même affaire, et pourtant le poème ne spécifie les circonstances de cet événement que pour un seul Gui de Montfort, celui, frère ou fils de Simon, dont il est ici question.

3. Ot de Saint-Beat (H.-Gar., arr. de S.-Gaudens) n'a pas été mentionné jusqu'ici à moins qu'il faille le reconnaître dans l'Ot du v. 6114, ce qui n'est que probable. Il paraît, en nom et surnom, aux v. 8830, 8884, en compagnie du comte de Gomminges. En 1203 c Petrus S. Beati et Petrus Guillelmus et Oddo » (probable-

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Montagut1! et L'Isle*! Montaut3! et MontpezatM En montrant leurs insignes, ils ont engagé la mêlée ; mais les dards et lès lances, les carreaux empennés, les pierres à main, les épieux niellés, [6390] les flèches, les traits, les bâtons carrés, les tronçons de lances, les grosses pierres précipitées de haut en bas, viennent serrés des deux parts, se mêlant comme une pluie fine, au point qu'à peine pourrait-on voir la clarté du ciel. [6395] Là vous eussiez vu tomber maint chevalier armé, fendre maint bon écu, ouvrir maint côté, et les jambes rompues, les bras tranchés, les poitrines ouvertes, les heaumes brisés, les chairs déchirées, les têtes fendues, [6400] le sang répandu, les fesses (?) coupées ; et les barons combattre ou occupés à emporter ceux qu'ils voient à terre. En mainte manière ils se sont frappés et blessés et ont coloré le champ en blanc et en rouge5. [6405] Gui le maréchal dit en secret au comte : c Sire, c'est pour votre malheur que c vous avez vu Toulouse et le reste du pays, car voici c votre frère mort et votre fils blessé6 et tant d'autres

ment notre Ot de S.-Beat), concèdent un privilège an prieuré de S.-Béat, voy. Vaissète, IV, éd. Privât, 771 b n. 1.

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