Sur la rive gauche, comme on va le voir
6. Fauriel traduit bans par c bannières », ce qui n'est guère admissible; mais le sens de c troupe bannie », c.-à-d. formée de contingents astreints au service militaire (voy. Du Gange, I, 570 c, 571 a) est, dans le cas présent, fort douteux. P.-é. faut-il entendre par ban les services administratifs et judiciaires par lesquels s'exerçait l'autorité du chef des croisés.
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heaumes et des écus ', des insignes doubles, des fourreaux niellés, des écus beaux avoir, des bordures dorées, resplendissent larive, l'eau et le pré. [6645] Le comte est entré dans le village de Saint-Subran * ; avec ses belles compagnies il a pris partout ses logis. Tandis qu'il se loge et occupe les terrasses, un chevalier s'avance jusque dans l'eau, mais ce fut folie : [6650] avant qu'il eût pu revenir vers les siens il fut tué et mis en pièces, car les hommes de la ville , le bourg et la cité , bien armés et appareillés, passent les ponts et occupent les barbacanes8; et les sergents et les archers, bien choisis et bien postés, [6655] ont de telle façon frappé et inquiété les deux sièges qu'on n'y avait repos ni la nuit ni le jour.
Voilà qu'à la tombée de la nuit, lorsque les étoiles commencent à briller, entrent dans la ville le comte de Foix et Dalmatz4 : il est homme preux, sage et de
i. Voir au vocab. tenu; le teint (anc. fr. tainx, teinx, toinxy voy. p. ex. Erec, v. 3960) était un vernis ou p.-ê. une étoffe appliquée sur le bois de Pécu.
2. Saint-Cyprien, sur la rive gauche de la Garonne. P. de V.-C. est d'accord avec le poème : « Sed cum Tolosa obsideri cum c effectu non posset nisi ultra fluvium Garumnœ, qui aparté c Vasconi» Toloeam vallabat, esset exercitus qui exitum Tolosac nis defenderet, quiper duos pontes super ipsum fluvium eisdem c patebat, transivit ultra cornes cum multis, multis etiam citra c dimissis cum filio suo Àmalrico. Fuit illic nobilis cornes alic quantis diebus in burgo S. Cubrani, qui dictis pontibus conc jungitur. Tandem intelligens quod exercitus Amalrici non esset c suffirions ad resistendum inimicis, retransivit fluvium (cf. t v. 6705 et 8uiv.), ut de duobus invalidis unus fieret exercitus « validus et securus » (ch. lxxxv, Bouq. 110 a b).
3. Qui défendaient les tètes de ponts du côté de la rive gauche.
4. Dalmatz, ou Dalraau, de Greixell; voy. ci -dessus p. 166 n. 2.
bon conseil; [6660] pour son arrivée et pour celle du comte la confiance s'est doublée [dans Toulouse] . Alors vous auriez vu maints cierges allumés, des brandons, des chandelles où la clarté brille; les timbres, les trompes, les tambours bien accordés font retentir la ville et l'allégresse s'en accroît. [6665] Au siège, là dehors, la rumeur s'est élevée, et tel cri et telle noise qu'il semble que ce soit une tempête ; l'ost en retentit et le comte s'est armé, et a dit aux autres : c N'ayez c crainte! » Puis il demande quelle est la cause de l'allégresse [6670] à laquelle se livrent les habitants, qui est venu à eux? Robert de Beaumont1 dit : c Sire comte, sachez que c'est, ce me semble, le comte de Foix qui est venu à leur secours; et voulez-vous savoir qui il a en sa compagnie ? Maints chevaliers catalans, [6675] maints Aragonnais, et nombre d'autres encore. Dans la ville les citoyens prennent les armes ; et il vient d'arriver ainsi en secret pour vous livrer bataille, si vous les attendez ici. — Attendre ! > dit le comte , c vous m'estimez bien peu ! > [6680] Et en homme dur, habile, intrépide, prudent , il leur a dit à tous ensemble : c Écoutez ceci : Voici qu'est venu le terme, que le jour est arrivé, où je reprendrai Toulouse et reconquerrai mon honneur; et si l'Espagne venait tout entière à un seul cri, [6685] ils auraient aussitôt bataille, si vous
1. Le seul Robert de Beaumont sur lequel je rencontre une mention au commencement du xin* siècle, est Robert, vicomte de Beaumont et de Sainte-Suzanne, qui en 1231 fait hommage au comte de Champagne. D. Villevieille, Trésor gtnéoiogique, Bibl. nat., Cabinet des titres, 114 bis. Faut-il l'identifier avec un « Robertus de Bello monte » qui, en 1231, servait dans l'armée du roi (Bouquet, XXI, 221 a)?
n'aviez pas peur. Car pour moi, j'aime mieux combattre qu'être dépouillé. — Sire, » dit Mariasses1, tout au contraire, n'en faites rien, et, si vous m'en voulez croire, vous agirez plus sagement. Le comte de Toulouse a la chance pour lui, [6690] le comte de Gomminges est un chevalier d'élite, le comte de Foix estbrave, comme aussi son fils Rogier Bernarf, de même B. de Gomminges2, et tant de seigrç^rs dont vous avez fait périr les parents ; avec eux sont les Toulousains, tous unanimes. [6695] Quand il leur souvient du glaive avec lequel vous les' avez saignés, ils se sentent disposés à tout risquer pour vous tuer, ou pour mettre en déroute le siège de l'autre rive. Voilà pourquoi personne ne vous demande ni ne désire le combat. — Seigneurs, > dit le comte, [6700] c je ne puis combattre seul, et il ne me plait pas de reculer. C'est ma destinée. Mon cœur est triste et glacé, de ce que je n'ai pas le pouvoir comme j'ai la volonté, car vous attisez mon dépit (?), car vous me jetez dans le désespoir, car enfin je quitte le siège honteux et contraint. » [6705] Et là dessus ils sortirent pêle-mêle de la ville3, chevaliers et bourgeois et maints d'autres en armes, et le siège est levé, et tellement vite abandonné que l'un n'attend pas l'autre 4, mais lui dit : c Marchez ! » Celuilà se tient pour sauvé qui est le plus en avant. [671 0] Le comte bat en retraite en colonne serrée , formant l'arrière-garde avec les mieux montés de ses hommes.